Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
Par Alexandre Gitakos
Évoquer l’éventuel réussite économique ou les points positifs d’une dictature n’est jamais une chose simple si ce n’est pas un pays communiste qui en est l’objet.
Il est vrai que les marxistes n’ont pas ce problème puisqu’ils n’ont généré que de la misère. C’est surement ce qui fait dire au candidat malheureux à la présidentielle Philippe Poutoux, soutenu par les trotskystes du NPA, que son projet n’a jamais été appliqué nul part jusqu’à présent.
Revenir sur le bilan d’Augusto Pinochet, c’est l’entreprise choisie par Philippe Chesnay, qui fût directeur commercial d’Air France au Chili entre 1981 et 1986 et qui s’est juré d’apporter son témoignage.
L’auteur pose un certain nombre de questions gênantes telles que « Pourquoi, après dix-sept ans d’une dictature présentée comme l’une des plus impitoyables de notre époque, Pinochet recueillît-il encore 45% de suffrages populaires favorables à son maintien à la tête de l’Etat ? »
Ce livre revient sur le bilan économique du régime et les raisons du peu d’estime pour Allende témoigné au Chili. Dans les années 70, le Chili comptait 17% de pauvres contre 49% au Brésil, 45% en Colombie selon les statistiques de l’Organisation Internationale du Travail de 1979. Le taux d’analphabètes au Chili en 1970 était de 11%, contre 5,7% en 1990. (Chiffre du CEPAL http://www.eclac.org/ ).
Loin de faire une apologie, Chesnay défend une « vérité complète » au risque de « déshonorer une intelligentsia française ».
Dans une publication de 1988 sur l’Amérique latine* le journaliste Robert Lozada revient sur l’expérience chilienne et le bilan d’Allende. L’ex-dirigeant chilien qui a réussi le très relatif exploit d’une inflation de 1000% (et je ne me suis pas trompé dans les zéros). Robert Lozada notait l’empressement du journal Le Monde à pointer en permanence le rôle de la CIA. Ce journal s’est-il posé la question de l’ingérence soviétique sur laquelle revient Philippe Chesnay dans son livre ?
La CIA n’avait naturellement pas en charge l’inflation du Chili sous Allende. Il en va de même pour les multiples nationalisations et la chute brutale de la production dans ce pays sous le régime socialiste.
La préférence de l’Occident autant que d’économistes néo-libéraux proches de Milton Friedman n’a de toute façon jamais été mise en doute. L’influence des « Chicago Boys » libéraux dans la politique économique du pays est d’ailleurs au centre de l’ouvrage de Philippe Chesnay. Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont toujours assumé une véritable admiration pour le premier, et une amitié sincère pour la seconde, à l’égard d’Augusto Pinochet et de son rôle dans la guerre froide.
Sauf que concernant le coup d’Etat de 1973 et « l’influence américaine » , il faut renvoyer à l’ouvrage de Philippe Chesnay qui a effectué des recherches intéressantes.
Sur ce point, comment ne pas noter la déroutante comparaison avec notre époque ? En effet le journal Le Monde a-t-il eu d’une part ce même réflexe à l’égard des dictatures communistes ? Et d’autre part, ce journal est-il aujourd’hui dans le camp de ceux qui dénoncent le rôle de la CIA dans la géopolitique d’aujourd’hui ? A méditer…
————————–
* « L’Amérique Latine, victime de l’étatisme ou du capitalisme ?«