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Xavier Moreau
Pour ceux qui croyaient que l’Afrique fut le seul continent où des puissances étrangères pouvaient s’appuyer sur une minorité ethnique pour renverser un Président démocratiquement élu, les récents événements à Kiev montrent que l’Europe partage également ce privilège. Ils démontrent également que l’antifascisme pour l’Union Européenne et les gouvernements soumis n’est pas une conviction, mais une posture, qui vise à discréditer les mouvements patriotiques à l’intérieur de l’UE, tandis que cette même UE promeut les groupuscules réellement fascistes à l’extérieur de ses frontières, contre les états récalcitrants. Ce fut le cas en Géorgie, c’est maintenant le cas à Kiev.
Le gouvernement ukrainien issu du coup d’État est en train de prendre des mesures hautement démocratiques comme l’interdiction des partis d’opposition. Svoboda a demandé de limiter la transmission des programmes télévisés. Kiev s’oriente vers un gouvernement fasciste de transition, afin d’écraser toute forme de contestation, et de transmettre le pouvoir par la suite, à un gouvernement UE compatible, qui s’empressera alors de satisfaire toutes ses obligations « morales et économiques ».
Svoboda en profite également pour s’attaquer aux églises du patriarcat de Moscou. Ces attaques, jusque-là réservées à l’ouest de l’Ukraine, s’étendent désormais à Kiev même où 76 hommes armés ont encerclé le monastère de Kiev-Pechersk Lavra, rattaché à l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou. Le but est de remettre ces églises à l’Église orthodoxe du patriarcat de Kiev, sorte de secte dissidente et militarisée créée en 1992. Le programme de Svoboda exige le rattachement de toutes les Églises d’Ukraine à sa dissidence, par la force s’il le faut.
Pour compléter le système répressif, le nouveau ministre de l’intérieur, Arsen Avakov, a proposé d’intégrer les milices radicales au sein des troupes du ministère de l’intérieur. Il s’agit à la fois de maintenir un régime de terreur vis-à-vis des anciens députés du parti des régions, toujours majoritaire au parlement, et de tenter de contrôler ces groupements à qui l’opposition doit sa victoire sur Ianoukovitch. « Pravy sektor » a d’ailleurs déclaré qu’il n’avait pas l’intention de quitter Maïdan.
L’opposition et l’UE ont en effet remporté une victoire sur Ianoukovitch mais pas sur la Russie, qui s’est très peu impliquée jusqu’à aujourd’hui. Le départ de Ianoukovitch, parangon de lâcheté et de corruption, clarifie la situation pour le gouvernement russe. Rappelons encore une fois que l’accord de coopération était SON projet, et que si l’Union Européenne lui avait apporté de quoi financer son État en banqueroute, Ianoukovtich aurait signé des deux mains. Personne ne regrettera ce Milosevic ukrainien, à commencer par Vladimir Poutine.
La ratification de l’accord de coopération pourrait d’ailleurs intervenir aujourd’hui, puisque le Président par intérim vient d’être nommé. Il s’agit d’un proche de Yulia Timochenko, Alexandre Turchinov. Cette signature signifie un retour brutal à la réalité pour les quelques centaines de milliers de naïfs manipulés qui occupèrent Maïdan, le samedi et le dimanche (la semaine étant réservée aux quelques centaines de radicaux désœuvrés et armés par l’UE et les États-Unis). Point de nouveau régime pour les visas, point d’aide économique, point de candidature à l’UE, des dizaines de milliers de normes à appliquer avec en cadeau, 650 millions d’euros de technocrates de l’UE, qui feront l’aller-retour Bruxelles/Kiev pendant les prochaines années. Les gogos de Maïdan vont enfin comprendre pourquoi ils ont manifesté, mais cette fois c’est aux partis pro-européens de le leur expliquer. Les pro-européens vont aussi devoir trouver 10 milliards de dollars rapidement pour empêcher le pays de s’écrouler dans les semaines qui viennent. Il n’est pas exclu que nous les voyions tendre la sébile vers Vladimir Poutine. Dans cette perspective, Timochenko n’est pas un mauvais choix, rappelons qu’elle fut condamnée pour abus de pouvoir POUR AVOIR SIGNÉ UN ACCORD GAZIER AVEC LA RUSSIE. Rappelons que le Kremlin s’était élevé contre sa condamnation et son incarcération.
Yulia est donc de retour. Visiblement éprouvée par ses années de prison, et déconnectée de la réalité. Son discours enflammé et redondant d’hier soir, a rapidement lassé les spectateurs de Maïdan, le tout dans une atmosphère de délation particulièrement odieuse. Elle a appelé à continuer d’occuper Maïdan, ce qui est exactement le contraire de ce que souhaite l’opposition. Elle a félicité les « 5000 héros » qui ont tenu Maïdan, alors que l’on nous explique depuis le début que c’est l’Ukraine entière qui s’est soulevée. Elle a appelé à la vengeance, ce qui peut se comprendre étant donné ce qu’elle a enduré, mais qui n’est pas un discours d’homme d’état. La princesse du gaz est de retour et les médias français se sont lancés dans un tressage de lauriers avec l’ignorance et la bêtise qui les caractérisent depuis le début du conflit. L’Ukraine est de retour en 2004, avec une constitution inutilisable, qui empêchera le pays d’être gouverné et favorisera le système oligarchique dont Timochenko fut le pilier principal.
Dire aujourd’hui si le pays va éclater est difficile. Si Kiev part en guerre contre le sud-est de l’Ukraine, c’est tout à fait possible à condition que la Russie soutienne le mouvement. Libéré de Sotchi et sans doute fatigué des coups tordus des occidentaux, le Kremlin est en droit de le faire. L’ouest de l’Ukraine a montré qu’il était incapable de contenir ses populations minoritaires arriérées. Pour la Russie ce serait une belle opération. Elle récupérerait la Crimée, terre russe par excellence, et l’est, seule région riche et industrialisée de l’Ukraine. Elle laisserait à l’UE, l’Ukraine agricole et pauvre, avec son foyer national-socialiste, qui fera le bonheur des groupuscules néo-nazis européens, et donc, celui du département d’État américain. Il n’est cependant pas évident que les Russes souhaitent s’ingérer à ce point. Contrairement aux élucubrations de Gallia Ackermann et de Marie Mandras, ils ont brillé par leur absence, surpris de voir Ianoukovitch se tourner vers eux au dernier moment, en novembre dernier.
L’UE a remporté une victoire à la Pyrrhus. Ianoukovitch est tombé, mais au prix d’un coup d’état. Les peuples européens ont observé cette nouvelle URSS s’allier avec les groupuscules les plus radicaux d’Europe pour écraser toutes velléités de résistance à son emprise. L’UE n’a rien résolu en Ukraine et malgré l’opposition fanatique de Barroso, elle devra tôt ou tard s’assoir à la même table que la Russie, pour discuter de l’avenir de ce pays, si avenir il y a encore.
La ville de Kiev vit désormais sous le règne de la « Pax Bandera ». « Pravy Sektor » a annoncé qu’il ne comptait pas quitter Maïdan, ce qui en dit long sur la légitimité des élections du 25 mai. L’Union européenne validera peut-être cette nouvelle forme de démocratie contrôlée par la rue, qui sait ? La nouvelle URSS est assurée de la loyauté de la Rada grâce aux très efficaces patrouilles des milices de Svoboda et de Pravy Sektor. Ainsi, bien qu’encore majoritaire, les députés du parti des régions ont voté pour l’abolition du russe en tant que langue régionale. Gageons que, si les élus des zones russophones sont un jour laissés libres de rentrer dans leur circonscription en vie, la pilule sera dure à faire passer à leur électorat. Le très démocrate leader de « Svoboda », Oleg Tiagnibok, a encore beaucoup d’idées et de lois urgentes à faire passer sur l’interdiction des partis politiques, de la télévision russe, des anciens fonctionnaires du parti des régions… C’est à peu près le programme ségrégationniste de Franco Tudjman de 1990 à 1992 contre les Serbes de Krajina, poussant ces derniers à se soulever à lui infliger une série de revers militaires. Les Allemands et les Américains, avec la bénédiction de Milosevic, lui permettent d’épurer ethniquement la région entre mai et août 1995. La situation est cependant légèrement différente pour les « banderistes » ukrainiens, dont les plus radicaux ont d’ailleurs décidé de reprendre Koursk, Briansk et Belgorod aux Russes. Avec Vladimir Poutine en face, il est peu probable que beaucoup d’Allemands se portent volontaires pour recevoir une nouvelle raclée par l’armée russe, ou que les avions américains appuient l’offensive « banderiste ». En vue de cette attaque imminente, les « bandéristes » de Kiev ont commencé à dépouiller les automobilistes. Une mise en place tout-à-fait démocratique de l’impôt révolutionnaire.
