Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
lu sur le site "proliturgia.org"
CLARIFIONS UN PEU LES CHOSES
On entend dire tout et n'importe quoi au sujet de la liturgie, et les journalistes ne sont pas les derniers à diffuser des
informations fausses au sujet du concile Vatican II et des questions qui opoosent « conciliaires » et « traditionalistes ». Voici des choses simples à savoir sur ces sujets délicats:
1. Il y a, dans l'Eglise, plusieurs rites liturgiques reconnus, c'est-à-dire pouvant être légitimement utilisés par les prêtres pour célébrer l'Eucharistie sans qu’il soit nécessaire de demander
une autorisation à qui que ce soit.
2. Parmi ces rites, il en existe un - et un seul - qu'on appelle "rite romain" car il a ses racines - historiquement parlant mais non pas formellement parlant - à Rome.
3. Ce rite romain a subit de nombreuses variations au cours des siècles ; il a été influencé par de nombreuses pratiques qui n'étaient pas toutes d'origine romaine. 4. Les normes à respecter concernant le rite romain ont été fixées par le pape Pie V à la suite du concile de Trente (XVIème siècle). Le rite
romain a alors été célébré partout de la même façon, presque exclusivement en latin, sans pourtant exclure la mise en oeuvre d'un décorum à travers lequel ont pu s'exprimer, dans certaines
limites, les goûts et les sensibilités de diverses époques ou de diverses cultures. 5. Au moment de Vatican II, l'Eglise a
souhaité redécouvrir une forme plus authentique du rite romain en débarrassant ce dernier d'éléments qui s'étaient surajoutés les uns aux autres en fonction de pratiques nées de spiritualités
liturgiques propres à telle ou telle époque particulière. 6. Au moment de Vatican II, l'Eglise - pour des raisons uniquement
pastorales - a autorisé l'emploi de langues autres que le latin, tout en précisant que le latin et le chant grégorien demeuraient préférables et librement utilisables pour célébrer la
liturgie. 7. A la suite de Vatican II, l'Eglise a donné nouvelle édition du Missel romain. Ce missel, en langue latine,
devient alors la nouvelle référence pour tous les autres missels publiés dans une langue courante. Dans la liturgie restaurée selon les lignes données par Vatican II (lignes indiscutables parce
qu'approuvées par le Souverain Pontife), les langues courantes « peuvent » être utilisées « en plus » de la langue latine... à condition que les prières en langues courantes soient des
traductions fidèles et officiellement approuvées des textes originaux latins. Après Vatican II, le rite romain est donc dépouillé de quelques usages non originels, et il peut être célébré en
diverses langues… y compris en latin. 8. Tout comme le Missel romain en usage avant Vatican II, le Missel romain approuvé
par Paul VI à la suite du Concile n'autorise aucune fantaisie, aucune liberté (contrairement à ce qui est souvent affirmé par des prêtres) : le célébrant doit le suivre fidèlement pour mettre en
oeuvre la liturgie romaine qui soit une expression complète et juste de la foi catholique. Le missel actuel ne propose que quelques possibilités d'adaptations qui ne sont légitimes que dans les
cas où, pour des raisons extérieures à la liturgie et indépendantes du célébrant, les normes liturgiques ne peuvent pas être suivies. 9. Pour des raisons complexes et multiples, les évêques de France n'ont jamais ni respecté ni fait respecter les normes liturgiques données par
le Missel romain actuel. La liturgie dite « conciliaire » n’existe pour ainsi dire pas dans les paroisses ; c'est en grande partie là qu’il faut chercher l'origine de la « crise liturgique »
actuelle. 10. Actuellement, certains fidèles « traditionalistes » se reconnaissant plus ou moins dans le mouvement de
rébellion initié par Mgr Lefebvre refusent la liturgie restaurée à la suite de Vatican II (même quand elle est fidèlement célébrée en latin et grégorien selon les normes, comme c'est le cas dans
certains monastères et dans quelques rares paroisses) et souhaitent le retour à l'usage du Missel romain d'avant le Concile. Ils accusent Vatican II d'être à l'origine de la « pagaille liturgique
» actuelle... alors qu'à l'origine de la « pagaille » se trouvent des prêtres désobéissants et à la théologie défaillante. Toutefois, grâce à Jean-Paul II puis à Benoît XVI, les « traditionalistes » ont obtenu de pouvoir à nouveau librement utiliser le Missel dit «
de S. Pie V » (Voir point 4 ci-dessus) à la condition de ne pas mettre en doute ni la parfaite orthodoxie de la messe célébrée avec le Missel restauré à la suite de Vatican II, ni l’autorité des
Souverains Pontifes successifs.
