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Un siècle après la séparation de l'Église et de l'État, la laïcité est à nouveau sur toutes les lèvres et, comme l'écrit Le Monde, « revient au centre du débat politique ». Les intellectuels et les hommes politiques, d'Olivier Besancenot à Marine Le Pen, redécouvrent un idéal qui paraissait exténué. Le chef de l'État la célèbre comme une valeur fondatrice de notre identité. Les évêques s'émerveillent de ce qu'elle soit désormais "apaisée". Cent ans après avoir été instituée pour déposséder l'Église catholique de son influence sociale, elle est désormais présentée comme la martingale qui doit permettre de résoudre toutes les difficultés liées à la présence de nombreux musulmans sur notre territoire national.
La laïcité : trois réalités différentes.
Le premier piège de la laïcité est que ce mot unique recouvre, en fait, trois réalités différentes.
Il y eut d'abord la laïcité de combat, le laïcisme, arme de guerre contre l'Église, dont la déclaration à la Chambre des députés de René Viviani, le 8 novembre 1906, manifeste bien l'état d'esprit : « Nous avons arraché les consciences à la croyance (…) Ensemble, d'un geste magnifique nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu'on ne rallumera plus (…) La neutralité fut toujours un mensonge (…) Nous sommes en face de l'Église catholique, pour la combattre, pour lui livrer une guerre d'extermination ». Ce courant de pensée n'a pas disparu et nous vaut parfois les déclarations tonitruantes et les attitudes sectaires de quelques francs-maçons de caricature du genre de Michel Charasse refusant de rentrer dans l'église où se déroulaient les funérailles de François Mitterrand.
Aujourd'hui la mode est à la laïcité « ouverte, apaisée, positive » dont le chantre est, avec le soutien des évêques de
France, l'actuel
président de la République. Après
avoir concédé que « le besoin spirituel, l'espérance, ne sont pas satisfaits par l'idéal républicain » (in La République, les religions,
l'espérance), Nicolas Sarkozy met ses pas dans les traces de Jacques Chirac en déclarant : « La loi républicaine, élaborée et appliquée, dans le cadre de l'État de
droit, est toujours supérieure à la loi de la religion même si elles ne sont pas de même nature, l'une garantissant l'ordre public, l'autre l'ordre moral ».
L'existence des religions est ainsi considérée comme légitime, voire nécessaire, à condition que les convictions religieuses restent du domaine de la croyance privée sans aucune influence sur la
vie sociale et politique, la sphère publique devant rester neutre. Les évêques de France se sont ralliés, comme l'a noté Jean Madiran, à cette conception de la laïcité le 23 novembre affirmant
comme membres de la Conférence des responsables de culte en France qu'« ils adhéraient sans réserve au principe de laïcité qui
est un des fondements de notre République ». Cet engagement ne fait pourtant pas l'unanimité parmi Nos Seigneurs puisque Mgr Lebrun, évêque de Saint-Étienne, déclarait peu après au quotidien Le Progrès, le 27 décembre 2010 : « La
laïcité sert de prétexte pour empêcher les croyants d'exprimer leur foi ». Il se faisait ainsi l'écho de Benoît XVI, affirmant le 9 décembre 2006 :
« L'État ne peut considérer la religion comme un simple sentiment individuel qui peut être confiné à la seule sphère privée (...)
Une vision a-religieuse de la vie, de la pensée et de la morale a donné lieu à une conception erronée de la laïcité, un terme qui semble être devenu
l'emblème essentiel (...) de la démocratie moderne (...) L'hostilité à toute forme de reconnaissance de l'importance politique et culturelle de la religion et à la présence en particulier de tous symboles religieux dans les institutions publiques (...) n'est pas un signe de saine laïcité, mais de sa dégénérescence en
laïcisme ».
Enfin Pie XII, dès le 23 mars 1958, faisant référence à la Tradition de l'Église et à la parole du Christ, « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », avait défini la « saine et légitime » laïcité comme la volonté de maintenir « distincts mais aussi toujours unis selon de justes principes les deux Pouvoirs (spirituels et temporels) ». Ce texte doit être compris à la lumière de la déclaration du même Pontife, le 7 décembre 1955, traitant de la nécessaire « unité d'action entre l'Église et l'État ». Il s'agit de distinguer et non de séparer le spirituel et le temporel, l'Église et l'État, chacun étant souverain dans son ordre.
Au-delà des approches conceptuelles, observons quelques faits :
valeurs de la République, elle part d'un point de vue
qui ressemble à une forme de racisme, ni plus ni moins. Elle postule que, chez les musulmans, la foi et la pratique religieuse sont des actes dangereux pour la République ». Quelqu'un
pourrait-il expliquer au président de la République, quand il aura fini la lecture de La Princesse de Clèves, la différence qui existe entre « postuler » et « observer », « partir d'un point de vue » et « constater » ?
Si des musulmans se convertissaient à la laïcité "positive" à quoi se convertiraient-ils en définitive ? À un hédonisme matérialiste sans principes et sans règles, hormis la sacro-sainte laïcité, ayant érigé le droit individuel à "jouir sans entraves" en règle de vie et présentant cette maxime comme l'horizon indépassable du bonheur humain. Nous n'avons, comme chrétiens, aucune part à prendre dans ce projet prométhéen, qui consiste à faire passer les musulmans d'une forme de barbarie à une autre.
Comme Français, nous en refusons pareillement la perspective. Il est frappant de constater que les tenants de la laïcité, même ouverte, sont souvent des sectateurs acharnés de toutes les licences morales, sexuelles… dont le symbole est la loi Veil dépénalisant l'avortement. Ainsi, lors des Assises contre l'islamisation de l'Europe, le samedi 18 décembre, une des conférencières a tenu à rappeler, sous les huées d'une partie de l'assistance, qu'elle avait été signataire du Manifeste des 343 salopes appelant à libéraliser l'avortement. Or, si la question de l'islam et donc celle du renouveau de la laïcité se pose en France, c'est parce qu'il a été créé un vide démographique dont les 200 000 avortements annuels sont largement responsables. Chacun sait que la nature a horreur du vide ! Pérenniser la loi Veil et ses avatars historiques et prétendre résister à l'islamisation de la France, c'est écoper son embarcation avec un dé à coudre alors que le navire fait eau de toutes parts.
Les tenants de la laïcité "positive", qui voient en elle le dernier moyen de préserver notre identité nationale, seront en outre rapidement confrontés à des contradictions laïcistes difficiles voire impossibles à surmonter. Ainsi, le sieur Lies Hebbadj, mari de la conductrice verbalisée à Nantes pour le port du voile intégral, a eu beau jeu de rétorquer à ses détracteurs qui l'accusaient de polygamie que rien n'interdisait en France d'avoir des maîtresses. Que peut rétorquer à cela la morale laïque, subtil mélange d'hédonisme libertaire et de matérialisme consumériste ?
Enfin comment ne pas craindre que la mise en œuvre d'une politique laïque de stricte observance ne se retourne contre ce qu'il reste de traces de Chrétienté en France. Interdire l'appel à la prière du muezzin au nom de la laïcité, n'est-ce pas aussi prohiber la sonnerie des cloches ? Ne pas autoriser les prières publiques du vendredi dans les rues, au nom de la laïcité, ne conduira-t-il pas, logiquement, à ne pas autoriser les processions de la Fête-Dieu ? Est-il d'ailleurs conforme à la laïcité que le jour férié soit le dimanche et non le vendredi, ce qui crée incontestablement une discrimination religieuse au détriment des populations non chrétiennes ? Sans oublier la question des jours fériés d'origine chrétienne : Ascension, lundi de Pentecôte… Inéluctablement les tenants de la laïcité en reviendront au décadi et à la célébration exclusive des fêtes laïques comme le 14 juillet ou le 8 mai au détriment de ce qu'il reste de traces de chrétienté dans nos institutions. Comment ne pas voir que l'une des manifestations les plus spectaculaires, avant la lettre, de la laïcité positive fut certainement le vote de la loi Debré mettant l'enseignement catholique sous contrat à la merci de l'État, de ses programmes et de ses organismes de formation et aboutissant 50 années plus tard à un enseignement qui souvent, selon Mgr Cattenoz, archevêque d'Avignon, n'a plus de catholique que le nom ? C'est au nom de la même laïcité que le quotidien 20 minutes vient de refuser d'annoncer les cérémonies en l'honneur de la fête de l'Immaculée Conception dans le diocèse de Lyon alors que quelques mois auparavant il n'avait pas rechigné à diffuser une publicité pour des produits « Fièrement halal ». C'est encore au nom de la laïcité que se multiplient les revendications pour exclure les crèches de l'espace public. Comme l'écrit le rédacteur en chef de La Vie, Jean-Pierre Denis : « Le christianisme n'est pas violemment éjecté de la sphère publique mais tranquillement banni de tous les espaces de la mémoire collective, de tout notre inconscient culturel. Nous vivons une entreprise de reniement paisible, insidieux, et politiquement correct en diable ». Le maître d'œuvre de ce bannissement est la laïcité qui exclut toute manifestation publique d'une croyance religieuse, au mépris de l'histoire de notre pays et de la liberté de conscience. En effet il n'y a pas de différence de nature mais uniquement de degré entre le laïcisme et la laïcité même positive. L'une et l'autre sont, dans la pratique, un athéisme social. Ce n'est pas un hasard, mais au contraire, la conséquence logique d'un siècle de laïcité si une étude de février 2009, faite par l'institut Gallup, observe que la France est parmi les dix pays les moins croyants du monde. La laïcité y a fait le lit de l'athéisme.
Promouvoir la laïcité en espérant que les masses musulmanes s'y convertiront et deviendront ainsi républicano-compatibles est ainsi à la fois une illusion (tant ce concept de laïcité, absolument impie aux yeux des musulmans, est étranger à l'islam) et une faute, tant elle est contraire aux conditions de la renaissance de notre nation.
La laïcité n'est qu'un parasite de la chrétienté. Elle peut la détruire comme le gui tue inéluctablement le pommier sur lequel il se trouve : il ne survit cependant pas lui-même à sa
disparition. Les « Hussards noirs de la République » ont ainsi disparu, emportés par les vents violents de Mai 68, mais aussi par la révolution conciliaire. L'Église qui, par sa
puissance, justifiait, par antithèse, leur existence les a entraînés dans sa chute. Contrairement à ce que déclarait, dans un récent entretien à Présent, Marine Le Pen, le
choix n'est pas entre la laïcité et la croisade, mais entre la restauration de la civilisation chrétienne et le retour à la barbarie. Comme l'écrivait Péguy : « Ces
croisades, que nos pères allaient chercher jusque sur les terres des Infidèles, ce sont elles aujourd'hui qui nous ont rejoints et nous les avons à domicile. Toutes nos maisons sont des
forteresses in periculo maris ». C'est au nom de la fidélité à notre histoire, à nos traditions, à notre vocation particulière, que pourra être mené le combat
victorieux pour le maintien de l'identité de la France ! Or le christianisme tient une place essentielle dans la constitution de cette identité, ce qu'avait bien compris le Père de Foucauld
écrivant le 29 juillet 1916 à René Bazin :
« Le seul moyen qu'ils (les musulmans d'Algérie) deviennent français est qu'ils deviennent chrétiens ». Le propos n'a rien perdu de son
actualité comme nous le rappelait Jean-François Chemain dans « Enseigner en banlieue in caritate et veritate » (publié dans notre revue Renaissance Catholique n° 114), le
christianisme a marqué de son empreinte indélébile nos paysages ruraux et citadins, il imprègne encore notre vie quotidienne et nos institutions, il a inspiré tant de nos œuvres d'art en
littérature, peinture, sculpture… que le réduire à la sphère privée serait dénaturer, au sens le plus étymologique du terme, l'identité même de la France.
Affirmant cela, nous prenons acte de notre condition d'héritiers sans doute indignes, mais désireux d'être fidèle à un héritage qui certes nous dépasse, mais qui aussi donne un sens à nos vies.
En ce nouvel an de grâces 2011, calculé depuis la date du jour de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ (nouvelle fâcheuse entorse à la laïcité), nous mettrons notre espérance dans l'avenir de la France non dans le piège fumeux de la laïcité mais dans la prière d'intercession des saints de France et dans la réappropriation par un peuple, devenu de plus en plus étranger à son destin, de sa véritable vocation de fils aîné de l'Église
Jean-Pierre Maugendre
à lire:
actes de la XIIIe Université d’été de Renaissance Catholique
1905-2005 : un siècle après la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité est à nouveau sur toutes les lèvres. Les intellectuels redécouvrent un idéal qui paraissait exténué. Le chef de l’État la célèbre comme une valeur fondatrice de notre identité. Les évêques s’émerveillent qu’elle soit désormais « apaisée ». Cent ans après avoir été instituée pour déposséder l’Église catholique de son influence sociale, elle est désormais présentée comme la martingale qui doit permettre de résoudre les difficultés liées à la présence de l’islam.
Historiens, journalistes, philosophes, essayistes, les spécialistes réunis par Renaissance Catholique, à l’occasion de sa treizième Université d’été dénoncent le piège qui consiste à présenter la laïcité comme un modèle conforme à la doctrine catholique, alors qu’il en attaque la substance en ruinant les principes de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ ; l’imposture qui consiste à faire accroire qu’elle pourrait être une réponse aux problèmes posés par l’immigration musulmane, alors qu’elle est impuissante à changer la nature théocratique de l’islam.
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
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