Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
Marguerite Peeters, belgo-américaine, rédactrice en chef de l'Interactive Information Services, service d'information spécialisé dans l'étude de la mondialisation, de ses concepts-clefs et de ses mécanismes opérationnels, répond à Zénit :
"Gender se traduit diversement en français : entre autres, par égalité des sexes, égalité des genres, parité, sexospécificité, autonomisation de la femme ou diversité des genres ou des sexes. La multiplicité de ces expressions crée une confusion sémantique qui relève en fait d'une stratégie utilisée pour cacher le véritable sens du gender et éviter les définitions claires. Souvent le mot est utilisé dans sa langue originale, l'anglais. Le gender n'est pas à proprement parler une idéologie, mais un phénomène culturel, un processus subtil de déconstruction culturelle et anthropologique. Il est le fruit d'un long parcours révolutionnaire occidental qui, en particulier depuis la révolution française, a été mu par une conception faussée de l'égalité entre les sexes et une volonté perverse de « libérer » l'individu de tout cadre normatif donné par la nature, la tradition, la révélation et Dieu lui-même. L'objectif du gender est de permettre à chacun de choisir « librement » sa fonction sociale, son identité ou orientation sexuelle, sa « forme de famille ». Le gender considère la vocation de la femme en tant que mère et épouse comme une construction sociale contraire à l'égalité, comme un « stéréotype » à déconstruire. La déconstruction se fait prioritairement par l'éducation des enfants [...]. La nouvelle culture favorise la promotion des divers droits des lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels."
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Écrit par Abbé Amar pour
PADRE BLOG |
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La théorie du gender figurera dans les manuels de SVT en classe de première. En exclusivité pour Padreblog, Anne J., professeur de SVT témoigne, argumente et présente les enjeux.
Une réflexion qui fait écho à la vidéo de l'abbé Grosjean dans "3 minutes pour convaincre".
Padreblog : « les petits garçons jouent aux voitures, les petites filles à la poupée » : est-ce pour remettre en cause cela que la théorie du gender a été élaborée ?
AJ : Il y a toujours eu un débat pour savoir pourquoi « les petits garçons jouent aux voitures, les petites filles à la poupée ». Attirance spontanée ou mimétisme des comportements ? Effets de l’identité sexuelle ou influence de l’éducation ? C’est le vieux débat entre l’inné et l’acquis, entre nature et culture.
Mais la théorie du gender va plus loin. Elle dissocie identité sexuelle et orientation sexuelle, afin de dire que notre orientation sexuelle elle-même est déterminée non par la nature, mais seulement par les comportements sociaux. On naîtrait certes garçon ou fille, mais on deviendrait seulement, par son éducation au sens large, hétérosexuel ou homosexuel. La dimension culturelle – le « genre » - l’emporterait sur la dimension naturelle – le « sexe » - dans la détermination de notre orientation sexuelle.
Alors qu’on l’aurait plutôt attendue dans les manuels de philosophie et de sociologie, cette théorie fait son apparition dans les manuels de sciences de la vie et de la terre, en utilisant d’ailleurs des formulations ambigües, renvoyant à des « normes associées au féminin et au masculin » ou à des « scénarios hétérosexuels Padreblog : mais alors, notre orientation sexuelle est-elle inscrite en nous ou n’est-elle que la résultante d’une culture ambiante ?
A part dans certains cas de perturbation génétique de l’identité sexuelle – qui sont souvent douloureux et méritent d’être traités avec beaucoup de délicatesse et de respect -, chacun de nous naît avec une identité sexuelle précise, garçon ou fille, masculin ou féminin, mâle ou femelle.
Qu’en est-il de notre orientation sexuelle ? Est-elle de l’ordre de la nature ou de la culture ? Si l’on considère que la reproduction est une fonction fondamentale de la sexualité – sans qu’elle soit pour autant sa fonction exclusive -, on est logiquement conduit à affirmer que l’hétérosexualité, en ce qu’elle est la seule orientation sexuelle naturellement susceptible d’assurer la reproduction de l’espèce humaine, est l’orientation sexuelle naturelle de l’homme.
Padreblog : voilà une affirmation qui pourrait être perçue comme homophobe !
