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"Il n’y a plus de fioul à Alep… Les vendeurs ne peuvent que crier leur détresse aux observateurs délégués par la Ligue Arabe : « Nous sommes des travailleurs démunis, les bandes armées
coupent les routes, volent le fioul, dérobent ou détruisent nos véhicules… quand ils ne nous tuent pas!». Telles sont les vraies raisons de la pénurie qui empêche actuellement les pauvres
gens de gagner leur vie.
Les bandes armées sévissent là où elles peuvent… Les observateurs écoutent les témoignages des blessés, entendent les pleurs des enfants réclamant leurs pères kidnappés, constatent les blessures
portées post mortem, notent les identités, les récits, les lieux, les horaires.
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Nadia Khost
Pendant ce temps, les télévisions syriennes filment à distance et restituent des images d’horreurs, de massacres, que les Syriens ne pouvaient imaginer se produire sur leur sol. Des images qu’ils
n’ont jamais connues au cours de leur histoire contemporaine : cadavres mutilés, membres coupés, cœurs arrachés, corps brûlés et manifestement torturés.
Ainsi, le 8 janvier, nous avons tous partagé le malheur et la tristesse d’un groupe d’habitants de la ville de Homs à peine éclairés par les bougies encore allumées et qui, en pleine veillée
funèbre en hommage à leurs victimes, se sont vus attaqués par des bandes armées faisant sur leur passage de nouvelles victimes… des morts et des blessés. Toujours à Homs, le 10 janvier nous avons
déploré un ingénieur assassiné, son collègue blessé, un enseignant kidnappé. Finalement, ces bandes assassines en sont arrivées à interdire la fréquentation des établissements scolaires dont
environ un millier de bâtiments sont désormais en ruines !
Un chaos provoqué
Par conséquent, le problème actuel en Syrie n’a rien à voir avec ce qu’affirment les médias occidentaux : à savoir, un conflit entre une opposition politique qui demande des réformes et un
gouvernement qui les refuse. Le problème en Syrie est celui de bandes armées et de groupes de criminels qui sèment le chaos en s’attaquant à une société habituée depuis des décennies à vivre en
sécurité. Lorsqu’une infirmière déclare aux observateurs envoyés par la Ligue arabe : « Alors qu’avant nous rentrions chez nous à une heure du matin en toute confiance, à présent nous n’osons
plus sortir à la tombée de la nuit », elle résume une réalité inédite en Syrie.
En effet, l’un des buts de l’assassinat de soldats et de policiers est justement la généralisation du chaos. Ce même chaos que Georges Bush a installé en Irak avec comme conséquence prévisible,
le démantèlement de l’État et la domination de gangs violents. Dans sa guerre contre la Syrie, l’Occident a adopté ce même projet. La preuve en est que lorsque le gouvernement syrien a annoncé
une amnistie générale pour tous ceux qui déposeraient leurs armes, Madame Clinton a interpellé les rebelles en ces termes : « ne rendez pas vos armes ! ».
Toute personne qui voudrait honnêtement s’enquérir de la vérité ne pourrait nier que des tueurs, et d’ignobles criminels, sont utilisés pour répandre la terreur dans le but d’exécuter un projet
politique visant l’autorité de l’État, la partition de la Syrie et par là, l’anéantissement de l’un des bastions de la résistance au projet sioniste. En cas de doute, souvenons-nous toujours du
projet de l’Organisation Sioniste mondiale : «La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes… est l’une des priorités d’Israël… le premier pas
vers ce but passe par la dissolution de leurs armées ».
Ce but a été atteint en Irak où l’une des premières décisions de Paul Bremer [administrateur civil de l’Irak-2003- Ndt] a consisté à dissoudre l’armée irakienne. C’est aussi ce qui a été prévu
pour la Syrie où l’armée est la cible des attaques des bandes armées. Plus de mille soldats et officiers syriens ont été tués ; et pendant que des médias occidentaux et arabes appellent nos
soldats à la désertion des officiers ont déclaré dans nos journaux et sont venus nous dire à la télévision syrienne qu’ils avaient été kidnappés, filmés et torturés de manière à fournir les faux
témoignages de désertion diffusés par Al-Jazira.
