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Urgence éducative de Monseigneur Dominique Rey...

Urgence Educative. L'école catholique en débat.                                                                                        PRIX:20,00 euros - 5%

Mgr Dominique Rey, évêque du diocèse de Fréjus-Toulon se penche au chevet de son école malade, en fait le diagnostic et propose toute une série de remèdes. A cette école, maintenant, d’accepter le traitement, en clair, de redevenir cohérente avec elle-même et se battre contre l’ignorance délibérée de la vérité sur l’homme. Issu d’une famille d’enseignant, Mgr Rey nous livre ses réflexions sur l’anthropologie chrétienne, pas seulement dans le domaine de la foi, mais dans la structuration humaine des jeunes et propose que les écoles redeviennent des lieux de proposition de la foi, ainsi que des lieux d’expérience ecclésiale.
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Urgence éducative
Mgr Dominique Rey - Ed. Salvator

Sans relancer le débat sur « l’école catholique est-elle encore catholique », un évêque rappelle avec force que la mission de cette école est d’enseigner, d’éduquer et d’évangéliser et de s’appuyer sur la définition qu’en faisait Jean-Paul II : « Les écoles catholiques sont à la fois des lieux d’évangélisation, d’éducation intégrale, d’acculturation et d’apprentissage de dialogue entre jeunes de religions et de milieux sociaux différentes » (P 135, Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 1995).

Il s’agit de lutter contre la sécularisation de l’école sous contrat en s’adressant aux éducateurs chrétiens. Même si ces écoles ont des enseignants qui ne sont pas tenus d’être catholiques, ils n’ont pas à s’opposer au projet éducatif, mais faire preuve de qualité humaine que l’on peut exiger de tout enseignant laïque.

Tout à fait conscient de la difficulté d’éduquer dans le contexte d’individualisme et de dislocation de la famille, Mgr Rey touche du doigt les plaies de notre société en quête de perpétuelles nouveautés et apporte à chaque problème exposé, les propositions concrètes de l’Eglise pour guider « notre époque sans projet et sans mémoire » (p 44). Dans la première partie de son livre, il brosse un portrait inquiet des adolescents d’aujourd’hui et ne cesse de rappeler le rôle de l’éducateur chrétien face à Dieu, face à l’Eglise et face à lui-même.

L’école catholique doit tenir compte de cette société du bruit dans laquelle nous vivons et y faire face en s’appuyant sur la foi et la raison. Penser, exige du recul et du silence et la maîtrise de la langue. Or cette maîtrise doit être liée au réel et à l’autre. Le savoir et la connaissance doivent être remis à leur place alors que les technologies, (internet, tv musique) les remplacent en donnant des informations parcellaires et l’illusion du savoir, provoquent l’absence d’esprit critique, de vision globale. Eduquer, c’est permettre à l’enfant de se construire intérieurement, lui faire acquérir le sens des limites et des réalités. Tout l’inverse du monde de l’image qui invente le réel selon ses aspirations et ses pulsions. Cette fuite en avant ne comble pas les vides intérieurs que ressentent les nouvelles générations qui partent en quête spirituelle dans l’irrationnel et le paranormal qui sait si bien exploiter les troubles psychologiques.

Les jeunes et leur quête d’amour passe par la solidité des parents et le dialogue, acte éducatif qui s’annonce dans la Révélation. L’école catholique doit proposée une pédagogie du dialogue, non du monologue, et pas sans la Vérité. Car toutes les vérités ne se valent pas.

Notre société des « droits-de-l’homme sans Dieu » valorise le court terme, l’immédiateté, idem dans la vie privée avec le mariage à durée variable. Les jeunes n’arrivent plus à conjuguer le passé, présent, futur. Ils vivent dans l’instant présent, incapables de se projeter dans l’avenir, donc dans la vie réelle et non rêvée. D’où l’urgence d’éduquer la mémoire et l’histoire afin qu’ils ne soient pas livrés pieds et poings liés aux puissances de l’heure, qu’elles soient idéologiques ou économiques. « Cette inculture contribue à entretenir la rupture intergénérationnelle. Elle donne aux jeunes le sentiment que le monde commence à partir d’eux, qu’ils sont les seuls sujets de leur histoire » (p. 43). Et, nous pouvons constater chaque jour à quel point beaucoup de « jeunes » ont des personnalités sans relief, qui n’ont pas eu l’expérience du manque, surprotégés par des adultes qui les empêchent de grandir.

