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Le Maroc par le petit bout
de la lorgnette
2 000 ans d'histoires à travers le prisme d'un port atlantique (Fédala-Mohamédia)
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
50 illustrations anciennes ou
inédites
Ayant séjourné un lustre au Maroc, en ce début du XXIe siècle, Péroncel-Hugoz, reporter sénior du Monde, auteur d’une dizaine de récits de voyages en islam et autres terres sudistes, a eu la curiosité, à partir du port atlantique de Mohamédia, l’ancienne Fédala, de braquer sa lorgnette sur les siècles passés du royaume chérifien et jusqu’à nos jours, embrassant événements, personnages et sites oubliés ou occultés.
Remarques littéraires, politiques ou artistiques, portraits, menus gestes quotidiens ou hauts faits guerriers
alternent avec des allers-retours entre jadis et naguère. Des Berbères aux Portugais, des Chérifs alaouites au Maréchal Lyautey, des villes coloniales au débarquement américain de 1942, d’un
fameux bordel chanté par Brel jusqu’aux expéditions phéniciennes capturant des éléphants près de l’actuelle Casablanca, Péroncel-Hugoz nous entraîne par des chemins détournés à travers l’Histoire
infiniment chatoyante de « l’Occident de l’Orient », l’extrême-Maghreb, le Maroc...
Le Maroc par le petit bout de la lorgnette
Un jour, Péroncel-Hugoz qui avait été grand reporter au Monde, et qui est l’auteur d’un
livre prophétique, Le Radeau de Mahomet (Lieu commun, 1983), où il annonçait le danger
islamiste et la mise en dhimmitude de l’Europe, a posé son sac au Maroc où l’islam est
tempéré par la monarchie chérifienne.
Son point de chute ? Fédala (aujourd’hui Mohamédia), pas trop loin de Casablanca où il
dirige la collection « Bibliothèque arabo-berbère » pour les éditions La Croisée des
chemins. En apprenant son choix, certains lui dirent : « Quelle idée, toi qui as toujours
vécu dans l’Histoire, d’aller te fourrer dans un endroit sans Histoire ! »
Sans Histoire et sans histoires, Fédala-Mohamédia ? Mauvaise pioche ! Car s’il est vrai
que la ville aux mille palmiers et à la baie incomparable est inconnue des circuits
touristiques (ce qui la préserve d’être souillée comme Marrakech), elle est ruisselante de
hauts faits historiques et de tout autant d’anecdotes qui en disent le riche passé (aussi
bien ancien que plus contemporain). D’où ce gros livre – plus de trois cents pages – où
Péroncel-Hugoz prend prétexte de Fédala-Mohamédia pour raconter la grande histoire
du Maroc, cet « Occident de l’Orient » (Maghreb al-aqsa).
On l’a compris : ce n’est pas une monographie que cet ouvrage où les anciens du Maroc
du Protectorat (les « Vieux Marocains » comme nous disons entre nous) retrouveront là
les trésors de leur terre natale. Et où les autres, ceux qui ne connaissent pas (encore) le
Maroc ou qui ne l’ont visité que comme des touristes pressés, glaneront de quoi
préparer un voyage « intelligent ».
Il y eut les Berbères, les Phéniciens, les Arabes, les Portugais, les Français pour écrire
l’histoire de ce pays. Péroncel-Hugoz le montre à l’évidence. Et l’on aime ses pages sur
l’époque de Protectorat quand les Kaouachi, les Hernandez, les Missighini, les Bonavia,
les Vanhout, les Berthier, les Ghenassia, les Berkane, les Misfud, les Guglietmetti, les
Lank, les Dahan, avaient appris à vivre ensemble. Et, qu’on le veuille ou non, à s’aimer.
Pourquoi ce titre, Le Maroc par le petit bout de la lorgnette ? Parce que c’est à partir de
Fédala-Mohamédia que Péroncel-Hugoz a eu le goût de braquer ladite lorgnette sur les
siècles passés du royaume chérifien. Pour arriver jusqu’à nos jours avec son lot de
personnages connus et/ou oubliés qui disent bien que l’on ne sort jamais indemne de la
fréquentation du Maroc.
Avec Péroncel-Hugoz nous avons sillonné les rues de Fédala, moi le fils de Salé-la-
Corsaire, lui le découvreur des choses derrière les choses. Avec bonheur car chaque coin
de rue nous parlait effectivement de cette histoire locale résumant bien l’histoire
nationale marocaine : les souvenirs des Berghouata (qui tinrent tête aux légions
romaines), la médina luso-arabe, le pont portugais sur l’oued Mellah, l’ancienne place
Maréchal-Pétain (jusqu’en 1946), l’église Saint-Jacques-de-Mohamédia, Le Sphinx (une
maison close où Brel avait ses habitudes), le marabout de Sidi-Mohamed-ben-Cherki…
Ah ! ne me cherchez pas à Paris, je repars au pays…
Alain Sanders