Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
PRIX:20,00 -5%
La Cagoule est une organisation fasciste, inspirée par l'Italie de Mussolini. Elle ne prend pas pour modèle l'Allemagne d'Hitler, car elle rappelle de trop mauvais souvenirs, ses membres sont germanophobes avant guerre. Elle pratique le culte du chef en la personne d’Eugène Deloncle, un brillant polytechnicien mais également un dangereux aventurier. Les principaux membres de cette société secrète sont Jacques Corrèze (l'ami intime et bras droit du chef dont il partageait l'épouse Mercedes), Maurice Duclos, Gabriel Jeantet, Joseph Darnand (avec son clan des Niçois), Jean Filliol (le pire de tous), François Méténier. Ce dernier jouera un rôle important dans l'assassinat des frères Rosselli en 1937 pour le compte du gouvernement fasciste italien. La Cagoule organisera, en effet, plusieurs attentats terroristes auxquels participera d'ailleurs Maurice Duclos, ce qui ne l'empêchera pas de rejoindre de Gaulle à Londres parmi les premiers. Le mouvement était bien subventionné par les industriels. Deloncle avait des contacts avec l'armée et pouvait compter sur la collaboration d'un pneumologue, le Dr Martin, grand collectionneur de fiches de renseignements.
La Cagoule est patriote et la plupart de ses membres vont se battre courageusement en 1940. Ils vont ensuite opérer des choix divergents, certains se ralliant au général de Gaulle et d'autres entrant dans la collaboration. Maurice Duclos va rejoindre le Général dès l'appel de Londres et entrer dans le renseignement sous les ordres de Passy (Dewavrin). Il prendra le nom de Saint-Jacques. Son réseau couvrira Paris et les côtes de la Manche. Homme très courageux, il mènera plusieurs expéditions dangereuses en France. A Vichy, d'anciens cagoulards vont se retrouver dans les Groupes de protection créés par le colonel Groussard, inspecteur de la Sûreté nationale. Vont y participer notamment Gabriel Jeantet et François Méténier. Certains vont maintenir leurs distances avec la politique de collaboration, entretenant l'illusion d'une indépendance de Vichy, à mi-chemin entre l'occupant et les gaullistes de Londres. Il y aura un climat de compréhension qui permettra des contacts de camaraderie entre les gaullistes comme Duclos et les collaborateurs de Pétain comme Jeantet. En 1941, avec le retour de Laval au pouvoir, ce sera la fin des ambitions des anciens Cagoulards, à Vichy, suite à la dissolution des groupes de protection. Ils étaient, en effet, influents chez l'ancien ministre de la Justice, Alibert, responsable du premier statut d'exclusion des juifs.
Deloncle va fonder le mouvement social révolutionnaire (MSR) alors que Marcel Déat crée le Rassemblement national populaire (RNP). Celui-ci est un socialiste tendance SFIO. Il sera ministre de l'Air dans le gouvernement Blum. Déat sera un soutien actif de Pierre Laval, ce qui lui vaudra d'être arrêté par les cagoulards mais libéré par les Allemands. Lors du retour au pouvoir de Laval, le mouvement de Deloncle sera amené à rejoindre celui de Déat tout en gardant son autonomie. Les troupes de choc du parti proviennent du MSR. Un autre ouvrier socialiste va jouer un rôle important : Jacques Doriot. Celui-ci a été maire communiste de Saint-Denis. Exclu du parti, il fonde alors le Parti populaire français (PPF) auquel adhéreront des personnalités comme Pierre Drieu de la Rochelle, Pierre Pucheu ou Alexis Carrel, et qui sera financé notamment par des milieux sympathisants de l'Italie fasciste. En 1941, Doriot va créer la légion des volontaires français et aller se battre sur le front de l'Est.
Les cagoulards garderont leurs mauvaises habitudes. Ils seront responsables d'attentats et assassinats en représailles d'actes commis à leur encontre avant guerre. Deloncle va organiser l'attentat contre Laval, en août 1941, lors de la cérémonie d'incorporation du premier contingent de la légion française.Tout ceci fait désordre et va amener les Allemands à réagir, soucieux de ne pas donner à l'opinion en zone occupée une mauvaise image de l'armée allemande. La police française a également mené des enquêtes ayant permis d'identifier certains coupables. Pour elle, seul Deloncle pouvait être responsable de tous les actes criminels.
