Les images sont parlantes. En Tunisie, une foule d’islamistes en colère est tenue à l’écart d’un groupe de manifestants démocratiques. Pour le moment, la lapidation a été
évitée. Au Caire, la foule est encore plus dense et plus barbue; elle réclame le respect du résultat des élections. Certes, on va voter jusqu’en mars mais, pour les Frères
Musulmans, il n’y a pas de doute: ils font plus de 40% des suffrages sur les 62% de votants.
Ils s’affirment modérés maintenant. Mais tout est relatif, car ils se comparent aux salafistes, qui veulent un retour sans concessions aux modes de vie édictés, en son temps,
par le prophète, et qui vont faire 20%. On cherche les femmes dans ces mouvements de masses. Quelques unes, voilées, en Tunisie, mais aucune en Egypte. Où sont passées les
Egyptiennes adulées par nos médias, bloggeuses admirables faisant passer leur pays de la dictature à la démocratie. Où sont passés tous ces jeunes démocrates, si sûrs d'eux, et
qui font des scores électoraux dérisoires ?
Il faut le répéter. L'hiver des autocrates n’est pas forcément le printemps des peuples La réalité égyptienne a rattrapé les manifestants de la place Tahir. Ils avaient cru
représenter l’Egypte en poussant vers la sortie, comme en Tunisie, un dictateur vieillissant et malade. Mais ils représentent 15% d’une société traditionnelle et rurale, qui
prend ses consignes, dans les villages et les quartiers urbains, auprès des prêcheurs de mosquée.
Ce sont ces identitaires musulmans qui profitent largement d’une liberté qu’ils vont, bien entendu, confisquer à la première occasion. Seul, un coup d’Etat de l’armée peut
empêcher l'islamisation de la société et l’établissement, dans le plus important des pays arabes, d’un régime islamiste –anti moderniste– anti occidental et, surtout,
anti-israélien.
Jeanette Bougrab ose briser le tabou gouvernemental de l’islamiquement correct. La secrétaire d'Etat à la Jeunesse, d'origine arabe (harki), affirmait, samedi, qu'il n'existe
pas d'«islamisme modéré» et que des lois fondées sur la charia, la loi coranique, sont «nécessairement une restriction des droits et libertés». Elle
réagissait, dans un entretien au journal Le Parisien, aux succès électoraux des islamistes au Maroc, en Tunisie et en Egypte. "Moi, je ne soutiendrai jamais un
parti islamiste. Jamais. Au nom des femmes qui sont mortes, de toutes celles qui ont été tuées, notamment en Algérie ou en Iran, par exemple, parce qu'elles ne portaient pas le
voile».
Jeannette Bougrab s'insurge aussi contre les Tunisiens de France qui ont voté à environ 30% pour Ennahda aux élections d'octobre. «Je trouve choquant que ceux qui ont les
droits et les libertés ici aient donné leur voix à un parti religieux», déclare-t-elle. «Je pense à ceux qui, dans leur pays, ont été arrêtés, torturés pour défendre
leurs convictions. On leur a en quelque sorte volé la révolution».
D’autres commencent à s’inquiéter, tardivement, mais directement concernés. Interrogé sur le scrutin en Egypte à la chaîne II (privée) de la télévision israélienne, le
ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, s'est déclaré "très préoccupé" par la montée de l'islamisme dans les pays arabes, après les résultats partiels du premier
tour des législatives en Egypte.
"J'espère que tout gouvernement qui sera formé en Egypte comprendra qu'il n'a pas d'autre choix que de respecter ses engagements internationaux qui incluent le traité de
paix avec Israël". M. Barak a insisté sur l'importance d'un renforcement du contrôle égyptien de la péninsule du Sinaï, où le gazoduc fournissant du gaz naturel à Israël et
à la Jordanie a été saboté, lundi dernier, pour la neuvième fois depuis le début de l'année. La donne géopolitique va rapidement changer… Non, les printemps arabes ne rendront
pas la région plus sûre. Bien au contraire.