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RICHELIEU ET L'EGLISE - PIERRE BLET



Richelieu et l'Eglise
Résumé

A partir de l'examen de la correspondance du nonce Scotti, représentant du Saint-Siège en France sous Richelieu, l'auteur enquête dans l'intimité politique, diplomatique et pastorale du cardinal, soucieux de réformer l'épiscopat, intervenant auprès du Parlement de Paris pour le respect de l'autorité doctrinale du pape autant que du pouvoir royal.

Quatrième de couverture

Richelieu et l'Église

Les derniers biographes du cardinal de Richelieu (1585-1642) ont fait litière de l'homme rouge de la littérature romantique autant que du Machiavel politique. Si le ministre est bien connu, l'homme d'Église demeure ignoré.

En puisant dans les archives romaines de l'Archivio Segreto et la Biblioteca Vaticana, Pierre Blet met en relief un Richelieu dévoué à l'Église, non seulement lors de son épiscopat à Luçon mais tout au long de son ministère. La soumission de la Rochelle n'affermit pas seulement la monarchie française, mais est saluée à Rome par le Te Deum du pape Urbain VIII et les salves du château Saint-Ange comme une victoire de l'Église catholique. Puis lorsque Richelieu, décevant le parti dévot, mène l'armée du roi en Italie pour affronter les Habsbourgs, il répond aux voeux de la cour de Rome. Dans l'Empire, sa politique correspond à celle du pape Barberini quand il projette de transférer la couronne impériale au duc de Bavière.

En France, il accomplit les souhaits du pape et du clergé en réprimant les usurpations du Parlement sur la juridiction ecclésiastique. Il rénove l'épiscopat et fait nommer des évêques zélés et instruits en s'inspirant des conseils de saint Vincent de Paul. Le retour des protestants à l'Église constitue jusqu'à son dernier souffle un objectif majeur.

Le nonce Scotti, dont l'auteur a édité la correspondance, écrira à Rome qu'il a remis la bulle du jubilé au cardinal de Richelieu « comme au premier ecclésiastique de France ».

Grand Prix Gobert 2008 de l'Académie française

L’auteur

   Après son doctorat ès lettres en Sorbonne (1958), Pierre Blet, entré en 1937 dans la Compagnie de Jésus, a été appelé à Rome comme professeur d’histoire moderne à la faculté d’histoire ecclésiastique de l’Université pontificale grégorienne. Il a enseigné pendant dix-sept ans l’histoire diplomatique à la Pontificia Accademia ecclesiastica. Spécialiste des relations entre l’Église et l’État au XVIIe siècle et de l’histoire diplomatique du Saint-Siège, il a collaboré aux Actes et Documents du Saint Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Il est correspondant de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques).

Dans la presse
La Nef, n° 183, juin 2007

   Succédant à deux livres récents, celui de François Bluche, paru en 2003, et celui de Françoise Hildesheimer, paru en 2004, lesquels venaient eux-mêmes après l’important ouvrage publié en 1992 par Roland Mousnier, voici aujourd’hui cette étude que nous offre le père Blet. Ainsi que son titre l’indique, elle s’intéresse tout particulièrement, chez le cardinal de Richelieu, à sa qualité d’homme d’Église, et s’applique à montrer comment une telle qualité fut comprise et assumée par lui, dans sa vie privée et tout au long de son ministériat.
   Quoique prêtre sans vocation, Richelieu possédait une foi très sincère qu’attestent les nombreuses pages désormais disponibles en librairie de ses « écrits spirituels ». Se levant chaque nuit pour faire oraison, il se confessait toutes les semaines, communiait tous les dimanches. D’ailleurs, non content d’entendre quotidiennement la messe aux heures ordinaires, il la célébrait en personne aux grandes fêtes de l’année, et aux fêtes de la Vierge, qui lui inspirait une filiale dévotion. En 1638, lorsque parvint à Saint-Quentin, où il se trouvait, la nouvelle de la naissance d’un Dauphin, ce dut être un beau spectacle que de voir le redoutable cardinal donner la bénédiction au peuple accouru à la cérémonie du Te Deum…
   Nous en resterons là. Mais en souhaitant que les esprits captivés par l’histoire politique et religieuse du XVIIe siècle lisent Richelieu et l’Église. Grâce à ce volume, ils approfondiront leur culture. Et ils l’étendront.
   Michel Toda

Nouvelle Revue d’Histoire, n°31, juillet-août 2007

Le RP Pierre Blet, s.j., est un historien de qualité. Il fut pressenti par le pape Jean-Paul II pour écrire une réfutation de la « culpabilité » de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale (Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, 1997). Il nous fait maintenant bénéficier de ses recherches érudites pour clarifier les relations de Richelieu avec l’Église catholique. Il démontre que le cardinal fut un homme d’Église à part entière, dans sa politique comme dans l’accomplissement de sa vocation sacerdotale. Recourant à des sources inédites, l’auteur se penche sur la position équilibrée adoptée sous l’impulsion du ministre par le gouvernement de Louis XIII face aux prétentions ultramontaines et aux revendications gallicanes. Il n’a pas de mal à démontrer que sa politique étrangère d’hostilité aux Habsbourg, parfois critiquée par le parti dévot (Marillac, Bérulle) rejoignait les demandes du pape Urbain VIII, qui souhaitait écarter l’Espagne des affaires italiennes.   Cependant, avec honnêteté, l’auteur ne peut cacher les ambiguïtés de la politique française de ce temps, qui traduisent une certaine duplicité. Ainsi, les termes des traités d’alliance avec l’Angleterre de Charles Ier ou avec les Hollandais et les Suédois insistent sur la tolérance à respecter à l’égard des catholiques alors que le Cardinal ne pouvait ignorer que ces clauses ne seraient jamais respectées. Parmi bien d’autres faits, le Père Blet cite une lettre d’instructions à l’ambassadeur Ventolet, par laquelle il lui recommande d’encourager les Turcs à attaquer Naples, la Crète et la Sicile, tout en ajoutant que « l’intention du roi n’est pas que ces territoires tombent entre leurs mains ». Quand on sait que, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, aucune conquête ottomane ne fut rendue, on ne peut croire à la sincérité du Cardinal.
   Cependant, ces équivoques ne sont pas propres à Richelieu, mais au caractère toujours mouvant des frontières entre le temporel et le spirituel.
   Pierre de Meuse

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