Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
http://www.canalacademie.com/ida792-L-oeuvre-de-l-historien-Jacques.html
Le livre de Jacques Heers - professeur honoraire à la Sorbonne - remet les pendules à l'heure sur un certain
nombre de vieilles lunes à propos d'une période qu'il connaît admirablement bien et qui est communément - et commodément - désignée sous le terme de Moyen Age.
D'emblée l'auteur nous met dans l'ambiance: il est impossible de dire quand le Moyen Age commence et quand il finit. Il montre sans difficulté dans ce livre, paru initialement en
1992, qu'il ne s'agit pas d'une solution de continuité entre l'Antiquité et la Renaissance et qu'il n'existe pas non plus de période de transition entre la première et la deuxième de ces
trois périodes arbitraires, et pas davantage entre la deuxième et la troisième. La Renaissance, telle que nous la connaissons, a d'ailleurs été inventée dans la première moitié du
XIXème siècle, à des fins de propagande.
Jacques Heers fustige les simplifications abusives. Rome n'a pas été oubliée pendant environ mille ans d'obscurantisme et de barbarie. Il n'y a jamais eu ces
antagonismes simplistes souvent décrits par les "historiens" entre les seigneurs et les paysans, entre les villes et les campagnes, qui seraient la justification historique de la lutte des
classes imaginée par Karl Marx et successeurs. En réalité, comme de nos jours, tout est nuances et diversités. Mais il est vrai que les tableaux dressés sont alors moins didactiques et,
partant, moins idéologiques.
Ainsi l'Eglise n'est-elle pas cet agent de l'obscurantisme, tel que de soi-disants historiens l'élucubrent. La peur de l'an mil et l'épopée de la papesse Jeanne sont de pures
inventions, qui ne reposent sur rien, sinon sur des textes minces, isolés et sans portée. Le prêt à intérêt, s'il a été en principe et officiellement interdit par l'Eglise, a été
pratiqué non seulement par des Juifs mais par des Lombards, c'est-à-dire par des chrétiens, et par bien d'autres chrétiens d'ailleurs, sans que l'Eglise n'y ait trouvé à redire, sinon
en cas d'excès manifestes.
Pour faire oeuvre historique il ne faut pas se contenter de s'appuyer sur les documents officiels les plus connus et de se recopier fidèlement les uns les autres, de génération en
génération. Comme le dit Jacques Heers dans sa conclusion :
" Trop d'historiens, quelques uns de grande renommée, dissertent
savamment du passé sans se référer suffisamment aux documents d'archives ... et tant d'autres qui ont, au temps de leurs véritables recherches, donné d'indiscutables preuves de leur
compétence, l'oublient pour se cantonner dans le domaine des réflexions et des évocations rapides ".
Evidemment établir les faits dans leur contexte, sans anachronisme et sans préjugé, c'est beaucoup demander et la propagande est
ennemie du moindre effort...