La liberté intellectuelle, le progrès scientifique, économique et social, la tolérance, l'individualisme, la sécularisation de la société (ou laïcité) sont
historiquement des inventions de la civilisation chrétienne occidentale. Ce sont les fruits du dualisme chrétien : le royaume de Dieu est céleste et non terrestre ; Dieu et l'Etat sont séparés.
D'où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a procuré à l'individu une liberté sans équivalent dans les autres civilisations, en excluant la sacralisation d'un quelconque ordre
terrestre. Cependant, l'autonomie réciproque du politique et du religieux ne s'est imposée qu'au prix de longs et violents conflits. D'autant que le rêve d'un royaume terrestre parfait, issu du
messianisme juif, a nourri les millénarismes jalonnant l'histoire du christianisme. Ce courant messianique et millénariste a eu pour postérité les "religions séculières". Certaines fondèrent les
totalitarismes. Aujourd'hui, des valeurs d'origine chrétienne forment la "religion civile" des droits de l'homme, qui a pris la suite du communisme comme "moyen d'échapper à un regard vrai sur la
politique" (F. Furet). Avec cette religion séculière d'Etat assortie de sanctions judiciaires, les sociétés occidentales renoncent à la séparation du politique et du religieux, qui fit leur
réussite historique. Le triomphe de valeurs issues du christianisme se fait dans la trahison de son vrai génie : le dualisme. L'Etat ne doit être au service d'aucune religion - y compris
séculière - si on veut sauver la liberté de l'esprit et l'avenir des nations européennes.
Biographie de l'auteur
Agrégé des Facultés de droit, diplômé de Sciences Po, Jean-Louis Harouel est professeur à Paris II. Auteur d'une douzaine de livres, il a notamment étudié en
juriste l'histoire de l'Etat, de l'administration et de la ville. Par ailleurs, il est l'un des meilleurs connaisseurs de la pensée du grand économiste Jean Fourastié (Productivité et richesse
des nations, Gallimard, 2005). Il est en outre spécialiste de sociologie de la culture (Culture et contre-cultures, PUF, 2002). Il a publié en 2009 chez Jean-Cyrille Godefroy La grande
falsification qui a connu un succès médiatique et commercial.