Jean-Luc Mélenchon y a prononcé, sur un ton solennel – quasi gaullien –, un discours radical, achevant sur le cri de « Vive la Sociale ! », cette fameuse révolution sociale dont rêvaient tous les révolutionnaires français, depuis la Conjuration des Égaux de Gracchus Babeuf en 1795, jusqu’en 1917 quand Lénine prétendit l’avoir instaurée en Russie.
C’est d’ailleurs ce qui intrigue dans ce discours. Jean-Luc Mélenchon y a « zappé » toute l’expérience communiste – léniniste, stalinienne mais aussi trotskiste –, lui qui a été formé dans cette stricte doctrine idéologique et organisationnelle au sein de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), dirigée d’une main de fer durant des décennies par Pierre Boussel dit Lambert, qui sut inculquer à ses ouailles l’art oratoire et un sens de la manœuvre politicienne, qualités que Mélenchon a continué cultiver durant 30 années passées au Parti socialiste.
Mélenchon a donc évité de parler « des choses qui fâchent » entre anarchistes, trotskistes et communistes orthodoxes qui se sont affrontés violemment durant des décennies, et aussi de l’expérience léniniste qui s’est achevée en 1989-1991 en spectaculaire faillite et en tragédie humaine. Il a centré son discours sur les références strictement françaises susceptibles de ne gêner aucune obédience révolutionnaire : pour les « tradis », 1789, la constitution jacobine de Robespierre de 1793 ; pour les « anars » la Commune de Paris, Louise Michel et Jules Vallès ; pour les « antifascistes », Jean Jaurès et le rassemblement du Front populaire à la Bastille le 14 juillet 1935 ; et pour les « modernes », l’héritage de mai 68 – la libre disposition de son corps, avortement, euthanasie, couples homosexuels et écologie radicale. Le tout sur fond d’anticapitalisme, le vieux slogan communiste des années 1930 – « faire payer les riches » ! – recevant de l’écho par ces temps de crise économique, de fort chômage et d’accroissement des inégalités, en particulier auprès de jeunes peu ou mal formés et confrontés aux difficultés de trouver un premier emploi stable.
De quoi satisfaire le vieil électorat communiste attaché à la tradition révolutionnaire jacobine, mais aussi les électorats d’extrême gauche, du NPA (Nouveau parti anti-capitaliste), des ex-lambertistes qui ne présentent plus de candidat, de Lutte ouvrière et même des Verts souvent gauchistes. D’aucuns semblent s’ébaubir de sondages plaçant le candidat du Front de gauche autour de 10% des voix, dépassant ainsi de peu le score de la gauche « antilibérale » lors de l’élection présidentielle de 2007, qui recueillait presque 9% (Olivier Besancenot 4,1%, Marie-George Buffet 1,9%, Gérard Schivardi 0,3%, José Bové 1,3% et Arlette Laguiller 1,3%) et dont il a largement siphonnés les électorats.
La nouveauté, c’est que grâce à un deal gagnant-gagnant, le PCF et Mélenchon ont réussi à capter cet électorat révolutionnaire et/ou protestataire-populiste. Gagnant pour Mélenchon qui se propulse sur le devant de la scène et se venge de ses petits camarades socialistes qui ne lui ont pas accordé la place qu’il estimait être la sienne. Du haut de ses 10%, il compte bien peser sur le 2e tour et sur la suite au cas où François Hollande serait élu. Gagnant pour le PCF qui, après trois décennies de vaches maigres – André Lajoinie, Robert Hue, Marie-George Buffet –, a enfin trouvé un tribun de campagne présidentielle et va arguer lui aussi des 10% de Mélenchon pour négocier avec le PS des circonscriptions gagnables lors des élections législatives.
Tout ceci semble beaucoup étonner les observateurs étrangers. Ils oublient un élément fondamental : l’originalité du phénomène Mélenchon tient avant tout à la spécificité de l’élection présidentielle sous la Ve République, seule de ce type en Europe à accorder à un seul homme des pouvoirs très considérables.
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- LU SUR:http://www.atlantico.fr/users/stephane-courtois