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OBAMA'S WAR DE Bob Woodward........

Les écueils de l'armée américaine (polémia.fr)

Sous la plume de Bob Woodward, le célèbre journaliste américain du Washington Post qui, en son temps, a dévoilé l’affaire des écoutes ordonnées par le président Nixon, le Watergate, vient de paraître un livre qui fait grand bruit aux Etats-Unis, Obama’s war. Il y décrit les dissensions qui ont fait rage dans l’administration de la Maison Blanche quand il fut question d’envoyer en Afghanistan 40.000 soldats supplémentaires pour en finir avec des talibans.

Bob Woodward met au grand jour les grandes et nombreuses difficultés politiques et militaires auxquelles se heurte le président Obama, d’autant que l’armée proprement dite souffrirait  elle-même de carences et de conceptions stratégiques obsolètes qui ne lui permettraient pas pour le moment de déboucher sur une paix durable.

Polémia a relevé dans la presse deux articles qui illustrent bien les écueils de nature profonde auxquels est confrontée l’US Army, l’un de l’agence Reuters, l’autre publié dans Le Monde du 29 septembre dernier, sous la signature du général de corps d’armée français Claude Vicaire. Bien qu’ils traitent deux sujets très différents, ils se rejoignent dans le malaise ressenti chez les GIs. Nous les reproduisons à l’intention de nos lecteurs.
Polémia

 

L'armée américaine marquée par dix ans de conflit, selon Gates


L'armée américaine a bien accompli ses missions au cours de dix ans de combats continuels, mais subi des évolutions qui risquent à terme de la couper de la population, a estimé mercredi le secrétaire à la Défense Robert Gates.

Lors d'une conférence devant des étudiants de l'Université Duke, en Caroline du Nord, Gates a souligné qu'en dépit de quelques disparités ethniques à certains échelons hiérarchiques et dans certaines spécialités, l'armée américaine était globalement représentative de la population.

Entièrement professionnalisée, elle recrute essentiellement au sein de la classe ouvrière et de la classe moyenne.

Toutefois, les militaires sont de plus en plus souvent originaires de régions rurales et de petites villes du Sud et des Rocheuses.

Ce phénomène s'explique en partie par les mesures d'économie ayant conduit à la fermeture de bases militaires dans le Nord-Est et le long de la côte Pacifique, a-t-il ajouté.

Les soldats du rang comme les officiers

« Les changements des dernières années ont déplacé une proportion notable des effectifs de l'US Army vers des bases réparties dans seulement cinq Etats: le Texas, (l'Etat de) Washington, la Géorgie, le Kentucky et ici, en Caroline du Nord », a déclaré Gates.

« Pour des motifs rationnels reposant sur l'environnement ou le budget, de nombreux sites militaires du Nord-Est et de la côte Ouest ont fermé, faisant disparaître dans ces régions les relations avec l'armée et la compréhension de leur nature », a-t-il ajouté.

Or, selon lui, les jeunes sont plus enclins à s'engager lorsqu'ils connaissent quelqu'un qui a servi dans l'armée.

Le phénomène n'affecte pas seulement le recrutement des soldats mais aussi celui des officiers, dont les centres de formation ont connu le même remodelage géographique.

« Le risque est qu'à terme, l'ensemble des chefs militaires aient de moins en moins de points communs, politiquement, culturellement et géographiquement, avec les gens qu'ils ont fait serment de protéger. »

« Dans l'histoire de notre pays, jamais une guerre n'a été livrée avec une proportion aussi réduite de nos concitoyens sous les drapeaux à plein temps: environ 2,4 millions de militaires en service actif ou en réserve dans un pays de plus de 300 millions d'habitants, soit moins de 1% », a-t-il poursuivi.

En conséquence, les conflits livrés par Washington sont désormais pour beaucoup d'Américains « une série de nouvelles distantes et désagréables qui ne les concernent pas directement ».

Les familles de militaires restent elles soumises à un stress important, avec un fort impact sur les enfants, des tensions élevées et un taux de suicide en hausse. Le taux de divorce dans l'armée a doublé depuis le début des conflits en Afghanistan et en Irak.

David Alexander
Reuters
30/09/10

Gregory Schwartz pour le service français
http://fr.news.yahoo.com/4/20100930/twl-usa-armee-gates-bd5ae06.html

 

Les Etats-Unis gagnent les guerres, mais peuvent-ils gagner la paix ?


Forte de la puissance de son armement, de la suprématie de sa technologie et de la richesse de ses réflexions stratégique et doctrinale, l'armée américaine occupe une place prédominante sur l'échiquier des forces occidentales. Il serait dès lors légitime d'imaginer que la conjugaison de ces trois facteurs, pour conférer aux Etats-Unis une incontestable suprématie du fait de leur totale maîtrise des environnements tactique, opératif et stratégique, leur permettrait tout aussi facilement de gagner les coeurs.

Or malgré les indéniables succès du général Petraeus en Irak, l'expérience tirée des récents conflits tend à montrer que la capacité à gagner des guerres et à conquérir des territoires n'a pas forcément pour corollaire celle de gagner la paix. Parmi toutes les raisons susceptibles d'être avancées pour expliquer la difficulté des Etats-Unis à rallier à leur cause les populations des théâtres d'opérations sur lesquels ils sont engagés, deux au moins, parce qu'elles prennent leurs racines dans l'histoire et la culture américaines, méritent d'être évoquées tant elles semblent déterminantes, voire rédhibitoires.

Syndrome du type « Fort Alamo »

La première est historique et paraît tenir à la manière dont a été effectuée la conquête de l'Ouest. Pays jeune au regard des nations européennes, les Etats-Unis se sont construits autour du thème structurant des « nouvelles frontières » et de la conquête des territoires indiens qui faisaient figure de terres inconnues et donc naturellement hostiles et dangereuses.

Cela se traduisait, outre une instinctive attitude de défiance, par des colonnes de chariots, qui, à la première alerte, se refermaient sur elles-mêmes dans un cercle autoprotecteur, délimitant ainsi le monde connu et civilisé de celui sauvage et donc forcément hostile qui se trouvait au-delà de l'anneau protecteur.

Ce schéma semble désormais immuable dans l'inconscient collectif américain. Ainsi au Kosovo, lors de l'opération « Trident », en 1999, tandis que les unités française et britannique se scindaient parfois jusqu'à l'échelon de la section, pour mieux s'insérer dans leur milieu opérationnel et s'intégrer aux populations dont elles partageaient d'ailleurs les conditions de vie extrêmement sommaires, les forces américaines se refermaient sur elles-mêmes en se « bunkerisant » dans des camps, symboliques répliques du cercle de chariots du Far West.

L'on peut alors se demander si ce syndrome du type « Fort Alamo » ne reflète pas en réalité une incapacité à s'adapter et à s'ouvrir aux autres pour sinon les comprendre, du moins les respecter en dépassant la méfiance naturelle que suscite tout ce qui n'appartient pas à la sphère du « connu ».

Le dogme du zéro mort

La seconde raison qui expliquerait cette distanciation à l'égard des populations indigènes est de nature juridico-culturelle. En effet, pour s'intégrer dans une population étrangère et s'ouvrir à elle afin d'en être acceptée, encore faut-il, au-delà de tous les entraînements opérationnels auxquels peuvent être soumises les unités envoyées sur les théâtres d'opérations, que cette démarche d'ouverture à l'autre soit naturelle, spontanée et conforme aux standards culturels de son propre environnement national.

Or la législation extrêmement libérale relative à la détention d'armes aux Etats-Unis (environ 200 millions d'armes pour 300 millions d'habitants) a pour corollaire, et sans doute effet pervers, que chaque individu, parce qu'il peut être porteur d'une arme, est perçu comme un danger en puissance. Dès lors, son contrôle s'effectue à l'aune du risque potentiel qu'il représente et s'opère selon des procédures extrêmement strictes, contraignantes et parfois agressives.

Ce modèle, accepté et d'une certaine manière sociologiquement légitimé, a été érigé en standard policier et culturel, alors même qu'il serait totalement inacceptable dans la plupart des démocraties européennes. Il s'ensuit tout naturellement, par une sorte de glissement inconscient, que ce qui est considéré comme une norme de sécurité parfaitement admise sur le territoire américain s'impose à plus forte raison sur un théâtre d'opérations où l'autochtone est considéré comme un ennemi potentiel dont il faut, a priori, se méfier et se protéger.

Il en résulte deux conséquences. Pour les forces américaines, d'abord. En effet, obnubilées par le « dogme du zéro mort », « formatées » par leurs propres standards culturels, et prisonnières de leur complexe obsidional qui a pu les conduire à des égarements tels que celui d'Abou Ghraib, elles courent le risque de se replier sur elles-mêmes au point de se couper de ceux qu'elles venaient précisément aider, au point de leur apparaître distantes et, parfois, méprisantes.

Pour les populations natives, ensuite. Assujetties, sur leur propre sol, à des règles d'engagement difficilement acceptables parce qu'aliénantes et parfois sources de dommages collatéraux, elles sont d'autant plus portées à considérer comme un envahisseur plutôt que comme un libérateur l'étranger venu les défendre. Ainsi la conjugaison de ces deux facteurs historique et culturel constitue-t-elle un puissant obstacle à la capacité de l'armée américaine de « gagner les coeurs et les esprits »

Au-delà, il pourrait en résulter un risque pour nos propres forces. Engagées aux côtés de leur puissant allié, elles pourraient en effet être enclines à négliger leurs traditions et savoir-être hérités du maréchal Lyautey et oublier que « toute bataille gagnée au mépris de la dignité est, tôt ou tard, une bataille perdue ».

Claude Vicaire,
général de corps d'armée
Le Monde - 29/09/2010

Polémia
01/10/2010

Image : Soldat américain à Mossoul, au nord de Bagdad. Selon le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, l'armée américaine a bien accompli ses missions au cours de dix ans de combats continuels, mais elle a subi des évolutions qui risquent à terme de la couper de la population. (Reuters/Saad Shalash)

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