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« On nous dit que les rois dépensaient sans compter, qu’ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils, mais ils construisaient de semblables merveilles, ne nous mettaient-il pas notre argent de côté ? » C’est par cette phrase qui résume tout que Sacha Guitry débute son film « Si Versailles m’était conté ».
Aujourd’hui le château de Versailles suscite la polémique a force d’être enlaidi par des « œuvres » contemporaines. Nous nous proposons de retracer brièvement son histoire.
Versailles est né de parties de chasse. Louis XIII dit « le juste » y fit construire un petit pavillon de chasse. Ce pavillon a été pieusement conservé par les architectes successifs et par la volonté des rois. Il s’agit de la partie centrale du château qui donne sur la cour de marbre. Puis vint la Fronde et le désir de Louis XIV de quitter Paris, ce qu’il fit. Les travaux du château débutèrent en 1661, à l’époque ou Louis XIV débutait son règne personnel.
On peut distinguer trois phases dans la construction du château sous Louis XIV. Le pavillon des amours de jeunesse du souverain, le château symbole de la grandeur et du rayonnement de la France, puis le palais devenu résidence royale.
Pour faire de Versailles un chef d’œuvre, le Roi fit appel aux meilleurs architectes et artistes du siècle le plus riche, en France, sur le plan architectural. Le classicisme à la française fût porté par le souverain à son apogée. Le Nôtre dans les jardins, Le Vaux et Mansart comme architectes, Le Brun décorant les intérieurs. La Galerie des Glaces fut terminée en 1684.
Les jardins, ont quant à eux régulièrement évolués mais toujours dans un esprit classique traditionnel. On sait que Louis XIV aimait à s’y promener à telle point que sa belle sœur, la princesse
palatine était une des rares dame de la Cour à avoir le courage de le suivre. Le Roi Soleil rédigea même personnellement un manuel, encore disponible intitulé « manière de montrer les
jardins de Versailles ». Le petit ouvrage est toujours approprié pour ceux qui voudraient se promener dans les jardins à la manière de Louis XIV.
Versailles c’est aussi l’accès à la richesse de la culture française pour tout les français. En effet, il était plus facile de renter au château sous l’Ancien Régime qu’aujourd’hui. Tout le monde y était admis à condition, pour les hommes, de porter un chapeau et une épée (qui étaient loués à la grille). Saint Simon, dans ses mémoires, affirme que « tout le monde pouvait parler au Roi, allant et revenant de la messe, chacun lui parlait qui voulait après l’avoir dit au capitaine des gardes si ce n’était gens distingués ». On imagine mal aujourd’hui à quel point il était aisé pour chacun de parler à son monarque.
A ce propos quelques anecdotes sont assez frappantes. « Un jour, Louis XIV travaille seul à sa table quant on gratte à sa porte, il se lève et se trouve nez à nez avec un visiteur confus qui s’était égaré »[1]. On sait également que Marie-Josèphe de Saxe, mère de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, se plaignait que son antichambre serve de passage à tout le monde, de garage pour les chaises à porteur et pour les mendiants. Madame de Maintenon, femme de louis XIV, se plaignait également de rencontrer des mendiants dans l’escalier. Enfin, un jour, un homme et une femme étaient assis sur un banc du parc, un autre couple arrive et le mari demande de faire de la place sur le banc, sa femme étant enceinte. « La mienne aussi » affirmât alors l’homme du premier couple qui n’était autre que Louis XVI et Marie-Antoinette.
Il est difficile de raconter Versailles sans évoquer Marie-Antoinette. Des trois reines (ou quatre avec madame de Maintenon) qui se sont succédées, c’est sans conteste elle qui y eut le plus d’influence. Elle y fit construire un petit hameau, aussi modeste que charmant dans les jardins du petit Trianon, le hameau de la reine. Elle quitta de force Versailles avec son époux la nuit du 6 Octobre 1789 pour n’y plus jamais revenir. A la pensée de cette nuit fatidique on peut se remémorer les vers de Racine dans son Andromaque :
« Songe, songe Céphise à cette nuit cruelle
Qui fût pour tout un peuple une nuit éternelle »
A la Restauration, Louis-Philippe fit de Versailles un musée dédié « à toutes les gloires de la France », ainsi qu’il est encore inscrit sur les deux frontons principaux de la façade du château.
L’Assemblée Nationale et le Sénat y siégèrent quelques temps après la guerre de 1870, le traité de paix de 1919 y fut signé. Trois siècles d’histoire de France y demeurent.
On comprend que donc que c’est la France que l’on admire en admirant Versailles. "Ce qu'il y a de plus beau à Paris, c'est Versailles", affirmait un provincial français du début du XXème siècle en visite à Paris. Orgueil national, les français se sentent humiliés lorsqu’on le souille. Bismarck avait très bien compris cela en faisant proclamer l’empire allemand dans la galerie de glaces. Il est étonnant que les autorités ne comprennent pas qu’introduire Murakami ou Jeff Koons à Versailles, c’est donner mal au cœur à la France.
Bernard Champigneul in Promenade dans Versailles et ses jardins,club des libraires de France, 1961
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH