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Une certaine manière de présenter l'histoire de la France ades relents d'antifrancisme nauséabond insupportable. On entend par exemple fréquemment dire, dans la bouche de révisionnistes stipendiés, que notre pays la France n'existait pas avant le moment où le premier roi de France prit le nom de "roi de France" à la place de celui de "roi des Francs", exactement comme si avant ce moment-là, la réalité "France" désignée sous le mot latin "Francia" depuis l'empire romain... n'existait pas. Cette réalité - la France - qui du coup n'en serait plus une, conformément au déni du réel qui caractérise les révolutionnaires princes des nuées... serait apparue d'un seul coup d'un seul au XIIIe siècle... avec le roi Philippe II Auguste prenant donc à la place de "roi des Francs" (Rex Francorum) le titre de "roi de France" (Rex Franciæ) d'une entité qui jusque-là n'existait pas (!)... La France naissait alors. Elle n'existait pas auparavant, ni dans son acception culturelle et politique ni dans sa dénomination ! Un peu gros, non? Pourtant, la négation, méthodique, acharnée et systématique de pans entiers de notre histoire, découpée par-ci, tronçonnée par-là, supprimée carrément pour tout ce qui va grosso modo du IIIe au XIIIe siècle est caractéristique d'une vision déformée toujours répandue, de l'authentique histoire de France.
D'autres révisionnistes, plus généreux ceux-là,
font mine de faire débuter l'histoire de la "France" proprement dite un peu plus haut dans le temps, ho pas trop loin,... non, rassurez-vous, à partir du IXe siècle, seulement... moment où
apparaît la mention du mot "Francia" dans le Traité de verdun (843) entre les trois fils de Louis le Pieux (fils de Charlemagne). Charles le Chauve recevant la Francie occidentale, et
Louis le Germanique la Francie orientale. Manque de bol pour nos révisionnistes, deux autres occurences du terme Francia surgissent, cette fois dans deux
documents de l'antiquité tardive... l'un du IIIe siècle (le Panegyrici Latini), l'autre du IVe (la Tabula Peutingeriana ou ou Peutingeriana Tabula Itineraria).
Première occurence: le Panegyrici Latini (IIIe siècle).
La "Francia" (nom latin de la France), plus tard également nommé l'empire franc (Latin: imperium francorum), royaume des francs (Latin: regnum francorum), royaume franc ou occasionnellement terre franque, était le territoire habité et gouverné par les Francs du IIIe au Xe siècle. (1)
Dans les campagnes continues de Charles Martel, Pépin le Bref (Père de Charlemagne), l'expansion la plus grande de l'empire franc se situe au IXe siècle. La première désignation enregistrée de la "Francia" est dans le Panegyrici Latini (Douze discours solennels de panégyriques romains antiques, d'auteurs anonymes) du troisième siècle (1). Ce document décrit le secteur de la Francia à ce moment-là au nord et à l'est du Rhin, grossièrement dans le triangle entre Utrecht, Bielefeld et Bonn. Il correspond avec les pays communs des tribus franques Sicambres, Saliens, Bructères, Ampsivariens, Chamaves et Chattuaires (Hattuaires).
Certains de ces peuples, comme les Sicambres et les Saliens,
avaient déjà des pays dans l'Empire romain et ont livré des troupes aux forces romaines à la frontière. En 357, le roi
salien fut associé à l'Empire romain et fit un point d'appui permanent selon un traité accordé par Julien l'Apostat, qui refoula les Chamavi à Hamaland, ou Hameland, terre
non-administrée à l'est des Pays-Bas, entre entre la Lippe et l'Yssel.
Clovis recevant la fleur de lys - XVe siècle, Bedford Book of Hours, 1423, illustrant la légende du Roi Clovis recevant les fleurs de lys de son épouse sainte Clotilde. L'armorial français montre Clovis arborant des fleurs de lys, symbole de pureté virginale représenté par la Vierge Marie, au XIVe siècle, mais dont l'origine pourrait remonter au XIIe siècle. Un ange aurait remis à un ermite de la forêt de Marly vivant au environ d'une tour nommé Montjoie, un bouclier où figure trois fleurs de lys, en référence à la sainte Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit). L'ermite l'aurait remis à Clotilde pour que celle-ci le donne au roi pour qu'il s'en serve durant la bataille à la place de ses armes ornées de trois croissants ou de trois crapauds, l'ange ayant assuré à l'ermite que le bouclier assure la victoire. Lorsque Clovis se bat contre son ennemi et le tue près de la tour Montjoie, celui-ci confesse la Trinité et fonde l'abbaye de Joyenval qui accueille alors le bouclier comme relique.