11. La majorité des fidèles de France qui se réclament de Vatican II participent depuis 40 ans - avec le soutien des évêques - à la généralisation de liturgies paroissiales qui trahissent
systématiquement les orientations du Concile dont ils se réclament. 12. De là est née une situation « franco-française »
totalement embrouillée où tout le monde se croit désormais autorisé à donner des conseils au Souverain Pontife : tantôt pour lui dire de revenir à l'ancienne liturgie romaine, tantôt pour lui
dire de laisser les choses aller leur train. Et chacun d'oublier que l’Eglise n’est pas une démocratie et que le Successeur de Pierre ne construit pas son programme pastoral - ou liturgique - au
jour le jour selon la direction du vent ou de l'opinion publique.
LES DANGERS DE LA SUBJECTIVITE EN LITURGIE
Dans les façons actuelles de célébrer l’Eucharistie, autrement dit de traiter la liturgie de l’Eglise soit en la respectant soit en
cherchant à l’adapter, se retrouve finalement le problème de l’objectif et du subjectif.
Quand je dis : « Je crois en Dieu », j’ai deux façons de comprendre la formule.
Si je suis catholique, je mets l’accent sur « Dieu » qui est l’objet de ma foi.
Si je suis protestant, je mets l’accent sur « je crois » qui est le sujet qui affirme sa foi.
Au cours des messes paroissiales actuelles, cette opposition réapparaît. Le catholique soutient qu’il y a mystère, qu’il y a sacrement (c’est-à-dire « signe » d’une réalité qui ne dépend pas de
lui), que le Christ est présent ex opere operato, c’est-à-dire par le fait que l’action liturgique a été correctement accomplie au nom de l’Eglise. Le protestant soutiendra que le Christ est
présente ex opere operantis, c’est-à-dire grâce à la conviction et la piété des fidèles qui participent à la réalisation de la célébration.
Du côté catholique, l’essentiel est l’objet de la célébration et le sujet passe au second plan; du côté protestant, c’est le sujet qui a toute l’importance ; c’est par lui que l’objet à du sens.
Du côte catholique, l’objet ne dépend pas du sujet : même s’il n’y a personne dans une église, dans le tabernacle demeure le Seigneur ; Il n’a pas besoin que quelqu’un soit présent et croit en
Lui pour être là : sa Présence est « réelle » et indépendante du point de vue du fidèle. Rien de tel dans le protestantisme où la présence Seigneur n’est, finalement, qu’une création de
l’imaginaire collectif stimulé par la foi de chacun des membres d’une assemblée.
Pourtant, au chapitre VI de l’Evangile selon S. Jean, il est bien écrit : « Ma chair est vraiment nourriture. Mon sang est vraiment breuvage. » L’Evangéliste ne laisse entendre que le pain et le
vin ne sont la chair et le sang du Christ que pour ceux qui veulent bien y croire. Le Christ nous enseigne donc que l’Eucharistie est donc bien une réalité objective.