L'information est manipulée : le peuple syrien est agressé
Les méthodes les plus viles sont utilisées pour faire plier le peuple syrien. Ainsi, dans la banlieue de Damas, les bandes armées ont imposé la fermeture des boutiques dans les quartiers de
Harasta et de Darayya, sous prétexte de faire respecter ce qu’ils ont présenté comme une consigne de « grève générale », tout en avertissant que celui qui n’obéirait pas serait tué, ou verrait
ses enfants kidnappés et tués ! A Deraa, un homme qui a osé refuser a été tué et sa femme a été blessée. A Homs, un commerçant m’a confié qu’après des dizaines d’ordres reçus par téléphone, il a
été obligé de fermer boutique.
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Manifestation en faveur de Bachir El Assad
Après ce genre de mises en scène, les « spécialistes en communication », en collusion avec ces bandes armées, filment les commerces fermés, envoient leurs images à la chaîne qatari
Al-Jazira qui s’empresse d’annoncer que le peuple syrien a répondu à l’appel à la grève générale, ou encore que les villes ont été vidées de leurs habitants par crainte du régime ! Une
autre fois, trois jeunes frères ont été tués dans le seul but de discréditer le service de sécurité syrien et l’armée.
Les Syriens sont douloureusement consternés quand ils entendent ces criminels raconter leurs crimes comme on raconterait une histoire banale et reconnaître, sans états d’âme, avoir touché de
l’argent pour abattre un manifestant. Tout cela pour offrir aux médias occidentaux la confirmation de leur version falsifiée disant que les services de sécurité tuent des manifestants pacifiques
! Cette cruauté et cette sauvagerie est contraire à toutes les traditions syriennes d’amour, de solidarité, de pardon, et de tolérance de ses concitoyens.
Pour le peuple syrien, ce n’est donc plus une question d’opposition politique, mais une question d’existence ! C’est ce qui explique l’ampleur des manifestations spontanées à Damas au soir de la
décision de la Ligue Arabe de suspendre la Syrie en tant qu’État membre. C’est ce qui explique également les manifestations spontanées dans toute la Syrie suite à la grande explosion de
Kafarsouseh [1] .
Tenant compte de ces réalités, celui qui comprend l’Histoire ne peut pas ne pas comprendre que c’est le peuple syrien qui est en train de sauver son pays. Sa voix est désormais plus forte que
celle des politiciens. Les femmes qu’elles soient voilées ou non, les jeunes, les vieux, les enfants… tous expriment avec passion leur refus de l’ingérence sous toutes ses formes, condamnent le
rôle du Qatar, critiquent la Ligue Arabe, sans épargner Sarkozy, Clinton et Obama.
Aujourd’hui, il est indéniable qu’il y a un peuple syrien dont la conscience politique est aiguisée. Un peuple qui sait qu’il affronte des forces expansionnistes américano-sionistes qui
organisent contre lui une guerre diplomatique, militaire, économique et médiatique. Une guerre dirigée par la France et à laquelle participent la Turquie et les pays du Golfe menés par le Qatar.
Une guerre dont l’outil militaire est l’organisation d’Al-Qaïda et l’outil politique, quelques opposants syriens de l’extérieur !
Refus de la menace de partition
Et ce peuple conteste la politique économique, la corruption, et les responsables de pays dont il a été un protectorat. Ce peuple a développé un sens aigu du danger et a parfaitement compris que
l’Occident n’intervient certainement pas pour l’avènement de la démocratie et l’avancement des réformes, mais plutôt pour briser la volonté syrienne opposée aux projets occidentaux et
sionistes.
Ce peuple magnifique se dresse, tel une épée, dans une bataille décisive. Il ne cesse de réinventer ses messages en réponse au projet de partition américano-européo-sioniste qui voudrait mettre à
profit sa mosaïque ethnique et religieuse, pour arriver à le diviser. Division qu’il refuse ! Ainsi, les kurdes et arabes, réunis en congrès national, ont rejeté à l’unisson toute intervention
étrangère. Les musulmans et les chrétiens ont prié, main dans la main dans les mêmes églises; des délégations de femmes musulmanes se sont déplacées pour rendre visite au Patriarche maronite du
Liban et se porter garantes de la protection des chrétiens d’Orient.
