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J’avoue que l’histoire de la IIIème république ne m’a jamais vraiment passionné : j’ignorais presque tout de cette époque qui pourtant se révèle encore étonnamment d’actualité. La lecture du livre de Jean Sévillia, Quand les catholiques étaient hors la loi, fut donc pour moi riche d’enseignements. J’y ai découvert l’origine du discours laïciste, franc-maçon, anticlérical, républicain, et tout le toutim, qui nous est réchauffé inlassablement par les serviteurs de la gueuse.
La plupart des gens pensent que la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat marque la fin de l’ingérence des religieux dans la conduite des affaires de la république. Ils imaginent qu’avant cette loi, une Eglise toute puissante imposait sa volonté au pauvre peuple, uniquement défendu par les amis de la liberté et du progrès social, vaillants précurseurs de Ségolène et compagnie. Jacques Sévillia remet les pendules à l’heure : cette fable est une image d’Epinal dessinée dans les officines radicales-socialistes. La réalité est exactement l’inverse. Depuis 1801, c’est le régime du Concordat qui était appliqué en France : l’Etat assurait la rémunération des prêtres et disposait donc d’un formidable pouvoir de contrôle. Il décidait par exemple des nominations des évêques, leur interdisait de faire des déclarations communes où de sortir de leur diocèse. Vous avez dit « Liberté » ?
A partir de 1879, les gouvernements anticléricaux vont se succéder dans notre malheureux pays, redoublant d’efforts dans l’élaboration de vexations à l’encontre du catholicisme, religion de 95,5 % de la population selon un recensement de 1872. « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » s’écrie Grambetta à la tribune de la Chambre. Le ton est donné.
Première cible des républicains : les congrégations religieuses accusées d’être des sectes privant leurs adeptes de la liberté de pensée. Ce qui gêne surtout nos francs-macons et autres radicaux, c’est la mainmise des congrégations dans le domaine de l’enseignement : or, pour établir la dictature de la république, il faut contrôler les esprits dès le plus jeune âge : « il s’agit d’ancrer chez les enfants la foi dans la République, le mot étant entendu dans son sens de 1792 ». La république ordonne donc à partir de 1880 la dissolution de nombreuses congrégations religieuses, comme par exemple les Jésuites. Les préfets, encadrés par des centaines de gendarmes et fantassins, évacuent les monastères. Souvent, la population s’est déplacée pour soutenir passivement les religieux. Parfois, cela tourne à l’émeute. Jacques Sévillia nous donne de nombreux exemples : j’ai la nostalgie de cette époque où plusieurs centaines de personnes s’opposaient aux forces de l’ordre qui tentaient de forcer les bâtiments religieux. De nos jours, les prêtres ne sont capables que de transformer les églises en dépotoir pour clandestins musulmans, dans l’indifférence générale...
C’est l’époque où dans la fonction publique, on trouve encore quelques hommes d’honneur. « [...] il y a le drame de magistrats risquant d’être requis pour appliquer des mesures qui répugnent à leur conscience. Confrontés à la mise en demeure du ministère de la Justice, 400 d’entre eux -avocats généraux, procureurs ou substituts- présentent leur démission, préférant briser leur carrière que de se déshonorer. ». Vous en connaissez beaucoup, maintenant, des fonctionnaires qui sacrifient leur carrière pour des raisons de conscience ? Sans même parler de Fabrice Burgaud, le juge d’Outreau, voyez ces magistrats qui jugent une vieille dame parce qu’elle refuse de vendre sa propriété à un maghrébin.
Il y a ces gendarmes qui évacuent les moines du monastère de la Grande-Chartreuse, parce que le chef du gouvernement a décrété qu’il s’agit d’une « congrégation commerçante » qui fait le négoce d’une liqueur. Ceux-ci vivent pourtant, selon leur règle, dans une pauvreté absolue. Mais rien ne tempère la haine des partisans de la laïcité. « Dans leur annexe de Curières, les chartreux s’occupent d’une centaine d’enfants sourds-muets. Quand le liquidateur annonce au directeur que l’œuvre à laquelle il a consacré sa vie doit fermer, le moine s’écroule. "Les cons vous l’ont tué ", constate le médecin appelé à son chevet. » Bon diagnostic, Docteur ! Malheureusement, le mal se répand et aucun vaccin n’a encore été trouvé.
Il y a ces processions attaquées par « des syndicalistes révolutionnaires, qui tentent de défoncer à coups de bélier les portes de l’église où les fidèles se sont réfugiés ». Il y a ces maires qui interdisent le port de la soutane sur le territoire de leur commune.
Et puis, pour ceux qui prétendent que la malfaisance des francs-maçons est une invention de la propagande nazie, citons ce scandale qui éclata en 1901 : le général André, ministre de la Guerre, fait appel au Grand Orient pour constituer un fichier des opinions dans l’armée française. « Dans chaque ville de garnison, les loges sont chargées de récolter des indications sur les officiers. [...] Les fiches, outre des considérations sur le caractère ou les mœurs prêtés aux intéressés, contiennent ce type d’annotations : "Va à la messe", "Clérical pratiquant scandaleusement", "Assiste aux offices religieux et s’y fait remarquer par sa dévotion", "Porte des cierges aux cérémonies religieuses", "Avale son hostie tous les dimanches" [ etc.] ».
Enfin, le livre parcourt rapidement le XXème siècle pour arriver à l’époque actuelle. Lucide, Jean Sévilla constate le recul de la pratique religieuse : « [...] ce bilan désastreux ne plaide guère, cependant, pour la théorie de l’enfouissement dans le monde qui, des années 1950 aux années 1980, a souvent fait autorité dans l’appareil ecclésiastique. Cette stratégie, longtemps prônée par un épiscopat, un clergé et des militants catholiques volontiers contestataires de l’autorité romaine et politiquement marqués à gauche, à force de réduire le christianisme à un message humanitaire et social, a contribué à brouiller l’identité religieuse du catholicisme et à effacer sa visibilité. » Les cathos de gauche devraient lire le livre de Jean Sévillia : ils en sortiraient un peu moins cons. Le principal enseignement que l’on peut en tirer, c’est que la république sécrète une idéologie qui confine souvent au totalitarisme.
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