Colette Lewiner, directrice internationale du secteur énergie de Capgemini vient de publier « l’Observatoire des
marchés de l’énergie », qu’elle dirige chaque année. Elle s’alarme des risques de pannes que court le réseau électrique.
Le réseau est régulièrement victime de coupures. La situation pourrait-elle encore s’aggraver ?
Colette Lewiner. Si nous continuons à ne pas investir suffisamment d’argent pour entretenir et renouveler le réseau, cela ne fait aucun doute.
Les investissements effectués sont largement insuffisants. Les énergéticiens avaient réussi à les relancer entre 2004 et
2009. Mais ils ont été stoppés net par la crise. Si nous continuons à les négliger, nous allons droit dans le mur! Les chiffres sont impressionnants : il faudrait à l’échelle européenne 1300 Mds€
d’ici à 2020, c’est-à-dire presque huit ans pour sécuriser notre approvisionnement.
Faudrait-il plus de réacteurs alors que la catastrophe de Fukushima repose de façon dramatique la question du nucléaire ?
L’impact de la catastrophe de Fuku- shima a été considérable sur les esprits. Mais contrairement à ce qui a été dit juste après le drame, je pense que le développement du nucléaire ne s’arrêtera
pas. Au pire, il connaîtra un certain ralentissement. Beaucoup de pays européens — à l’exception de l’Allemagne et de l’Italie — ont réaffirmé leur intention de continuer. La Grande-Bretagne et
la France notamment, mais également la République tchèque ainsi que de nombreux pays d’Europe de l’Est.
Si on ralentit le nucléaire, par quoi le remplacer ?
Le renouvelable — le solaire, l’hydraulique et l’éolien — demeure encore très cher et mettra du temps à s’imposer. Entre-temps, c’est surtout le gaz qui prendra le relais. C’est une énergie
relativement facile à mettre en œuvre, souple, mais qui présente en revanche deux désavantages par rapport au nucléaire : elle émet plus de CO2 et elle va accroître notre dépendance aux
importations russes.
Le consommateur doit-il se résoudre à une augmentation des prix de l’énergie ?
Cela ne fait aucun doute. Ils décolleront probablement au moment de la reprise économique, dans deux ou trois ans. Le pétrole subit la demande des pays émergents, et les nouveaux gisements sont
de plus en plus chers à exploiter, car plus profonds ou situés dans des zones reculées. Sans parler des craintes sur la situation politique dans les pays arabes, qui provoquent de la spéculation.
La hausse s’expliquera également par la modification du « mix énergétique », au détriment du nucléaire et à l’avantage du gaz et du renouvelable, bien plus chers. Si le consommateur français
demeure, aujourd’hui encore, relativement protégé, grâce aux prix régulés, le système est voué à subir de profondes mutations.