Comme le territoire franc s'est étendu, la signification de la "Francia" s'est étendue avec. Certains des rois francs, comme Bauto († 388) et Arbogast, s'en remirent à la cause des Romains, mais d'autres dirigeants francs, comme Mallobaud (Mallobaudes), étaient actifs sur le sol romain pour d'autres raisons.
Après la mort d'Arbogast (394), son fils Arigius réussit à s'établir dans le comté héréditaire à Trèves et après la chute de Constantin III (usurpateur) certains Francs ont soutenu l'usurpateur Jovin, Jovinus (411). Bien que Jovin soit mort en 413, les Romains ne parvenaient plus à gouverner les Francs dans leurs frontières.
Le Roi franc Théodomer (ou Theodomir) a été exécuté par l'épée, mais en vain, autour de 421 ou 428. A ce moment, sans que l'on puisse définir précisément l'année, le roi franc salien Chlodion, qui pourrait être le fils de Théodomer, dont le royaume a inclu la Toxandrie, région entre l'Escaut et la Meuse, et la cité Tungrorum (Tongres), lança une attaque sur le territoire romain et étendit son royaume aussi loin que Camaracum (Cambrai) et la Somme.
Quoique Sidoine Apollinaire rapporte que Flavius Aëtius combattit les Francs et les repoussa
en arrière temporairement (431), cette période marque le début d'une situation qui devait durer pendant plusieurs siècles : les Francs germains associés à l'Empire allaient gouverner un
nombre croissant de sujets Gallo-romains...
Le royaume de Chlodion changea les frontières et la signification du mot Francia de manière permanente. Francia n'était plus barbaricum trans Rhenum (désigant la terre des barbares des deux rives du Rhin), mais une puissance politique posée des deux côtés du fleuve, profondément impliquée dans la politique romaine.
La famille de Chlodion (390-450), ancêtre de Clovis (fils de Childéric Ier, fils de Mérovée, fils légendaire de Chlodion), les Mérovingiens, étendit la Francia encore plus au sud.
Dû à la pression des Saxons [avec lesquels nous serons en guerre régulièrement jusqu'à Charlemagne qui les écrasa définitivement
(803), en passant par Louis VI le Gros
en 1124 qui vit l'éclosion d'un sentiment national avec le soutien des grands vassaux et la création de l'oriflamme, bannière royale, pour repousser
l'empereur romain germanique Henri
V qui se retira sans combattre], les frontières du nord-est de la Francia étaient repoussées en direction
du sud-ouest, si bien que la plupart du peuple originel franc vint vivre plus au sud-ouest, à peu près entre la Somme et Münster. (1)
La seconde occurence. La Table de Peutinger (Tabula
Peutingeriana ou ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi Carte des étapes de Castorius, est une copie du XIIIe siècle réalisée par un moine alsacien, du document réalisé au début du
IIIe siècle par Castorius. Elle présente les routes et les villes principales de
l'Empire romain. Donnée à l'humaniste Konrad Peutinger, elle est aujourd'hui conservée à la bibliothèque de Vienne
(Autriche). En 11 feuillets (6,80 m sur 0,34 m au total), la Table représente le monde connu de l'époque, de l'Angleterre à l'Afrique du Nord et de l'Atlantique à l'Inde.
Ce document était également connue autrefois sous le nom de Table Théodosienne, (ou tabula theodosiana) du nom Théodose, dernier empereur de l'empire romain unifié de 379 à 395.(2)
Elle montre 200 000 km de routes mais aussi l'emplacement de villes, mers, fleuves, forêts, chaînes de montagnes. La Table montre la totalité de l'Empire romain, le Proche-Orient et l'Inde, indiquant le Gange et Sri Lanka (Insula Trapobane), même la Chine est mentionnée... Quelque 555 villes et 3 500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d'une imagette. Les villes sont représentées par deux maisons, les cités importantes - comme Rome, Constantinople, Antioche - sont signalées par un médaillon.
Le format ne permet pas une représentation réaliste des paysages, ni des distances, mais ce n'était pas dans les intentions du concepteur. La carte doit plutôt être vue comme une représentations symbolique, permettant de se rendre facilement d'un point à un autre, de connaître les distances des étapes, sans offrir une représentation fidèle de la réalité. De fait, elle est considérée comme la première représentation cartographique d'un réseau. (3)
Outre la Chine, cette Carte des étapes et des voies romaines dans l'Empire romain mentionne la Francia. (4) La France est une réalité de plus de quinze siècles, si ce n'est plus... n'en déplaise aux mythographes de l'histoire officielle.
Sources: christ-roi: