Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
L'histoire de l'Afrique doit-elle être enseignée dans le secondaire aux dépens des fondamentaux de l'histoire de France ?
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Lhistoire des mondes non européens a toujours figuré dans les programmes scolaires, cependant, elle nétait pas enseignée aux dépens de lhistoire de France. De plus, cette nécessaire ouverture ne se faisait quà partir du moment où les fondamentaux de notre histoire étaient acquis par les élèves. Aujourdhui, il en va tout autrement avec la réforme Darcos qui prépare le délitement de limaginaire historique national, ce précieux socle auquel les Français sont encore arrimés.
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Les ravages commencent désormais dès la classe de 5° qui a subi des amputations insensées et même proprement « ubuesques » de son programme dhistoire. Or, ces amputations ont été rendues nécessaires afin de dégager autant de plages horaires destinées à létude des civilisations non européennes, quelles soient africaines, asiatiques ou autres. Pour ce qui concerne lAfrique, seront ainsi étudiés plusieurs royaumes avec un point central, celui du Mali. Pour leur « faire de la place », Louis XIV a donc été relégué en toute fin de programme et il ne sera donc « survolé » que si le Monomotapa (!!!) a été vu. De même que les crédits de larmée constituent la variable dajustement des déficits de lEtat, lhistoire de France devient quant à elle la variable dajustement des apprentis sorciers du ministère de lEducation nationale.
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Toute éducation supposant lacquisition de fondamentaux et de connaissances de base sans lesquelles il est impossible ou vain de vouloir aller plus loin, il est donc insensé de vouloir faire apprendre lhistoire du Mali à des enfants qui ne savent pas si Napoléon a vécu avant ou après Louis XIV Les « docteurs Folamour » du pédagogisme ne lignorent pas. Ils en sont même parfaitement conscients, mais ce sont dabord des militants dont le but est de casser tous les enracinements européens considérés par eux comme susceptibles de déclencher des réactions identitaires.
Ne nous cachons pas derrière notre pouce et disons les choses clairement : le premier but de cette aberrante réforme de lenseignement de lhistoire est de toucher le public de ces établissements mosaïques dans lesquels 30 à 40% délèves possédant moins de 350 mots de vocabulaire, ne sachant ni lire, ni écrire, ni même raisonner et encore moins comparer, pourrissent littéralement lapprentissage de classes entières. Les assassins de notre mémoire espèrent, grâce à cette réforme, capter lattention de ces auditoires « difficiles » et avant tout peu intéressés par lhistoire de France, en leur proposant une histoire sur mesure, une histoire à la carte, une histoire ethno sectorielle en quelque sorte.
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Les élèves dorigine mandé-malinké de Tremblay en France seront peut-être attentifs à lhistoire de lempire du Mali qui fut constitué par leurs ancêtres, mais il risque de ne pas en être de même avec les petits soninké de Garges les Gonesse, héritiers, eux, du royaume de Ghana qui fut détruit par les premiers De plus, comment vont réagir les rejetons des nombreux autres peuples africains ? Ny a-t-il pas une forme de discrimination à leur égard ? En effet, pourquoi privilégier le Mali ou le Ghana et passer sous silence lempire Luba et le royaume zulu ?
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Un autre but de ce programme qui fait naturellement de continuelles références à la traite des esclaves vue comme une sorte de fil conducteur de la matière, est de tenter de faire croire aux élèves que lhistoire du monde est dabord celle de la confrontation entre les méchants, lire les Européens, et les bons, lire les autres. Lethno culpabilité est décidément sans limites !
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De plus, et là est peut-être le plus important, lhistoire de lAfrique a son propre temps long qui nest pas celui de lEurope. Elle sappréhende avec une méthodologie particulière impliquant une maîtrise de la critique des sources orales, une connaissance approfondie de lanthropologie, de larchéologie, de la linguistique, etc., Or, les professeurs qui vont devoir enseigner cette histoire à leurs jeunes élèves nont pas été formés pour cela.
Un exemple : la connaissance que nous avons de Philippe le Bel repose sur des dizaines de milliers détudes, de thèses, de documents darchives, de mémoires, de correspondances, de traités etc. Son contemporain, Abu Bakr II empereur du Mali (+- 1310-1312), dont lexistence nest même pas certaine, nest connu que par des traditions orales tronquées, des sources arabes de seconde ou même de troisième main et par une chronologie totalement erronée établie par Maurice Delafosse en 1912. Lhistoire de son bref règne, sil a véritablement eu lieu, est pourtant largement enseignée en Afrique où ce souverain est présenté comme une sorte dexplorateur conquistador parti à la tête de 2000 ou même 3000 pirogues pour découvrir les Amériques.
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Les professeurs des classes de 5° qui vont devoir parler du Mali, cur du nouveau programme, devront évidemment étudier cet empereur. Or, sont-ils formés pour expliquer à leurs élèves que lhistoire scientifique ne se construit pas sur des légendes? De plus, le seul fait, dans un cours, de consacrer le même temps détude à un personnage historique attesté dune part, et à un autre, largement légendaire dautre part, conduira automatiquement les élèves à prendre le virtuel pour la réalité, ce quils sont déjà largement enclins à faire avec les jeux électroniques.
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Mais allons encore au-delà et abordons lessence même de la question. Face à ces élèves « en difficulté» (traduction en langage politiquement incorrect : enfants dont la langue maternelle nest pas le français), les enseignants oseront-ils, sans risquer un hourvari, expliquer quun tel voyage na jamais eu lieu? En effet, si tout est faux dans cette légende cest parce que les Africains de lOuest -à la différence de ceux de lEst-, ne pouvaient affronter la haute mer car ils ignoraient lusage de la voile ainsi que celui de la rame et parce que leurs pirogues étaient sans quille.
Les mêmes enseignants sont-ils armés pour faire comprendre à leurs classes que pour atteindre lAmérique, les hommes dAbu Bakr II auraient été contraints de pagayer durant plus de mille kilomètres à travers locéan atlantique avant de rencontrer enfin le courant des Canaries, seul susceptible de leur permettre de dériver ensuite vers lOuest et cela sur 6000 km ? Enfin, seront-ils en mesure de mettre en évidence lincohérence majeure de cette légende que certains considèrent comme une histoire vraie, à travers un exemple clair : comment lexpédition de lempereur malien aurait-elle pu atteindre lAmérique alors que les Africains ignoraient lexistence de larchipel du Cap-Vert situé à 500 km « à peine » de la péninsule du Cap-Vert, point le plus occidental du littoral ouest africain contrôlé par lEmpire du Mali et qui leur barrait la voie du grand large ? En effet, cet archipel était vierge et vide dhabitants en 1450, au moment de sa découverte par le Génois Antonio Noli qui était au service du Portugal...[1]
Lenseignement de lhistoire africaine ne simprovise pas !
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Hier la méthode dapprentissage de la lecture dite « globale » fabriqua des générations dillettrés et de dyslexiques; la réforme des programmes dhistoire donnera quant à elle naissance à des générations de zombies incapables de rattacher des évènements ou des personnages à une chronologie et ayant pour toute culture historique celle du volapük mondialisé.
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Bernard Lugan
23/09/2011