Nous avions à plusieurs reprises expliqué que le premier problème de l’Ukraine était un financement de sa dette à court terme. Comme par miracle le gouvernement issu du putsh et l’Union européenne, et même la presse française, viennent de s’en apercevoir à leur tour… Il était temps. Oh miracle ! L’UE pourrait prêter $20 milliards à l’Ukraine. Même les États-Unis seraient prêts à mettre la main au porte-monnaie ! Quel dommage que les deux technocraties ne s’en aperçoivent que maintenant. $15 milliards pour l’Ukraine en novembre dernier et la cause était entendue. Évidemment, ni l’UE, ni les États-Unis ne vont consentir un effort financier de cette sorte. Si aide il y a, ce qui est peu probable, elle sera soumise à des conditions telles que l’augmentation de l’âge de la retraite, du prix du gaz pour les personnes physiques et privées, la baisse des prestations sociales, des salaires des fonctionnaires etc. Elle sera également étalée sur une bonne dizaine d’années. Rien de cela n’avait été exigé par la Russie. Les Ukrainiens, même de l’ouest, vont pourvoir commencer à faire leurs comptes. Comment l’UE pourrait expliquer à ses états membres sous perfusion, auxquels elle fait payer par des politiques de rigueur épouvantables, le moindre euro versé, qu’elle va se délester de $10 milliards pour embêter la Russie.
La mise sous-tutelle du parlement par les radicaux et l’attaque du bureau du gouverneur de Kharkov par les « banderistes » justifient pleinement le doute que vient d’émettre le Premier Ministre Medvedev sur la légitimité du pouvoir de la Rada actuelle.
C’est en Crimée que la situation a le plus évolué avec une volonté séparatiste affichée. Cela s’est traduit par l’élection d’un nouveau maire et la levée massive de volontaires par le « Russki Blok ». Rappelons que si à l’est de l’Ukraine se trouvent les Ukrainiens russophones, la Crimée est peuplée de Russes ethniques, qui ne se considèrent pas ukrainiens. La presqu’ile n’a historiquement aucun lien réel avec l’Ukraine. Les drapeaux russes ont été hissés à Kerch ou à Sévastopol, les groupes d’auto-défense se forment et il ne fait pas bon être « banderiste » dans la région. Le drapeau ukrainien y a été brûlé. Dans le sud de l’Ukraine également, à Odessa, une grande manifestation a eu lieu contre les « fascistes » de Kiev.
L’est de l’Ukraine aussi est secoué par des affrontements. Outre Kharkov, des coups de feu ont été échangés à Lugansk entre « banderistes » et un groupe local d’auto-défense.
La communauté juive de Kiev, après avoir été discrète pendant ces derniers jours, sans doute sous la pression américano-européenne, ne cache plus sa peur, comme le relate le quotidien Haaretz. Il y a peu de chance que les juifs d’Ukraine s’attirent la sympathie des histrions papillonnant autour de Bernard-Henri Levy. L’instauration du nouvel ordre mondial en Ukraine est à ce prix.