Nous n’ignorons pas que toutes sortes de pressions continueront à s’abattre sur nous pour briser notre volonté, notre dignité, et notre fierté de Syriens. Les sanctions économiques et les bandes
armées font partie de ces pressions. Bandes armées qui, pour rendre la vie encore plus pénible à notre peuple, coupent la route aux camions de fioul ; font exploser les pipelines et les conduites
de gaz qui alimentent les centrales électriques ; brûlent les établissements publics, les mairies et les postes de police, attaquent les transports de ravitaillement chargés de sucre et de riz à
destination des différentes régions du pays, font sauter les chemins de fer…
Du coup, l’électricité est rationnée et ce sont donc les pauvres et la classe moyenne qui souffrent le plus de l’inflation qui en résulte. Pour autant, cette souffrance ne rapproche pas les
Syriens patriotes de ces opposants qui soutiennent le projet occidental expansionniste et appellent à des sanctions contre la Syrie. Au contraire, leur souffrance renforce leur sentence : « Un
tel comportement est celui d’un traître responsable du sang versé et de l’atteinte à la sécurité de la patrie ! ».
Est-il difficile de comprendre que les meurtres, les assassinats de professeurs d’universités et d’ingénieurs, les rapts d’enfants, les viols, visent aussi à briser la vie économique, sociale et
culturelle ?
De fait, les crimes des milices armées ont paralysé l’activité culturelle dont tous les centres se sont vidés, même ceux des villages les plus reculés. Les galeries d’art et les musées sont
désertés, bien qu’en Syrie le tarif des billets d’entrée aux théâtres et concerts reste symbolique.
Dans ces conditions, comment imaginer que des Syriens puissent s’autoriser de telles activités alors que des cérémonies funèbres pleurent les nombreuses victimes tombées dans plus d’une région,
et que même les églises se sont interdites les célébrations coutumières de Noël et du Nouvel An ? Comment s’intéresser à la culture alors que des bandes armées infligent au pays d’importantes
pertes économiques en brûlant ses instituts, en faisant exploser ses oléoducs et gazoducs, en paralysant son réseau commercial et social par les barrages de l’horreur sur la route internationale
entre Damas et Alep ? Alep, où un habitant, qui a vu son usine incendiée deux fois de suite, est mort de chagrin !
C’est ainsi que l’on brise la vie des citoyens. C’est ainsi que chacun, chez soi, ne parle plus que des événements tandis que les sujets d’ordre culturel deviennent inopportuns !
L'armée nous protège
C’est pour toutes ces raisons que les habitants demandent la protection de l’armée. Mais la Ligue Arabe persiste à exiger son retrait des villes, alors qu’il est évident que les forces de
sécurité intérieure ne disposent pas des moyens susceptibles de lutter contre les opérations terroristes. L’État syrien n’avait aucune raison de les armer à outrance puisqu’il est clair que
l’ennemi vient d’Israël et non pas du peuple syrien.
Il était impératif que l’armée intervienne. D’ailleurs, une fois qu’elle a dû se retirer, les bandes armées s’en sont données à cœur joie. La maman du petit Sari Saoud, tombé sous leurs balles à
Hom,s n’a rien dit d’autre en hurlant sa douleur : « Si l’armée avait été présente, mon fils ne serait pas mort ! ». C’est donc parce que l’armée s’est retirée que ces gangs peuvent
passer d’une banlieue de Damas à une autre (de Moadamieh à Doumar, Qudsaya), appuyant furieusement sur leurs gâchettes, crachant balles et roquettes pour obliger les habitants à se calfeutrer
chez eux avant même la tombée de la nuit.
Il faut que le monde sache que ce sont ces criminels que la «communauté internationale » protège et que les médias clientélistes occidentaux et arabes, tels qu’Al-Jazira et
Al-Arabia, ont choisi de défendre !
Ces bandes armées ne sont pas tombées du ciel ! C’est le néo-libéralisme et l’économie de marché adoptée ces dix dernières années qui les ont marginalisées. Tout un système parrainé par des
corrompus qui ont pillé le secteur public, couvert la contrebande d’armes vers la Syrie, exacerbé les ressentiments d’injustice sociale et économique d’une classe pauvre ; elle-même négligée par
une classe politique qui n’a pas pris les décisions nécessaires pour redresser la situation en misant sur l’éducation et la culture.
Ce faisant, elle a abandonné certains des ces marginaux aux contrebandiers et aux prêcheurs des mosquées wahhabites qui les ont intégrés dans leurs groupes armés. C’est donc sur cette frange de
la population embrigadée par de notoires obscurantistes que se fondent les espoirs de ceux qui appellent à une intervention étrangère !
