Jamais deux sans trois! Dans la critique sévère du système médiatique manipulateur à laquelle nous nous livrons sans relâche à Metamag, nous avons quelques alliés, dont
Serge Halimi n'est pas le moins pugnace, puisqu'il remet, ce mercredi, une troisième avoinée aux "Nouveaux Chiens de Garde".
Fils de Gisèle, prof de fac avant de tomber dans le journalisme, pour succéder, en 2008, à Ignacio Ramonet -autre pourfendeur d'un totalitarisme aux apparences libérales- à la
direction du Monde Diplomatique, Serge Halimi a écrit, en 1997, un ouvrage saignant. Il s'en prenait à la consanguinité entre les pouvoirs: politiques, industriels et
mediatiques.
C'est le gratin de ces derniers qu'il qualifiait de "Nouveaux Chiens de Garde" : "en ne rencontrant que des "décideurs", en se dévoyant dans une société de cour et
d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s'est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son
crédit. Il a précipité l'appauvrissement du débat public. Cette situation est le propre d'un système: les codes de déontologie n'y changeront pas grand-chose."
Presse de révérence et de connivence
On pense toute de suite à Alain Duhamel, Serge July, Laurent Joffrin, Christine Ockrent, Michel Apathie, Paul Amar, BHL et tous les autres, ex-stalino, maos, trosko... autour de
la gamelle capitaliste, représentants patentés d'une presse de révérence et de connivence avec la classe dirigeante. "Un petit groupe de journalistes omniprésents - et dont
le pouvoir est conforté par la loi du silence - impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage." En
France, désormais, chaque promotion dans l'Ordre de la Légion d'Honneur comporte son lot de médaillés patrons de chaînes de télévisions et bons petits soldats de la
désinformation.
Ce brûlot, accueilli glacialement par la critique, a été réédité en 2005 (preuve d'un écho dans le public), alors que, dans sa marche vers le pouvoir, Nicolas Sarkozy donnait
une version brute de décoffrage d'un phénomène, qui ne s'est pas ralenti après son élection. En quelques années, on a assisté à un renouvellement quasiment général de la
génération des propriétaires de presse.
Aux familles de tradition de l'écrit (Hersant, Beytout, Del Duca etc) ont succédé des groupes industriels et des financiers : Dassault au Figaro, Bernard Arnaud aux
Echos etc . Censés remédier au malaise d'une profession paupérisée et désenchantée, les Etats Généraux de la presse réunis en 1988 à l'initiative du Président de la
République ne débouchèrent que sur d'insignifiantes mesures de réorganisation des circuits de distribution. L'information s'est muée en communication.
Il fallait faire voter le peuple en faveur de la constitution européenne; le persuader que la déréglementation et le libre échange étaient la voie royale vers le bonheur
universel; le convaincre que tous les rebelles à l'occidentalisation du monde formaient le camp du mal et du terrorisme, lui répéter que les populismes n'étaient que des
expressions malsaines et dangereuses d'illusions injustifiées et maladives, que les puissants avaient le droit d'ingérence chez les plus faibles en disant que c'était pour les
droits de l'homme plutôt que pour des intérêts privés etc. Le déclin d'une presse monocorde et domestiquée s'est poursuivie, plus rapidement qu'à l'étranger. Les journalistes
sont devenus une main d'oeuvre déclassée et sous-culturée, facilement manipulés et idéologiquement serviles.
La vérité ressemble à une vielle culotte trouée
Ce mercredi, c'est façon Michel Moore que les "Nouveaux chiens de garde" sont de retour: sur grand écran. Un dossier à charge, où ils sont tous pris au piège. Produit
par Jacques Kirsner, vieux routier de l'extrême-gauche qui n'a pas eu un sou des co-producteurs habituels: chaînes de télé, Commission d'avances. Sont pas fous quand même! C'est
donc presque en SCOP, comme à SEA France, et avec l'appui du Monde Diplo que l'affaire d'1,8M€ a été montée.
Ce ne sera pas le blockbuster, comme on dit. Le film, qui ne risque pas de faire le score d'"Intouchables", sort seulement dans une quarantaine de salles, dont une
dizaine à Paris. Vous y retrouverez une tapée de vieilles connaissances du PAF, qui vont en prendre un coup sur le Pif.
Ils ne disent pas que toutes les rédactions se comportent en affidés des pouvoirs, ni que tous les contenus soient dictés par les patrons. Non, pas toujours. Mais souvent. Et
quand il n'y a pas eu le barrage du fric, c'est l'autocensure et la chape de l'idéologie dominante. Mais là-dessus, ce pourrait être la partie faible du docu. Dans tous les cas,
la vérité ressemble à une vielle culotte trouée.
Des présentations directes sont prévues :
Mardi 10 janvier à Bordeaux, projection-débat en avant-première, au cinéma Utopia, à 20h30 en présence de Gilles Balbastre, coréalisateur du film, et de Mathias Reymond,
coanimateur d’Acrimed ( le site critique des média avec Arrêt sur image de Schneidermann).
Mercredi 11 à Toulouse, au cinéma Utopia, à 20h30 en présence des mêmes.
Lundi 23 à 19 heures à Fécamp, Maison du port, 254 avenue Jean-Lorrain. Conférence-débat autour du thème « L’actualité s’impose-t-elle aux médias ?» en présence de
Denis Perais d’Acrimed, à l’invitation de l’Université Populaire de Fécamp pour son assemblée générale. Contact : 06 22 39 04 28 / u.populairedefecamp@voila.fr.
Vendredi 27 à Avignon, au cinéma Utopia, à 20h30, en présence de Mathias Reymond, d’Acrimed.