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Péril et gribouilleries
Un lecteur me fait part de son désaccord avec l’éditorial du précédent numéro de Monde et Vie, dans lequel j’estimais préférable que Nicolas Sarkozy l’emporte sur
François Hollande, parce que le second prendra plus rapidement des mesures susceptibles d’abîmer durablement notre civilisation. Sarkozy, m’écrit ce lecteur, « a prouvé le pire, il l’aurait fait
plus vite que Hollande qui, de toute façon, est dans une passe qui ressemble à une impasse. »
Je pense aussi que le président socialiste se trouve dans une impasse, en raison de l’état économique du pays qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. C’est justement ce qui me laisse craindre
qu’il ne réalise rapidement les moins onéreuses de ses promesses, alors que Sarkozy, la crise s’aggravant, aurait eu d’autres priorités. Trahir son électorat, quel que soit le talent qu’on y
montre, demande plus d’effort que d’appliquer le programme pour lequel on a été élu.
La France n’est pas la Grèce, ni l’Espagne, mais elle peut vite se trouver confrontée à une situation qui n’aura rien à envier à celles de ces pays. Je ne regretterai certes pas Nicolas Sarkozy,
mais je pense que dans les circonstances auxquelles nous risquons d’être confrontés, il sera sans doute plus dangereux d’être conduits par un marchand de tapis pragmatique que par des idéologues
qui sont pour l’instant bridés par l’Union européenne, mais ne verront de recours que dans l’Etat, si nous devons un jour quitter l’euro. Comme Sarkozy, Hollande est un européiste convaincu et un
mondialiste. Comme l’aurait fait son prédécesseur, il s’accrochera sans doute à l’euro aussi longtemps qu’il le pourra et ne sortira de la monnaie unique que contraint, c’est-à-dire au plus
mauvais moment. Comme Sarkozy l’an dernier, il espère obtenir des Allemands qu’ils cèdent sur les eurobonds, qui permettraient de mutualiser les futures dettes, c’est-à-dire de reporter les
mesures draconiennes qu’il faudra bien finir par prendre, en faisant des dettes à l’échelle européenne, après s’être surendetté à l’échelon national.
Hollande est président et la gauche au pouvoir. Elle tient même le pouvoir médiatique qui fait de moins en moins l’opinion. Il en reste un qui lui échappe encore : l’Assemblée nationale. Qu’elle
reste à la droite et, malgré la présence de Hollande à l’Elysée, dans moins d’un mois la gauche n’est plus aux affaires ! Dans le contexte actuel, c’est très important, non pas pour les
gamellards du Palais-Bourbon, ni pour les apparatchiks des partis de droite, ni pour les députés de l’UMP, ni pour les candidats du Front national, mais pour la France et pour les Français – qui
ont, rappelons-le, voté majoritairement pour les candidats de droite au premier tour de la présidentielle.
Or ces électeurs français qui appellent de leurs vœux une politique de droite sont aujourd’hui pris en otages par des gribouilles, qu’ils s’agissent des Copé, des Fillon, des Juppé et consorts,
qui pour on ne sait quelle raison absurde s’obstinent à refuser toute alliance avec le Front national, mais aussi de Marine Le Pen, qui en appelle volontiers au patriotisme mais pousse le jeu
partisan jusqu’à envisager de faire élire, fût-ce au cas par cas, des députés PS. Craint-elle qu’ils ne soient pas assez nombreux ?
Même si l’implosion de la droite parlementaire qu’elle appelle de ses vœux se produit, ce sera trop tard, c’est-à-dire après ces législatives, de loin les plus importantes qui se soient disputées
au cours des dernières décennies.
Il est hélas probable que ces gribouilleries bien partagées vont donner la victoire à la gauche. Hollande endossera – d’ailleurs injustement – la pleine responsabilité de ce qu’il adviendra. Mais
il faudra se souvenir que ce sont les partis de droite qui lui auront donné les clefs de la France.
Eric Letty