Bien avant ces événements sanglants et ce qu’il a été convenu de désigner par « le printemps arabe », les ouvriers, paysans, écrivains… ont discuté de la situation politique et économique au sein
de leurs congrès respectifs et ont réclamé les réformes nécessaires. À cette époque, nous n’avons pas entendu les voix de ceux qui exigent aujourd’hui la chute du régime !
Nous disons donc que c’est nous, Syriens de l’intérieur, qui avons demandé à changer notre réalité et que c’est plutôt l’Occident colonialiste, dont le but est de vaincre notre résistance, qui ne
veut pas de nos réformes ! De ce fait, nous nous devons de défendre notre patrie avant tout le reste ; le peuple syrien refusant nettement et clairement la tutelle étrangère qu’elle soit arabe ou
occidentale.
Message à l'Occident colonialiste
Sarkozy et Clinton peuvent répéter à l’envi : « Al-Assad doit démissionner! »; le peuple syrien leur répond : « C’est à nous de choisir notre président, pas à vous ! »
Telle est la transition qualitative majeure vécue par le peuple syrien qui, après avoir livré son sort aux partis politiques avant les événements, envahit toutes les places publiques, retrouve sa
voix et sa langue, exprime sa volonté et, en bref, s’adresse à l’Occident colonialiste en lui disant : « Dégage ! ».
Ce peuple syrien, qui manifeste, ne le fait ni sur ordre de ses autorités, ni sur ordre d’un quelconque parti politique. Il s’implique dans cette vie politique en des moments décisifs pour son
pays, et contre la partition il brandit sa cohésion. Une cohésion soutenue passionnément par les femmes. En effet, qu’elles aient une activité professionnelle ou non, elles sont désormais
nombreuses à s’avancer devant les caméras de télévision pour exprimer leurs opinions sur la situation.
Contre vents et marées, les Syriens condamnent le communautarisme sectaire à la base du projet qui vise à vider le pays de ses chrétiens. Les chrétiens, parfaitement conscients du danger, sont
montés en première ligne pour prendre la défense de notre pays. Nous n’avons jamais su distinguer un chrétien d’un musulman et il nous est difficile de classer nos amis sur des bases religieuses
ou ethniques, car la Syrie est une terre d’histoire et l’héritière de civilisations anciennes, dont elle a thésaurisé les croyances et les confessions.
Ceci explique la réponse civilisée de son peuple au démantèlement ourdi par le projet de partition colonialiste. Les religieux musulmans et chrétiens se réunissent dans les églises et les salons
pour prier ensemble. Le dignitaire musulman commence par la lecture d’un texte de l’Évangile que le prêtre chrétien termine par la lecture d’un verset du Coran. Leur dernière union dans la prière
s’est déroulée le 9 janvier 2012 dans les salons de l’hôtel Dedeman ,en présence de journalistes occidentaux ; alors qu’au même moment était célébrée une messe en hommage aux âmes des martyrs, en
l’église de la Croix de Damas et en présence du Mufti de la République et des évêques des églises. Ceux qui projettent de vider la région de ses chrétiens n’ont pas pu ne pas recevoir ce message
éloquent!
La Syrie qui célèbre les fêtes musulmanes et chrétiennes, la Syrie qui a envoyé son armée pour protéger les chrétiens du Liban lors de la guerre civile puis a sacrifié dix mille de ses soldats
pour le protéger de l’invasion israélienne, la Syrie qui a accueilli un demi-million d’Irakiens suite à l’invasion de l’Irak est aujourd’hui confrontée à une coalition armée et fait face à une
Europe en perte de valeurs où des personnalités de la stature de Charles de Gaulle n’existent plus.
Elle endure une guerre à la fois médiatique, diplomatique et économique, prise entre la contrebande d’armes sophistiquées et des criminels infiltrés à partir de la Turquie et du Liban. Mais
l’Histoire a enseigné à son peuple la patience devant l’adversité. Il reste convaincu qu’il remportera la victoire face à la coalition et au projet occidental et sioniste.
D’où notre conviction que, dans ce contexte particulier, prendre à cœur la défense du peuple syrien revient aussi à défendre la dignité, ce qu’il y a de noble en l’humanité. Et l’intelligence de
chacun d’entre nous impunément bafouée par les médias internationaux. Il est du devoir des hommes libres et des sages de ce monde de soutenir ce peuple en dénonçant les crimes couverts par les
politiques et les médias de l’Occident colonialiste.
Nadia Khost par Mouna Alno-Nakhal pour http://www.silviacattori.net/article2705.html