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PRIX:18,00 euros
Vie de Louis XVI
A. J. C. Saint-Prosper. Présenté par Alain Sanders
Cette Vie de Louis XVI, d’Antoine Jean Cassé Saint-Prosper (1790-1841), journaliste, écrivain, polémiste, a été publiée en 1821. Pourquoi avoir choisi de la publier – dans sa version d’époque – aujourd’hui ? D’abord parce qu’elle est devenue introuvable.
Ensuite parce que l’on aurait tort de croire qu’il ne s’agit « que » d’un ouvrage historique. Le récit de Cassé Saint-Prosper et ses avertissements d’alors (« Si on continue d’avoir la même bonté envers la révolution, elle finira par faire disparaître de l’Europe jusqu’au nom même de Français ») sont pour notre temps.
L’Histoire ne repasse pas les plats ? Sans doute. Il n’empêche qu’elle balbutie souvent. Et qu’il n’y a pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre…
Présent
, n° 7258 du jeudi 6 janvier 2011L’introuvable “Vie de Louis XVI” d’A.J.C. Saint-Prosper
Pourquoi avoir choisi de publier l’ouvrage d’Antoine Jean Cassé Saint-Prosper (1790-1841), journaliste, écrivain, polémiste, publié en 1821 à la Librairie monarchique deN. Pichard (quai de Conti, n° 5, près le Pont-Neuf) ? Pour une raison bien simple :parce que ce petit livre rapide, incisif, tout empreint de piété filiale, est devenuintrouvable.
Ensuite parce qu’il écrit, dans la dernière note de son édifiante
Vie de Louis XVI (soustitrée« Martyrologe royal ») : « La révolution a causé à la France une perte de plus dedix millions d’hommes ; une démoralisation complète ; quatorze années du plus effroyable despotisme, et deux invasions. Au reste, il est incontestable que, si on continue toujours d’avoir la même bonté envers la révolution, elle finira par faire disparaître de l’Europe jusqu’au nom même de Français. »Est-il possible, en aussi peu de lignes, de résumer aussi justement l’héritage de laRévolution de 1789 avec,
in fine, cet avertissement prémonitoire qui annonce que cet« événement » – à moins de le dénoncer comme ce qu’il fut : une abomination – finiraitpar faire disparaître jusqu’au nom même de Français. Nous y sommes. Non seulement la bonté – c’est-à-dire l’approbation de cette période terroriste et son corollaire, l’assassinatdu roi Louis XVI – n’a cessé de croître et embellir, mais elle est devenue une sorte de
dogme enseigné dans les écoles…Polémiste de talent, A.J.C. Saint-Prosper ne polémique pas dans ces quelques pages où il ne fait que raconter un processus tragique. Inutile, en l’occurrence, d’en remettre. Les
faits parlent d’eux-mêmes. Saint-Prosper indique qu’il n’a pas voulu se lancer dans ungros volume sur le sujet (et le roi n’est pas un sujet !), mais qu’il a voulu composer un « livre populaire ». Comprenez : un livre pour le peuple. Pas pour les savants, pas pour les malins, pas pour les érudits. Pour le peuple qui fut la première victime de cet acte de
barbarie qui mit la France en état de péché. Elle y est toujours.Sa relation de la révolution, du procès du roi, de sa mise à mort, ne s’encombre pas d’effets littéraires. Il s’en explique : « J’ai tâché (…) de mettre dans mon style cette viveprécision qui fait qu’en peu de mots on dit et on peint beaucoup. »Un livre pour le peuple. Un livre court. Mais aussi l’accomplissement d’un devoir de mémoire. Pour répondre aux innombrables ouvrages qui, à l‘époque déjà et alors que la France avait retrouvé son régime naturel, la monarchie, épuisaient « toutes les ressources
de la calomnie pour souiller jusqu‘à la mémoire d’un roi-martyr ».Il ne suffisait pas, en effet, d’avoir guillotiné Louis XVI et Marie-Antoinette, il fallait desurcroît les salir. Et Saint-Prosper sent bien que si cette monarchie d’Ancien Régime n’a pas su se défendre – alors qu’elle en avait les moyens –, la monarchie restaurée n’a pas
compris la leçon. Il y a dans ses rangs, comme il y en eut avant 1789, des gens qui ont dela bonté pour ladite révolution.Il le sait. Et il le dit : « Tout le monde sait qu’il existe un comité pamphlétaire libéral [et
l’on rappellera qu’aux Etats-Unis, le mot “libéral” désigne la gauche, voire l’extrême gauche], auquel n’a qu‘à présenter un livre contre Dieu ou la monarchie pour qu’il l’accepte et le fasse imprimer aussitôt à ses frais. Si le livre réussit, on ne déduit à l’auteur que les frais d’impression, et on lui remet le surplus du prix de la vente. »Actualité de Saint-Prosper. Qui a oublié les sommes fastueuses qui furent débloquées en
1989 pour célébrer le bicentenaire de la Révolution ? Et qui ne se rend compte, alors
que l’on étouffe les auteurs hostiles à la « pensée unique », que ceux qui minent la
société, attaquent la famille, sapent les fondements même de notre civilisation, ont droit
à tous les honneurs, à l’accès aux médias, aux prix et aux récompenses ? Dans le combat
à outrance que livrent « les doctrines de destruction » contre « les forces de
conservation », comme dit Saint-Prosper, la partie est difficile : à se prononcer pour « les
forces de conservation », on ne gagne « ni popularité des journaux, ni places, ni titres, ni
mandats sur les caisses des banquiers », en effet…
Ces lignes datent de 1821. C’est-à-dire d’un temps où « les forces de conservation »
étaient censées être au pouvoir… Alors, aujourd’hui que ce sont « les forces de
destruction » qui mènent le bal jusque dans les allées du pouvoir…
« Dans les crises révolutionnaires, écrit encore Saint-Prosper, il faut surtout broyer sans
pitié les premières résistances, et concéder au salut de la royauté quiconque a force et
obligation de mourir pour elle, puisque nulle perte au monde n’équivaut à la royauté
vaincue. » S’il fut lu en 1821, l’auteur de la Vie de Louis
XVI fut mal lu… Moins de dixans après (1830), on sait ce qu’il advint…La publication, aujourd’hui, de ce petit livre, élégamment relié, ne relève pas seulement du désir de remettre au jour un ouvrage qui méritait de l‘être. C’est un livre pour notre
temps. Ce qu’on y décrit, et les avertissements que l’on y trouve, sont destinés tout autant aux Français d’aujourd’hui dont le nom même – comme Saint-Prosper le craignait – est en train de disparaître.L’Histoire ne repasse pas les plats ? Sans doute. Il n’empêche qu’elle balbutie souvent.Et qu’il n’y a de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre…
Alain Sanders
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH