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LE PAYSAN DE LA GARONNE..UN LIVRE à RELIRE......

PRIX:35,00 EUROS

 

  Aujourd'hui, c'est avec plaisir que l'on relit ce livre qui connut, avec 70 000 exemplaires vendus, de manière étonnante un très grand succès dès sa parution, une année à peine après la fin du concile de Vatican II. À la fin de sa vie (il avait alors quatre-vingt-quatre ans), le vieux philosophe voulait d'abord laisser une sorte de testament où il aborderait, en toute liberté, des sujets qui lui tenaient vraiment à cœur et qui avaient été au centre même de son œuvre : le monde, l'Église (sur laquelle il nous donne une très belle méditation, p. 251-276), la vérité (p. 137-150), les rapports entre théologie et philosophie pour un intellectuel chrétien, la liturgie, la contemplation, la mission des laïcs, etc. Il n'est point ici question de détailler tous ces points, simplement d'en retenir deux qui nous semblent toujours d'une grande actualité aujourd'hui.

Tout d'abord, Maritain consacre tout un chapitre, le troisième (p. 67-109), au « monde » et à « ses aspects contrastants » ; il commence par une analyse assez fouillée de ce mot « monde » dans le Nouveau Testament, en particulier chez saint Jean, et nous montre ensuite avec une grande pertinence toute l'ambiguïté stimulante que comporte pour un chrétien fidèle cette réalité importante dans laquelle il est plongé, qu'il le veuille ou non ; alors que, durant des siècles, l'Église avait plutôt eu l'air de fuir ou de diaboliser ce monde, Maritain mettait au contraire en garde contre ce qu'il voyait poindre à l'horizon et l'inquiétait : un agenouillement des chrétiens devant le monde, une « complète temporalisation du christianisme » (p. 101) ; sa conclusion était limpide, non sans la pointe d'humour si souvent présente sous sa plume alerte : « S'il y a des prophètes d'avant-garde ou d'arrière-garde qui s'imaginent que nos devoirs envers le monde, tels qu'ils ont été exposés, sous la grâce du Saint-Esprit, par le deuxième concile du Vatican, effacent ce que le Seigneur Jésus lui-même et ses apôtres ont dit du monde - "Le monde me hait ; le monde ne peut pas recevoir l'Esprit de vérité ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui" -, et tous les autres textes […], - je sais bien (c'est un mot d'un goût douteux, mais qui amusait un vieux religieux cher à mon cœur) ce qu'il faut dire de ces prophètes-là : ils se mettent le doigt de Dieu dans l'œil. » (p. 109.)

D'autre part, Maritain consacre une réflexion également très intéressante aux rapports que les chrétiens devraient entretenir avec les non-chrétiens, et il consacre à cette problématique, tout aussi actuelle quatre décennies plus tard, un chapitre entier, le quatrième (p. 111-135) : il insiste sur le fait que les chrétiens ne doivent pas d'abord considérer les non-chrétiens comme ceux qui « ne sont pas chrétiens », mais comme des "membres du Christ", au moins en puissance » (p. 122) puisque, nous dit Maritain avec force, « ce que je sais, c'est qu'à un titre ou à un autre et d'une manière ou d'une autre tous les hommes sont membres du Christ, du moins en puissance, puisqu'il est venu pour eux tous et qu'il est mort pour eux tous, et puisque, sauf refus de leur part au suprême instant de leur vie, ils les a tous sauvés » (p. 120).

En fait, ce qui est au moins aussi notable aujourd'hui que le texte même de Maritain, c'est le simple fait qu'il soit… réédité juste en ce moment, où, en particulier, l'on reparle des missels et langues utilisés en liturgie de même que de l'héritage du concile de Vatican II ; Maritain, lui, avait eu beaucoup de peine à admettre l'abandon du latin et du missel de Jean XXIII, voire de saint Pie V ; sur le Concile, auquel il n'avait été mêlé que de loin mais qu'il avait néanmoins suivi avec beaucoup d'attention, il montre un soutien sans réserve, écrivant dès la première page son premier chapitre la phrase suivante : « De tout ce que le Concile a décrété et accompli je rends grâce », à laquelle il ajoute néanmoins immédiatement celle-ci : « D'autres choses encore j'aurais sans doute aimé rendre grâces, si le Concile les avait faites aussi. » (p. 31.) C'est très vite après la fin du concile que certaines de ses mises en œuvre lui sembleront intempestives, et il le fera savoir avec une grande liberté de ton et une vivacité souvent forte dans ce Feu nouveau. À telle enseigne que certains, que ce soit pour s'en réjouir ou le déplorer, croiront, et bien à tort, y lire une charge contre Vatican II. Jean-Luc Barré, dans sa biographie, exprime cela très bien : « Il ne peut s'agir pour lui de réprouver l'œuvre de Vatican II, mais d'alerter l'Église et le monde sur certaines libres interprétations du Concile » (op. cit., p. 575-576) et, un peu plus loin : « Au risque de paraître faire le jeu de l'adversaire et de voir se dresser contre lui, une fois encore, les intégrismes de tous bords, le "vieux laïque" trace sa propre route sans précautions ni calculs d'aucune sorte » (p. 577), et : « En fait, Le Paysan de la Garonne ne constitue pas une étape nouvelle ni le tournant régressif que droite et gauche voudront y voir, chacun pour son propre compte. À quatre-vingt-quatre ans le philosophe ne fait rien d'autre que s'ancrer davantage en ses "certitudes primordiales"' […]. Il reste plus que jamais le sourcier des vérités captives. » (p. 579.) Et, sur le fond, il accueille donc en fait avec joie le « feu nouveau » (expression qui revient souvent dans ce volume et lui a donné avec raison son titre modifié) « apporté par le Concile » (p. 275). Or, si ce « vrai feu nouveau, le renouvellement essentiel sera un renouvellement intérieur » (p. 112), « il est clair aussi que ce qui se passe au fond de l'âme entraîne en outre, en surplus, un certain comportement extérieur, et se traduit dans l'ordre de l'agir » (p. 125). Cet ouvrage, alors, a été écrit pour aider le catholique d'après Vatican II dans son agir et ce, de manière aussi ouverte et engagée et, en même temps, aussi fidèle à la grande Tradition de l'Église que possible. Un peu plus de quarante ans après, cela reste tout autant valable, sinon plus…

 

 

LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE

15,AVENUE FOCH

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