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Grand imam de Bordeaux, Tareq Oubrou milite pour que chacun assume ses responsabilités : les politiques, les médias, l’école et les imams.
Un choc. Tout le monde était choqué. On savait qu’on allait en subir longtemps les conséquences. Une affaire comme celle-ci laisse des séquelles dans l’esprit de nos concitoyens, qui risquent de voir en chaque musulman un terroriste potentiel. Notre communauté se sent otage de l’extrémisme. Même si les autorités font preuve de mesure, les dégâts sont là.
Jusque-là, les déclarations des uns et des autres sont assez mesurées. Certes, l’extrême droite a tenu un discours sur le halal, l’islam… de nature à creuser un fossé au sein de la société française mais, pour moi, c’est pure démagogie à usage électoraliste. Ce qui est terrible, c’est que ça se fasse au détriment des minorités, et notamment des musulmans. C’est l’un des facteurs de la radicalisation de certains. Si l’on traite les musulmans comme des traîtres de l’intérieur, c’est une marginalisation physique et mentale, on instaure des banlieues non seulement géographiques, mais aussi mentales. Cela ne justifie pas, bien sûr, les actes barbares des derniers jours. Rien n’explique l’assassinat, le terrorisme.
Chaque fois qu’il y a une crise, à Bordeaux nous renforçons nos liens avec elle. Demain, nous rencontrons les responsables du Crif régional. A Bordeaux, on a une culture de dialogue interreligieux et on entretient une relation très forte avec la communauté juive. Nous sommes solidaires.
Bien sûr. Il faut d’abord faire un vrai travail de terrain, être à l’écoute et pédagogique. Et faire aussi très attention à nos discours. On sait que certains jeunes sont fragiles et qu’ils pourraient trouver dans nos discours des failles pour exprimer leur violence. Il y a toujours un risque, des déséquilibrés mentaux, des jeunes dont l’attitude ne peut s’expliquer que par la psychiatrie. Ils ont souvent un passé de délinquant et cherchent dans la radicalisation une sorte de rédemption. Je crois surtout que chacun doit assumer ses responsabilités. A commencer par l’école. Il faut que l’histoire de la France soit réécrite à la lumière de la présence musulmane aujourd’hui. Que ce soit en astrophysique, en mathématiques ou en philosophie, la contribution de l’islam à la civilisation occidentale est immense ! Cela permettrait aux jeunes de culture musulmane de se retrouver dans le programme enseigné à l’école et de ne pas se sentir stigmatisés.
Les politiques et les médias aussi ont une responsabilité, notamment dans l’emploi de leurs mots. Quand on dit «salafisme», il faut savoir de quoi l’on parle. On ne peut pas l’associer au terrorisme ! Le jihad, lui, est inscrit dans le Coran comme un combat pour une cause juste. Les jeunes qui utilisent ce mot pour cacher leur violence sont des ignares qui ne connaissent pas leur théologie. De la même façon, quand on parle de «terrorisme islamiste», on associe les deux mots, mais on ne le fait jamais avec les autres religions !