Catherine Ashton est repartie sans rien apporter que
de belles promesses. La nomination du gouvernement de transition, qui devait avoir lieu aujourd’hui, a
été repoussée à jeudi. Arseni Iatseniouk a reconnu lui-même qu’accepter d’y travailler était suicidaire politiquement. Le futur Premier Ministre devra en effet gouverner sous la menace
permanente des radicaux, dont il devra obtenir – personne ne sait comment – le départ des émeutiers, non seulement de Maïdan, mais de la capitale et des bâtiments administratifs qu’ils
contrôlent en région. Sans cela, l’élection du 25 mai, dont la campagne a déjà commencé, n’aura aucune crédibilité. Le futur gouvernement devra trouver également $2 milliards pour le mois de
mars, afin de rembourser le FMI, ce qui paraît difficile. Dans le cas contraire, il devra assumer la faillite de l’État ukrainien.Kiev et l’Ukraine de l’ouest s’enfoncent peu à peu dans
l’anarchie. De véritables scènes d’épuration et d’autocritique à la bolchévique se sont déroulées. À Lvov, les Berkout ont été contraints par le “Pravy Sektor” de
demander pardon à genoux, devant un “rassemblement de citoyens”. La
maison du fils du président du parti communiste a été incendiée et les élus craignent pour leur famille. “Pravy Sektor” s’autorise à violer les domiciles de ceux qui sont jugés
“ennemis de la nation”. Les milices se trouvent à l’intérieur même du parlement, et en contrôlent étroitement l’activité. Le gouvernement actuel, formé par les proches de Timochenko
s’empresse d’accéder à toutes les demandes des extrémistes de “Svoboda”. Ces derniers, ainsi que “Pravy Sektor”, savent que les prochaines élections les ramèneront à leur importance réelle
sur l’échiquier politique ukrainien, c’est-à-dire pas grand-chose. Leur stratégie est désormais de se constituer en “comité de salut public” et de faire régner leur “ordre” à l’intérieur même
de la Rada. Catherine Ashton n’a visiblement rien trouvé à y redire. À Kiev la situation est précaire et les habitants armés sont de plus en plus nombreux et le sont ouvertement. Désormais un
masque, un brassard et une arme vous donnent le droit de vous déclarer du “Pravy Sektor”, et par conséquent, de pressurer qui vous voulez dans la rue. Cette situation fait le bonheur des
sociétés de sécurité qui sont désormais systématiquement utilisées par les hommes d’affaires, et à qui des quartiers entiers sont confiés par les habitants effrayés. Les retraits d’argent
liquide se généralisent et la fuite des capitaux atteint des sommets. La police a totalement déserté les rues. En plus d’avoir le monopole de la violence, “Svoboda” a obtenu le
poste de procureur général, ce qui lui permettra d’inculper tous les citoyens ukrainiens qui refusent de se soumettre, et de renforcer “son comité de salut public”.
La situation dans l’ensemble du pays a été calme aujourd’hui. Les radicaux agissent essentiellement à Kiev et dans l’ouest. À l’est et au sud, ils sont soit absents, soit ils occupent des bâtiments administratifs sans que cela gêne la vie des populations. Les lois ségrégationnistes qui ont été prises sous la contrainte par la Rada ne peuvent de toute façon pas être appliquées pour l’instant.
Nos lecteurs se sont interrogés sur l’inaction russe. Comme nous l’avons souligné, la Russie, quoiqu’en disent ses détracteurs, a respecté ces dernières années le principe de non-ingérence. Le Kremlin s’était résolu à voir l’Ukraine signer l’accord de coopération. Aucune figure nationale ukrainienne et russophile n’est d’ailleurs apparue pour remplacer Ianoukovitch ; comme si la Russie s’était résignée à travailler avec le pouvoir ukrainien, quelle que soit l’alternance. Moscou compte vraisemblablement sur le pourrissement de la situation, lié à la catastrophe économique et la mainmise des radicaux sur Kiev. Tôt ou tard, en effet, le pouvoir ukrainien devra faire ce que Ianoukovitch n’a pas osé faire, par lâcheté et par corruption : éliminer les “banderistes” de Maïdan. En attendant, la Russie a déployé les spetsnaz GRU et quelques blindés d’infanterie pour protéger sa base à Sébastopol. Les manifestants pro-russes de cette ville ont réclamé un référendum sur l’indépendance.
En France, la presse se fait plus circonspecte après le conte de fée, qui a été servi ces derniers jours, sur Maïdan. Le gouvernement français reste en réserve, comme les autres gouvernements européens. Le ministre des affaires étrangères luxembourgeois a même eu le courage de condamner le soutien aux partis néo-nazis et s’est prononcé contre les lois discriminatrices sur l’emploi de la langue russe. Les soutiens aux radicaux se retrouvent toujours chez les milieux atlantistes, qu’ils soient gauchistes ou libéraux, ainsi qu’au sein d’une certaine extrême droite, par romantisme et immaturité politique.