De même, la violence engendrée par le non-apprentissage des rites sociaux et familiaux ne peut se résoudre par une seule répression disciplinaire. La crise de l’autorité vient du fait que l’obéissance est perçue par un grand nombre comme une aliénation. Les mêmes qui obéissent pourtant si bien à la dictature consumériste. Pour remettre en place une autorité verticale validée par les enfants, les parents et les éducateurs doivent garder à l’esprit la nécessaire cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait et en retour, ils doivent garder à l’esprit la difficulté de l’obéissance dans ce qu’elle implique comme renoncement.

Autre inquiétude : les nouvelles générations ne comprennent plus les enjeux éthiques de certains choix de vie. Ce qui était inadmissible est devenu permis, l’interdit d’autrefois est devenu une obligation, pire, une normalité. Il est urgent d’éduquer les jeunes à la sexualité et non au sexe, leur révéler la beauté de l’amour humain et la place de la sexualité dans la vie amoureuse, évoquer le respect de soi-même, celui de l’autre, le mystère de la transmission de la vie et l’illumination de l’amour. Le rôle de l’école catholique est d’être une école de liberté qui ne doit pas céder aux sirènes idéologiques actuelles où la personne humaine et sa dignité d’être, sont remises en cause. Le christianisme est la religion du corps loin de l’approche culpabilisée véhiculée par une certaine histoire occidentale et de la marchandisation des corps aujourd’hui. Ce corps qu’il convient d’accepter, de comprendre, pas toujours en accord avec les canons de la mode. Face aux corps en souffrance, à sa misère, le message de l’Eglise est que l’homme vaut toujours mieux que sa maladie ou son handicap.

Si Mgr Rey précise en détail les défaillances de l’éducation et leurs conséquences, il nous renvoie toujours aux Evangiles à la parole de Dieu, au Christ dont l’enseignement ne fut jamais un endoctrinement, mais qui a su ouvrir l’esprit de ses disciples et ainsi leur permettre d’accéder à la vérité.

L’école catholique doit être un lieu d’évangélisation et lutter contre l’analphabétisme religieux qui conduit à accepter n’importe quel cliché sur la foi et l’Eglise. L’éducation intégrale qu’elle doit proposer ne doit pas se contenter des aspects strictement pédagogiques, ni d’un catéchisme et de quelques célébrations. Le témoignage de la foi doit être constant neuf et explicite. « Le fait religieux existe non seulement comme « objet de culte » mais aussi comme « objet de culture ». C’est sous ce dernier angle que son enseignement objectif trouve sa place dans l’enseignement scolaire » (p 152).

Le fait religieux touche tous les aspects de la vie humaine. Il ne doit pas être perçu comme une seule contre-culture face à la culture dominante. Cet enseignement est difficile à inculquer dans les écoles à cause de l’inculture imposée par un contexte historique issu du XIXe siècle. Il convient donc de sortir d’une vision confessionnelle des religions pour s’orienter vers une perspective culturelle ouverte à la connaissance. La culture chrétienne est à promouvoir face à une laïcité qui a organisé le vide. L’école à travers cette culture, doit fournir les repères anthropologiques indispensables pour faire sortir les jeunes du relativisme moral de notre société.

« Une éducation qui se limiterait à fournir des notions et des informations, mais qui laisserait de côté la grande question concernant la vérité, surtout cette vérité qui peut servir de guide dans notre vie, serait une bien pauvre éducation » (Benoit XVI, Lettre au diocèse de Rome, 21 janvier 2008)

Mrg Rey met en garde contre le repli identitaire, ainsi que sur la sécularisation qui fait de l’école catholique un simple établissement privé, qui la transforme en école marchandise avec des parents réduits à n’être que des « cibles commerciales ». L’école proposée par Mgr Rey est celle qui permet aux enfants de toutes confessions, de prendre contact avec l’Eglise, de la connaître loin des caricatures, de découvrir son formidable patrimoine culturel, sa contribution à l’histoire de la pensée et de cheminer vers la conversion. Et pourquoi pas convertir les parents ? Après tout, n’était-ce pas le programme des éducateurs du XVIIe siècle qui vivaient dans une société fortement déchristianisée après des décennies de guerres civiles ?

Evangéliser l’école, comme évangéliser la société, ne jamais renoncer, ne jamais se rendre. Aux catholiques de réinvestir leur école, qu’ils soient parents ou enseignants, ne pas la laisser patauger davantage dans le relativisme, ce qui sera peut-être moins difficile avec des évêques qui la soutiennent, comme le Christ soutient son Eglise, à bout de bras.

 

LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE

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