De nos jours, principalement à cause de la généralisation des messes célébrées « face au peuple » et de la disparition du latin, on voit des prêtres qui, à l’autel, s’obligent à afficher des airs
visant à montrer qu’ils sont convaincus de ce qu’ils font ; certains disent les oraisons de la liturgie en insistant sur certains mots qui leur semblent plus importants que d'autres; d’autres
disent la prière eucharistique en balayant du regard les membres de l’assemblée comme pour chercher leur assentiment ou montrer à tous qu'ils sont convaincus de bien tenir leur rôle.
Ces gestes et ces attitudes qui procèdent d’une absence de neutralité et s’ajoutent à des cantiques populaires qui ne mettent l’accent que sur « le peuple » - c’est-à-dire, dans l’esprit des
fidèles, sur la communauté rassemblée - ainsi qu'à la réception de la communion debout et dans les mains, tendent à faire croire que la liturgie de l’Eglise n’a de valeur, de sens et d’efficacité
que si le célébrant, à l’autel, ne montre convaincu de ce qu’il fait et que si l’assemblée, dans la nef (ou parfois même autour de l’autel !), cautionne le « jeu » emphatique du célébrant,
accepte ses manières affectées par lesquelles il tâche de mettre en relief l’authenticité de ses sentiments censés garantir la présence du Christ. Mais une présence purement symbolique produit
par le simple sentiment partagé d' "être ensemble"…
On est alors dans une vision protestante de l’Eucharistie : comme au temps de la réforme luthérienne, les éléments de la liturgie sont globalement conservés, mais ils sont été revêtus d’un sens
nouveau qui n’est plus conforme à la doctrine, à la foi catholique sur l’Eucharistie.
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Faire croire que le sens de la liturgie puisse venir
d'une survalorisation des acteurs de la célébration
est l'erreur la plus grave qui a cours dans nos paroisses.
Que faire alors ? D’abord veiller à ce que, dans les célébrations, n’apparaissent jamais les composantes affectives ou
émotionnelles de ceux qui sont chargés de la mettre la liturgie en œuvre.
Comment ? En évitant les cantiques dont les mélodies sont doucereuses et dont les paroles ne jouent que sur la corde des sentiments ; en exigeant des célébrants qu’ils portent les vêtements
liturgiques prescrits qui permettent d’estomper les aspérités physiques et psychologiques d’une nature humaine qui n’a pas à s’exprimer dans un acte et un moment où ne doit avoir d’importance que
la nature divine du Seigneur présent ; en veillant à ce que les rites soient fidèlement accomplis d’une façon aussi digne que neutre ; en rétablissant, dès que faire se peut, l’usage du matin, du
chant grégorien, de la célébration versus orientem.
Si l’on veut que la Messe demeure ou redevienne ce
sursum corda capable d’introduire les fidèles dans
la foi objective et non dans de simples sentiments religieux subjectifs, alors il faut veiller à ce que ceux qui participent à l’Eucharistie ne soient plus livrés à l’arbitraire des célébrants, à
leurs manies, à leurs idées et parfois même à leurs propres blessures; il faut veiller à ce que toute célébration liturgique soit enveloppée du silence qui permet de s’ouvrir à l'action de Dieu ;
il faut veiller à donner la plus grande importance à la participation intérieure ; il faut veiller à évacuer du sanctuaire tout ce qui, par la théâtralisation des célébrations ou l’ajout
d’éléments étrangers à la liturgie (banderoles, panneaux, dessins d’enfants… etc.), conduit à l'auto-célébration des assemblées et à une survalorisation du célébrant.
Les fidèles qui se rendent à l’église ont envie d’avoir un cœur à cœur avec le Christ réellement, objectivement présent ; ils ne se déplacent pas pour voir un célébrant qui donne un tour
subjectif à la foi en parasitant la liturgie avec d’interminables interventions sans intérêt.
En liturgie, la subjectivité ne peut exister que dans la réponse personnelle que chaque fidèle est en droit de donner à l’objectivité de la célébration de la foi.