Joseph Darnand, cagoulard de Nice, est promu, début 1943, chef de la milice. Il s'était, en effet, engagé totalement du côté des Allemands. Il sera rejoint par le plus dangereux des cagoulards, Filliol qui sera nommé à la tête du deuxième service de la milice opérant, en mai 1944, à Limoges et à Clermont-Ferrand. La milice va, avec la collaboration des Allemands, opérer le nettoyage du maquis de la résistance dans le plateau des Glières, se montrant particulièrement rude dans la répression.Darnand, lors de sa retraite en Allemagne, va demander à pouvoir continuer à servir, se portant volontaire pour une mission en Italie avec sa milice. Celle-ci lui sera fatale.
Eugène Deloncle est tombé en 1943, les armes à la main, sous le feu des policiers allemands venus l'interpeller à son domicile. Tous ses proches, dont sa femme et Jacques Corrèze, ont été arrêtés et transférés par la Gestapo à Fresnes. Ils seront libérés début 1944.
Gabriel Jeantet rejoindra la résistance. Il obtiendra l'élargissement de résistants sur le point d'être jugés. Le Dr Martin combattra aux côtés des alliés après s'être évadé de prison. Il gagnera le maquis de Haute-Savoie et puis servira comme agent de renseignement sur le front des Vosges. Maurice Duclos débarquera en Normandie au sein des troupes britanniques, puis prendra le commandement d'un commando effectuant des missions d'information et de sabotage sur les arrières de l'ennemi en Belgique, Hollande et Allemagne.
Cependant, après la libération, dans la France libre du général de Gaulle, tous, y compris Duclos, vont se retrouver poursuivis pour les affaires de la Cagoule d'avant la guerre, dont l'assassinat des frères Rosselli. Dans l'assistance lors du procès, le ministre de la Justice en personne, François Mitterrand, viendra écouter François Méténier, peut-être pour le réconforter en raison de leurs anciens liens au sein de la Cagoule. Il faut noter que lorsqu'il reçoit la francisque en 1943, Mitterrand avait accepté le double parrainage de Gabriel Jeantet et de Georges Soulès-Abellio. Il produira d'ailleurs un document en faveur de Gabriel Jeantet lors de sa comparution en chambre civique. Le procès aboutira à plusieurs condamnations, notamment 20 ans de travaux forcés pour François Méténier, quatre ans de prison ferme pour Gabriel Jeantet et 10 ans de détention pour Jacques Corrèze. Il y aura également sept condamnations à mort par contumace dans le cadre de l'affaire Rosselli et de l’affaire Dormoy. Maurice Duclos sera acquitté. Il partira vivre en Argentine et lorsque, en 1964, il se rend en visite officielle dans ce pays, le général de Gaulle bouleversera le protocole en saluant le colonel Saint-Jacques avant des autorités du gouvernement.
Il faut noter les liens importants de la Cagoule avec l'entreprise L'Oréal. Elle avait été créée par Eugène Schueller (père de Mme Bettencourt), industriel génial (il avait inventé un procédé révolutionnaire pour la teinture des cheveux), patron social d'avant-garde mais militant d'extrême droite qui finançait l'organisation secrète. Lorsque Deloncle fonda, en septembre 1940, le mouvement social révolutionnaire, Schueller y fut investi de la direction des commissions techniques et comités d'études. S'il ne tarde pas à se séparer du mouvement, il gardera de la sympathie pour ses anciens camarades qu’il n'hésitera pas à aider. Après la guerre, Jacques Corrèze dirigera l'entreprise pour l'Amérique du Sud, Jean Filliol récupérera la filiale de Madrid. Mitterrand lui-même, en panne de situation en 1945, avait accepté un emploi à la revue VOTRE BEAUTE, journal de L'Oréal.Mais ceci n'a aucun rapport avec "l'affaire Bettancourt" d'aujourd'hui!
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH