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Navi Pillay a désigné Bachar al-Assad d'une marque noire
© AFP/ Joseph Eid
18:26 14/02/2012
Il reste de moins en moins de chance de régler politiquement le conflit en Syrie. L’ingérence militaire extérieure devient de plus en plus
réelle, sauf événement extraordinaire, tel qu'un coup d'Etat, grâce auquel le changement de régime pourrait connaître un scénario moins sanglant. Mais il ne fait pratiquement plus aucun doute que
l’intervention aura lieu, étant donné les résultats des débats sur la Syrie à l’Assemblée nationale des Nations Unies qui viennent de s’achever à New York.
Les amis ou les ennemis de la Syrie?
Le président Bachar al-Assad est aujourd’hui accusé de crime contre l’humanité au niveau le plus élevé sur le plan international.
De plus, la discussion commencée récemment au Caire concernant la nouvelle initiative des pays arabes, consistant à créer le "Groupe des amis de la Syrie", s’est poursuivie à New York. La
rencontre fondatrice au niveau des ministres des Affaires étrangères a été fixée pour le 24 février en Tunisie. Le groupe reconnaîtra certainement le Conseil national syrien (CNS) d’opposition en
tant que partenaire pour établir des relations.
La Russie critique cette idée, mais elle n’a pas de contre-proposition à faire. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a exigé des explications sur la conférence prévue en
Tunisie et une réponse à la question de savoir qui sont en fait ces amis de la Syrie. Rappelons que l’année dernière, pendant le conflit en Libye, le ministre russe posaient les mêmes
questions.
Et bien qu’on ne parle pas encore d’une opération militaire en Syrie, cela rappelle beaucoup le Groupe des amis de la Libye. En 2011, il incluait quelques dizaines de pays, qui se positionnaient
clairement du côté de l’opposition libyenne pour renverser le régime de Mouammar Kadhafi.
Evidemment, il existe des nuances. Par exemple, les bombardements en Libye ont commencé presque immédiatement, et en Syrie on a tenté de stopper le conflit grâce aux observateurs arabes.
Aujourd’hui, l’initiative à été formulée d’y envoyer des inspecteurs internationaux sous l’égide de l’ONU.
Cependant, cette idée déplaît au président Bachar al-Assad. Puisque c’est ainsi, ses adversaires élaboreront un nouveau plan d’action en Tunisie.
Les jeunes sont aussi victimes des renseignements
La réunion d’hier de l’Assemblée générale, qui a réuni 193 pays membres des Nations Unies, a été marquée par le rapport de Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.
Elle a qualifié les événements en Syrie de crime contre l’humanité, en proposant de transmettre le dossier constitué à la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye.
L’opinion des diplomates russes, selon laquelle les deux parties en conflit étaient responsables à égalité, n’a pas été soutenue par la majorité des membres de l’ONU. La critique visait
principalement le gouvernement syrien.
Le conflit syrien dure depuis 11 mois. Navi Pillay a rapporté que depuis cette période le nombre de victime avait dépassé 5.400 personnes, mais "on ignore le nombre exact, et chaque jour le bilan
s'alourdit."
Selon les données de l’ONU, à l’heure actuelle, au moins 18.000 prisonniers politiques se trouvent derrière les barreaux en Syrie. Ceux qui ont purgé leur peine ont quitté le pays et racontent
des choses abominables sur les supplices qu’ils y ont subis. Navi Pillay a déclaré qu’elle disposait de "nombreuses informations" sur des cas de viols dans les prisons, "essentiellement commis
sur des jeunes hommes et des jeunes garçons."
Le conflit a d’ailleurs éclaté suite à l’arrestation de jeunes garçons dans la ville de Deraa. En mars 2011, ils avaient écrit sur des murs des slogans antigouvernementaux du genre "président,
démissionne!", etc.
Cet élan, inspiré par les révolutions dans les pays voisins aurait pu rester une gaminerie de farceurs qui avaient trop regardé la télévision, si les services de contre-espionnage ne les avaient
appréhendés. L’un des généraux qui avait donné cet ordre est un parent lointain du président Bachar al-Assad, ce qui n’est pas étonnant, car le pouvoir dans ce pays est établi selon le principe
des clans.
Les services de renseignement ont de larges compétences en Syrie, et n’obéissant à personne ils se distinguent par leur penchant pour la violence. C’est la raison pour laquelle la population est
descendue dans la rue lorsque les enfants ont disparu pendant trop longtemps. Et d’autres arrestations ont suivi.
Hamza Khatib âgé de 13 ans, dont le nom est devenu le symbole de ce conflit pour beaucoup d’Arabes, est allé manifester en avril. Et son corps mutilé a été retourné à la famille seulement en
juin. Certains de ses amis ont connu le même sort.
Nulle part où fuir en Syrie
Dans son rapport d’hier, Navi Pillay (avocate respectée qui a fait sa carrière en Afrique du Sud, où elle est née dans la famille pauvre d’un ressortissant indien) a fait remarquer que 25.000
Syriens avaient fui le pays au cours des 11 derniers mois.
Ils se réfugient principalement en Turquie, ainsi qu’au Liban, en Jordanie et même en Irak, où la situation est difficile. Ceux qui ont de l’argent s'installent en Occident ou dans les pays
arabes riches. Encore près de 70.000 personnes, selon l’ONU, ont déménagé dans des régions plus calmes du pays, bien qu’elles se fassent de plus en plus rares.
Par exemple, si l’année dernière la ville d’Alep au nord du pays était plus ou moins tranquille, depuis le début de l’année elle a été également frappée par des protestations. Et vendredi
dernier, deux voitures piégées ont explosé près des bâtiments du renseignement militaire et de la sécurité en faisant 28 morts.
A Homs, où les émeutes étaient les plus violentes, la situation est sinistre, ce que souligne la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme dans son discours.
Près de 300 personnes y ont été tuées en dix jours. Les quartiers résidentiels de cette ville sont régulièrement pilonnés, selon les militants des droits de l’homme. Les autorités syriennes
répondent à cela que près de deux mille victimes sont des militaires, des policiers et des agents de renseignement.
Le discours d’hier de l’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, était très chargé d'émotion. Il a déclaré que des groupes terroristes d’Al-Qaïda, y compris des kamikazes, s’étaient infiltrés
en Syrie, que l’opposition était armée et que des civils périssaient dans des attentats.
Moscou et Pékin ont demandé d’attirer l’attention sur ces circonstances, lorsqu’ils ont opposé pour la seconde fois en quatre mois leur veto à la résolution sur la Syrie pendant le vote au
Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce document proposait au président syrien de démissionner, vu qu’il était incapable de régler une situation faisant penser de plus en plus à une guerre
civile.
Les différends entre les puissances concernant les méthodes de règlement du conflit en Syrie demeurent. Cependant, de plus en plus de pays refusent de mettre un signe d'égalité entre les
autorités et l’opposition en Syrie, en tenant pour principal responsable le régime syrien. Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a désigné hier Bachar al-Assad
d'une "marque noire."