Au côté d’Anne de Tinguy, pour raconter n’importe quoi, nous trouvons un pseudo
« homme d’affaires français en Ukraine » écrivant pour l’Express, Clément Chenaux. Il s’agit sans doute d’un
pigiste, qui tente de se doter d’une crédibilité que les journalistes français ont définitivement perdu. Il se peut aussi que les affaires de Clément ressemblent à celles de ces deux jeunes français entreprenants à Moscou, ce qui expliquerait son incompréhension profonde des enjeux économiques.
Sur la nature de l’accord de coopération, nous avons déjà écrit beaucoup. Pour ceux que cela intéresse, le mieux est d’écouter ce qu’en dit M. Jocelyn Guitton, de la section économique et commerciale de la délégation de l’Union Européenne en Ukraine, en octobre
dernier.L’évolution de la situation politique à Kiev nous révèle chaque jour les nouveaux concepts démocratiques de l’Union Européenne. Désormais, avant d’être validé par le parlement, le
gouvernement ukrainien doit être acclamé par le « soviet de Maïdan ». Ce dernier est constitué par la foule rassemblée pour l’occasion sous la surveillance démocratique des milices
de « Pravy Sektor », le bras armé de « Svoboda ». Anne de Tinguy a appelé cela sur BFMTV, dans une extase pas même feinte, une nouvelle « gouvernance ».
L’avantage des anglicismes est que l’on peut y mettre n’importe quoi, en ayant l’air sérieux. Chère Anne, Abraracoursix
porté sur son bouclier est également une forme de gouvernance, mais ce n’est pas la démocratie. La démocratie, c’est lorsque les gens choisissent leurs gouvernants par le suffrage,
si possible universel, et à bulletins secrets. Un exemple de gouvernance à la « Pravy sektor » se trouve ici : la brute épaisse, Alexandre Muzitchko, qui agresse un employé du parquet de Rovno, a
également combattu les Russes en Tchétchénie et fut le garde du corps de Doudaiev. On retrouve là, deux des quatre piliers de l’influence américaine, islamisme et fascisme (pour mémoire les
deux autres piliers sont la mafia et le trotskisme).
En résumé l’« accord d’association » c’est :
Tout comme Nicolas Domenach, dont la niaiserie a atteint des sommets vendredi dernier, Anne de Tinguy s’est réjouie bien trop vite du putsch de Kiev. Comment nos deux atlantistes ont-ils pu croire, que la Russie resterait l’arme au pied, tandis que les occidentaux soutenaient un gouvernement choisi par acclamation des bandes armées, et validé par un parlement sous la menace des armes de « Pravy Sektor » ?
En outre, « Svoboda » et encore plus son bras armé, « Pravy Sektor », sont devenus incontrôlables, sauf peut-être par l’administration américaine, qui a fait le choix de la guerre civile depuis sa défaite de décembre dernier. La transcription, à prendre avec prudence, d’une conversation entre Tiagnibok et Iarosch (chef de « Pravy Sektor ») confirme ce que nous expliquions dans nos précédents articles. Iarosch demande à Tiagnibok ne lui faire attribuer la direction du ministère de l’intérieur et des services secrets (SBU) pour faire la chasse aux opposants, et ce, afin de construire une Ukraine sans « Jid » (youpins) et sans Russes. Tiagnibok et Iarosch sont conscients que le temps ne joue pas pour eux, et que la seule solution est de s’emparer du pouvoir. C’est une véritable fuite en avant qui consiste à instaurer un régime policier, le plus vite possible, pour contenir l’exaspération inévitable de la population, même à l’ouest. Il s’agit également d’attaquer les villes de l’est du pays, ce qui donnerait pourtant à l’armée russe le prétexte pour intervenir. La vérité est que les pro-UE ne contrôlent plus du tout les demi-dingues sur lesquels ils se sont appuyés depuis le début. Iarosch a récemment appelé le terrosiste tchétchène Doku Oumarov à attaquer la Russie, et dans le même temps il menace d’envoyer entre 5 à 7000 hommes à Kharkov. Dans la mesure où les États-Unis ont mis officiellement Doku Oumarov sur la liste des terroristes liés à Al Qaïda, il va être intéressant d’observer leur réaction. Le leader tchétchène, Ramzan Kadyrov a apporté son soutien aux Russes, y compris aux cosaques, et a promis un « billet aller simple au chef terroriste ». Du côté de Svoboda, ça ne va pas mieux, Mikhail Golovko, rendu célèbre pour ses attaques contre les fidèles orthodoxes dans l’ouest de l’Ukraine, veut désormais se doter de l’arme nucléaire en six mois, comme quoi on peut être nazi, cinglé et avoir de l’humour.
Au sein de ce conflit, la Crimée est un problème à part. Nous ne parlons pas dans ce cas d’une province russophone, mais de Russes ethniques. Les journalistes français ayant, une fois n’est pas coutume, travaillé un minimum le sujet, nous n’y reviendrons pas. Une autre spécificité de la Crimée est sa situation géographique. Le corridor qui relie la presqu’ile au continent est très facile à contrôler. En outre la flotte russe permet le contrôle des côtes. A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’ensemble des structures de force de Crimée sont sous le contrôle des pro-russes. La seule frégate ukrainienne et son navire amiral, le « Hetman Sahadachny » a même décidé de rejoindre la flotte russe, après avoir participé à un exercice OTAN dans le Golfe d’Aden. Le navire arbore désormais la croix de Saint André. Des défections au sein de l’armée sont encore à attendre, le Président légal étant toujours Viktor Yanoukovitch. Il est important de souligner que l’essentiel des forces ukrainiennes se trouvent à l’est. Leur loyauté au pouvoir auto-proclamé de Kiev est loin d’être assurée.
André Paroubi, le chef du conseil de sécurité national ukrainien, a étrangement appelé à la mobilisation sur sa page facebook. Il s’agit d’un test pour observer la réaction des Ukrainiens et des forces armées. Rappelons enfin que l’essentiel que les forces permanentes ukrainiennes regroupent moins de soldats que la Russie n’en fait manœuvrer en ce moment à ses frontières, soit moins de 150 000 hommes.
En Russie, Vladimir Poutine peut compter sur le soutien du parlement, du sénat et de la population, quimanifeste aujourd’hui à Moscou et dans les grandes villes de Russie. Après les jeux de Sotchi, le Président russe avait atteint près de 68% d’opinion favorables. La crise ukrainienne ne fait que conforter la position de celui qui paraît avoir quasiment toutes les cartes en mains.
Il n’est cependant pas certain que même en Crimée, la Russie tente d’annexer une partie du territoire ukrainien. Il est plus vraisemblable, que la Russie exigera la mise en place d’une fédération ou d’une confédération extrêmement lâche, qui lui permettra :
Parallèlement à son action militaire, la Russie a entrepris de faire jouer à plein la pression économique. En faisant monter la pression militaire, elle tente de paralyser l’aide économique que le FMI comptait fournir à un gouvernement illégitime, qui pourrait disparaître du jour au lendemain. La Russie, au nom du manque de garanties phytosanitaires lié à l’instabilité du pays, a mis en place un embargo sur les céréales ukrainiennes, provenant essentiellement de l’ouest de l’Ukraine. La Russie a par ailleurs rappelé qu’à la mi-avril 2014, le tarif préférentiel sur le gaz, accordé en décembre cesserait de d’être attribué à l’Ukraine.
- La Crimée est entre les mains des Russes et à moins d’une troisième guerre mondiale, cela ne changera pas. La Russie a donc enregistré un premier succès définitif grâce à cette crise. Même si les États-Unis activent les groupes terroristes tatars sur place, cela ne changera pas la donne.
- Il y a désormais deux légitimités en Ukraine.
- La Russie détient désormais la quasi-totalité des cartes militaires, économiques et politiques, surtout si les radicaux lui donnent le prétexte pour intervenir dans l’est. Derrière cette intervention, nous retrouvons le précédent kosovar sur lequel la Russie ne manquera pas de s’appuyer comme en 2008, lors de la tentative de nettoyage ethnique américano-géorgienne en Géorgie.
- Les États-Unis souhaitent envoyer des représentants de l’OSCE, sans doute pour organiser sur place leur propagande de guerre, comme ce fut le cas lors du conflit au Kosovo. Le chef de l’OSCE et agent de la CIA,William Walker, avait alors fabriqué notamment le faux massacre de Racak.
Xavier Moreau