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2012 ANNEE JOHANNIQUE
JCe numéro de Monde et Vie est le dernier de l’année 2011, ce qui me permet de souhaiter à nos lecteurs une bonne année 2012, de la part de toute notre équipe.
A n’en pas douter, cette année sera cruciale pour la France, politiquement et économiquement, et il n’est pas besoin d’être un observateur avisé de l’actualité, ni d’aller
chercher des signes apocalyptiques chez les Mayas, les Aztèques ou les Paphlagoniens, pour comprendre qu’elle ne commence pas sous les meilleurs auspices.
A défaut de la fin du monde, nous assistons probablement à la fin d’une époque. Ce ne sera pas la première fois et ceux qui ont connu les années quatre-vingt-dix se rappellent
sans doute du séisme que représenta la fin de l’Empire soviétique, voilà tout juste 20 ans.
Englués dans le quotidien, nous oublions souvent que l’histoire est faite de soubresauts et de brusques accélérations. 20 ans après l’effondrement de l’URSS, minée par ses
contradictions internes, peut-être 2 012 verra-t-il celui des sociétés occidentales, sapées par les leurs. Sans doute y perdrons-nous matériellement ; mais rien n’interdit de
croire que nous y gagnerons d’autres façons. A l’orée de cette nouvelle année, un signe nous le laisse espérer – voilà 600 ans naissait Jeanne d’Arc, à une époque plus
troublée que la nôtre, où l’espérance paraissait vaine. Elle nous invite à nous rappeler que l’histoire des hommes est dans la main de Dieu.
Cet appel à nous fier à la Providence ne se confond cependant pas avec le providentialisme ou une quelconque forme de quiétisme, qui nous inciterait à attendre sans agir que
tout « nous tombe du Ciel ». Aide-toi et le Ciel t’aidera : le destin de la Pucelle illustre le dicton populaire. Dieu se sert d’une paysanne pour changer l’histoire, mais Il
attend que la paysanne agisse, comme Il attend pour donner Son Fils au monde le « oui » de la Vierge Marie.
« Messire Dieu premier servi », dit Jeanne. Moyennant quoi, elle pratique ce que Maurras appelait le « politique d’abord », qui ne donne pas la priorité au politique dans
l’ordre des fins, mais des moyens – à condition, bien sûr, que le moyen ne contredise pas la fin.
Nous entrons, justement, dans une année électorale, dont l’issue dépendra sans doute de la capacité du gouvernement actuel à retarder au-delà du scrutin l’entrée dans la
véritable crise économique. Les principaux candidats qui se présentent à nos suffrages ont tous, peu ou prou, « gauchi » leurs programmes économiques, au moment même où l’Etat
Providence montre ses limites. La différence se fera ailleurs, en particulier sur la volonté de maintenir la souveraineté nationale.
Or les partis et les hommes qui se succèdent aux commandes de notre pays depuis trente ans n’ont pas attendu la crise pour sacrifier l’indépendance de la France – qui le paie
aujourd’hui. Leur intérêt les pousse à aller plus loin, ne serait-ce que pour éviter d’avoir des comptes à rendre. Sarkozy l’a montré lors du dernier sommet européen, en
cédant sur tous les points de litige avec l’Allemagne : tout, y compris l’Europe allemande et la France vassalisée, plutôt que d’assumer les conséquences de la politique
d’intégration conduite dès avant Maastricht ! Ceux-là mêmes qui l’ont conduite ne nous expliquent-ils pas que les raisons de l’échec tiennent à un engagement insuffisant dans
la voie du fédéralisme européen ? Nous sommes encore trop Français !
Nous aurions pourtant tort de désespérer. Plus solides que leurs adversaires ne l’imaginent, les peuples et les nations ont des ressources insoupçonnées et lorsque tout semble
perdu, ils parviennent encore, avec l’aide de Dieu, à susciter, à tirer de leur chair une paysanne, une Pucelle qui sauve la situation. Bonne année, avec Jeanne d’Arc !
Eric Letty
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