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SAINT-LOUIS ROI DE FRANCE: DE RICHARD DE BURY....

Le XIIIe siècle reste dans l’histoire comme “le siècle d’or de saint Louis”. La France, centre des arts et de la vie intellectuelle grâce, entre autres, à La Sorbonne, y atteint son apogée aussi bien économiquement que politiquement.

Louis IX commande la plus grande armée et dirige le plus grand royaume d’Europe. Sa réputation de sainteté et de justice est déjà bien établie de son vivant et on le choisit régulièrement comme arbitre pour régler les querelles entre grands d’Europe. Le roi est considéré comme le primus inter pares (le premier parmi ses pairs).

L’ordonnance de 1263 assure une bonne monnaie. Il installe au Temple une commission financière chargée du contrôle des comptes royaux, renforçant la structure mise en place en 1190 par son grand-père Philippe Auguste, dessinant la future Cour des Comptes.

Le prévot de Paris, Étienne Boileau organise et codifie en 1268 les métiers de la capitale en rédigeant le Livre des métiers.

Sous le règne de Louis IX sont construites les cathédrales d’Amiens, de Rouen, de Beauvais, d’Auxerre ainsi que la Sainte-Chapelle de Paris et la Sainte Chapelle de Saint-Louis de Saint-Germain-en-Laye.  

  

 

par Richard de Bury

Louis VIII, roi de France, père de saint Louis, était dans la quarantième année de son âge, et la troisième de son règne, lorsque, revenant à Paris, après le siége de la ville d'Avignon, il se sentit vivement pressé d'un mal qu'il avait tenu caché jusqu'alors, et fut forcé de s'arrêter au château de Montpensier, en Auvergne. Ce fut dans cette occasion que ce prince fit voir qu'il était véritablement chrétien. Quel que fût ce mal, dont l'histoire ne nous a pas appris la véritable cause, les médecins lui proposèrent un remède que la loi de Dieu lui défendait. Malgré le refus qu'il fit d'en user, on introduisit auprès de lui, pendant qu'il dormait, une jeune fille. S'étant éveillé, il appela l'officier qui le servait, lui ordonna de la faire retirer, en lui disant ces belles paroles: Qu'il aimait mieux mourir, que de conserver sa vie en commettant un péché mortel.

Cependant le mal ayant augmenté, et ce prince sentant les approches de la mort, il ne s'occupa plus que du soin de mettre ordre à ses affaires. Ayant fait venir autour de son lit les évêques et les grands seigneurs qui l'avaient accompagné, il leur déclara qu'il nommait la reine Blanche de Castille, son épouse, régente de l'état pendant la minorité de son fils Louis[1]. Cette nomination fut faite en présence de l'archevêque de Sens, des évêques de Beauvais, de Noyon et de Chartres, et du chancelier Garin, qui la déclarèrent authentiquement, après sa mort, par des lettres scellées de leurs sceaux. Il recommanda son fils aux seigneurs français qui était présens, et principalement à Matthieu II de Montmorency, connétable de France, à Philippe, comte de Boulogne, au comte de Montfort, aux sires de Coucy et de Bourbon, princes de son sang, et à plusieurs autres seigneurs qui lui promirent que ses intentions seraient exactement exécutées; qu'ils feraient serment de fidélité au prince son fils, et qu'ils soutiendraient l'autorité de la reine durant sa régence.

[Note 1: Il n'avait que douze ans commencés; et, dans ce temps, les rois n'étaient déclarés majeurs qu'à 21 ans.]

Pendant que cela se passait à Montpensier, Blanche était restée à Paris, où elle attendait avec impatience l'arrivée du roi, pour le féliciter sur ses conquêtes: elle n'était pas instruite de sa maladie. Pressée du désir de le revoir, elle s'était mise en chemin pour aller le joindre, lorsqu'elle rencontra le jeune Louis, qui revenait précipitamment, accompagné du chancelier et de plusieurs autres seigneurs. Elle reconnut, à la tristesse répandue sur leurs visages, la perte que la France venait de faire. Elle retourna aussitôt à Paris, afin de concerter avec les fidèles serviteurs du roi, les mesures les plus promptes qu'il convenait de prendre pour le faire couronner.

La régente ne fut pas long-temps sans apercevoir des semences de division dans les discours de plusieurs grands vassaux de la couronne, par les demandes qu'ils lui firent, et surtout par le refus de plusieurs d'entre eux de se trouver à la cérémonie du couronnement du roi, qui fut faite le premier dimanche de l'Avent de l'année 1226. Le nombre des seigneurs qui y assistèrent ne fut pas, à beaucoup près, aussi grand qu'il devait être, suivant l'usage ordinaire, et en conséquence des lettres que la régente leur avait fait écrire pour les y inviter; mais elle ne laissa pas de faire faire la cérémonie, par les conseils du chancelier et du légat, le retardement paraissant dangereux, surtout dans ces temps-là, où on la regardait comme essentielle à la royauté.

La cour, et tous ceux qui devaient assister à cette cérémonie, s'étaient rendus à Reims. Thibaud, comte de Champagne, était en chemin pour s'y trouver; mais, comme il approchait de la ville, on l'envoya prier de n'y pas entrer, à cause du bruit faux, mais fâcheux, qui courait de lui, qu'il avait fait empoisonner le feu roi. La comtesse sa femme fut néanmoins de la fête, ainsi que la comtesse de Flandre, qui se disputèrent entre elles le droit de porter l'épée devant le roi, comme représentant leurs maris absens. Mais, sur le refus qu'on leur en fit, elles consentirent que Philippe, comte de Boulogne, oncle du roi, eût cet honneur, sans préjudice de leurs droits, ou plutôt de ceux de leurs maris.

L'affront qu'on venait de faire au comte de Champagne ne pouvait manquer, vu son caractère brouillon, de le jeter dans le parti des factieux, et il semble qu'il eût été de la prudence de ne lui en pas donner l'occasion. Mais ou l'on savait qu'il y était déjà, ou la reine régente ne se crut pas assez d'autorité pour obtenir des grands seigneurs assemblés qu'il n'en fût pas exclu: peut-être aussi ne fut-elle pas fâchée de voir mortifier un seigneur qui avait eu la hardiesse de lui témoigner de l'amour.

Quoi qu'il en soit, il fut un des premiers qui fit ouvertement des préparatifs pour la révolte, de concert avec deux autres seigneurs mécontens: c'étaient Pierre de Dreux, comte de Bretagne, surnomméMauclerc[1], auquel Philippe-Auguste avait fait épouser l'héritière de ce comté; et Hugues de Lusignan, comte de la Marche, qui avait épousé Isabelle, fille d'Aymard, comte d'Angoulême, veuve de Jean-Sans-Terre, roi d'Angleterre, mère de Henri III, qui y régnait alors.

[Note 1: C'est-à-dire, suivant le langage du temps, homme malin et méchant.]

Comme l'archevêché de Reims était alors vacant, ce fut de Jacques de Bazoche, son suffragant, évêque de Soissons, que Louis reçut cette onction qui rend les rois sacrés pour les peuples. Quoiqu'il fût encore bien jeune, il était déjà assez instruit pour ne pas regarder cette action comme une simple cérémonie[2]. Il ne put faire, sans trembler, le serment de n'employer sa puissance que pour la gloire de Dieu, pour la défense de l'Eglise et pour le bien de ses peuples. Il s'appliqua ces paroles qui commencent la messe ce jour-là, et dont David se servait pour dire: Qu'il mettait en Dieu toute sa confiance, et qu'il s'assurait d'être exaucé.

[Note 2: Joinville, p. 15.]

Comme cette cérémonie est trop connue pour nous arrêter à la décrire, je dirai seulement que, lorsqu'elle fut finie, on fit asseoir le roi sur un trône richement paré, que l'on mit entre ses mains le sceptre et la main de justice, et qu'ensuite tous les grands seigneurs et prélats, qui étaient présens, lui prêtèrent serment de fidélité, ainsi qu'à la reine sa mère, pour le temps que sa régence durerait.

Dès le lendemain, la reine partit pour ramener le roi à Paris; elle souhaita qu'il n'y eût aucunes marques de réjouissances, comme il n'y en avait point eu à Reims: car, quelque satisfaction qu'elle eût de voir régner son fils, rien n'effaçait de son coeur le regret dont elle était pénétrée de la perte qu'elle venait de faire. D'ailleurs l'affliction était si générale, que les grands et le peuple n'eurent pas de peine à suspendre les mouvemens de leur joie, et la sagesse de la régente ne lui permettait pas de perdre en vains amusemens un temps dont elle avait besoin pour arrêter et éteindre les factions qui se formaient dans l'état

 

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