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Les liens entre immigration et chomâge que personne ne veut voir!

Par Michèle Tribalat, démographe.

 

Michèle Tribalat, démographe

Polémique en Grande-Bretagne suite à la publication ce mardi d’un rapport officiel établissant un lien entre immigration et destructions d’emplois occupés par des Britanniques. Alors que la presse anglaise s’en est emparée à grand bruit, côté français, les rapports qui ne cadrent pas avec le « discours officiel » ont une triste tendance à finir au placard. Retour sur deux études et sur leur usage dans le dialogue politique.

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La presse française cherche plus à éduquer ses lecteurs qu’à les informer.
Par Michèle Tribalat

La question de l’immigration est au moins aussi disputée au Royaume-Uni qu’en France. (…) Les Britanniques sont les Européens les plus « remontés » contre l’immigration. En 2011, 68 % des Britanniques considéraient l’immigration comme un problème plutôt que comme une opportunité (46 % en France).(…)

En matière de salaire, le  Migration Advisory Committee (Mac) suit Dustmann, Frattini, Preston (The Effect of Immigration on Occupational Wages : Evidence from Britain, 2008) : il n’y a pas d’impact sur le salaire moyen reflétant la compensation entre un effet positif sur les salaires les plus élevés et un effet négatif sur les bas salaires. En matière d’emploi, le Mac a mené sa propre analyse qui le conduit à penser que l’immigration serait liée négativement à l’emploi des natifs, mais seulement en période de renversement de conjoncture : entre 1995 et 2010, l’ajout de 100 migrants non-EEE sur le marché du travail serait associé à une perte d’emploi pour 23 natifs. (…)

De ce fait, les emplois perdus par les Britanniques suite à l’ajout des 2,1 millions de nouveaux migrants non-EEE sont ainsi évalués à 160 000, soit un rapport de 1 à 13. (…)

Si la presse britannique fait son travail on ne peut pas en dire autant en France.

Si la presse britannique fait son travail en rendant compte des analyses du Mac, on ne peut pas en dire autant en France où la presse n’a pas vu sortir un rapport du CAE sur le même sujet en 2009, bien qu’il ait été officiellement présenté à Éric Besson au mois de juin 2009 et présente des garanties de sérieux équivalentes à celles du Mac.

Comme le rapport britannique, le rapport du CAE concluait qu’une immigration peu qualifiée a pour effet de réduire le salaire des non-qualifiés et d’accroître celui des qualifiés (en l’absence de mobilité des qualifiés) tout en soulignant la complexité des effets de l’immigration sur une économie d’accueil. Selon ce rapport, l’immigration est source d’effets redistributifs : certaines catégories de natifs vont être « gagnantes » tandis que d’autres sont « perdantes » et en présence de rigidités salariales (dues à un salaire minimum par exemple), un afflux d’immigrés (peu qualifiés) peut engendrer une hausse du chômage. « Dans un cas pareil, il est possible que l’immigration ne soit plus source de gains nets pour l’ensemble des natifs et elle peut même conduire à une perte nette dans la mesure où le chômage est indemnisé ».

« C’est l’attitude de la presse française qui laisse à désirer »

Les deux rapports sont en ligne et accessibles à la presse, mais ils n’ont pas déclenché la même curiosité. Au Royaume-Uni, on en débat dans la presse dès la sortie du rapport. En France où il ne se passe guère un jour sans que l’on parle d’immigration, la presse a raté sa sortie. Le CAE avait pourtant tiré un document de quatre pages de ce rapport, ce qui facilitait la tâche des curieux. Il s’agit d’un ratage collectif puisqu’il n’y a eu aucun écho. Les politiques français n’en ont rien fait, les journalistes non plus. Ce n’est pas la seule fois que des ministres commandent des rapports pour les mettre au placard. (…) C’est l’attitude de la presse française qui laisse à désirer. Différentes interprétations sont possibles : manque de curiosité, problème d’organisation, curiosité sélective en fonction des résultats des études ou les trois à la fois.

Plus récemment, la presse française n’a pas raté l’étude menée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS) qui évaluait à +12 milliards l’impact instantané de l’immigration sur les dépenses publiques. Cette information a été reprise en boucle et va figurer en bonne place dans les argumentaires de campagne. Pourtant, ce résultat tient, comme le soulignent d’ailleurs les auteurs, à la pyramide des âges des immigrés qui, je le précise, ne comprend pas, et c’est normal, leurs enfants nés en France (qui ne sont pas des immigrés), comptés parmi les natifs et à charge de ces derniers dans les comptes. (…)

La presse française cherche plus à éduquer ses lecteurs qu’à les informer. Il me semble que ce défaut est plus marqué en France qu’au Royaume-Uni. Pourtant, comme l’a écrit Jean-François Revel dans La connaissance inutile, « dès lors que les journalistes (…) estiment (…) avoir le droit de présenter l’actualité de manière à orienter l’opinion dans un sens qu’ils jugent salutaire, la démocratie est amputée d’une de ses conditions. Elle l’est aussi pernicieusement que par une justice corrompue ou par la fraude électorale ».

Source : Agoravox

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