Non pas du tout ! Parce qu’elle ne prétend pas imposer à tous d’avoir la même sexualité. Prenons une autre distinction essentielle : celle qui existe entre les nécessités de l’individu et les besoins de l’espèce. Se nourrir, par exemple, est un nécessité de l’individu : personne ne peut s’en passer, sous peine de mourir. Se reproduire, en revanche, est un besoin de l’espèce et non de l’individu. Il n’est pas nécessaire à la préservation de l’espèce que tous les individus prennent part à la fonction de reproduction. D’autres façons de vivre sa sexualité sont alors possibles, comme autant d’exceptions à cette « loi naturelle » ; le rôle du professeur de SVT n’est pas de se prononcer sur leur origine, ni sur leur valeur morale !
Cette distinction peut d’ailleurs amener à une réflexion sur d’autres dimensions de la sexualité (peut-être dans un cadre autre que celui d’un cours de SVT ?). Elle nous invite à ne pas vivre la sexualité comme un asservissement. Et, au-delà de la théorie du gender qui cristallise les réactions, se pose la question de la manière dont est abordée, de manière plus scientifique cette fois, la question du plaisir sexuel.
Padreblog : quels sont les enjeux ?
L’enjeu est très simple et tout à fait fondamental : il s’agit de contester l’existence d’une « loi naturelle » pouvant servir de fondement à une « morale naturelle ». Si tout est culturel, alors tout est relatif et tout se vaut.
Bien sûr, il ne s’agit pas de faire de l’homme un animal comme les autres. La sexualité humaine n’est pas limitée à la fonction de reproduction, mais revêt bien d’autres aspects. La question est alors de savoir si elle peut, sans danger, se détacher de ses fondements naturels. C’est une question qui va bien au-delà des compétences d’un professeur de sciences de la vie et de la terre !
Je me contenterais d’observer que le fait d’affirmer l’hétérosexualité comme l’orientation sexuelle naturelle de l’homme ne jette pas ipso facto le discrédit moral sur les comportements individuels qui y font exception, ni d’ailleurs ne garantit la valeur morale de tous les comportements hétérosexuels. La morale reprend alors toute sa place, puisque c’est à elle, et à elle seule, qu’il appartient de déterminer la valeur de ces comportements.
La théorie du gender, elle, élude radicalement cette question, en contestant l’existence même des fondements naturels de l’orientation sexuelle. Sans doute, en la poussant un peu dans ses retranchements, contesterait-elle la nécessité même d’une morale ?
Padreblog : beaucoup de bruit pour trois lignes dans un ouvrage, vous ne trouvez pas ? Comment réagir en tant qu’enseignante ?
Pour moi, enseignante de sciences de la vie et de la terre, c’est une vraie question. Non seulement je ne suis pas en accord avec cette théorie – vous l’aurez compris ! -, mais avant tout je trouve qu’elle n’a pas sa place dans un manuel de sciences. C’est un vrai cheval de Troie.
Notre métier, c’est d’apprendre à nos élèves à s’appuyer sur des faits éprouvés, passés au crible de l’exigence scientifique. A les analyser pour progresser dans la connaissance et dans la compréhension. Or la théorie du gender, de ce point de vue, ne « passe pas le contrôle technique » : outre les formulations ambigües sous lesquelles elle se présente, elle s’appuie sur des données qui ne répondent pas aux critères de l’observation scientifique telle qu’on la pratique en SVT. Elle s’appuie sur des exemples tirés soit de l’anthropologie – comme l’existence d’un « troisième genre » en Polynésie- soit de la sociologie – comme des études de comportement menées à Hambourg dans les années 1970 et 1990 Comme le dit le Père Pierre-Antoine Belley, directeur d’un lycée « une chose est de mettre les élèves et les étudiants au courant d’une théorie, ce que nous faisons déjà dans nos cours de philosophie car vos enfants y seront de toute manière confrontés, une autre est d’usurper l’autorité de la science pour imposer une vision anthropologique qui de toute évidence est une étape parmi les dernières vers une re-définition de l’homme explicitement anti-naturelle et anti-chrétienne. Alors, comment réagir ? Je n’aime pas m’associer aux grandes chaînes de mails. Le ton employé, et l’utilisation d’arguments d’autorité, les rendent sans doute utiles pour dénoncer, mais pas pour convaincre. D’ailleurs, ils ne sont souvent diffusés qu’à des gens déjà acquis à la cause… En tout cas, devant mes élèves, ils ne me sont d’aucune utilité.
Pour autant, je ne peux pas passer ces questions sous silence. Pour mes élèves, qui ne sont pas encore suffisamment outillés pour exercer une lecture critique de leurs manuels, tout ce qui y est écrit a la même valeur de vérité scientifique. C’est donc à nous de prendre appui sur les méthodes scientifiques que nous enseignons, sur les exigences méthodologiques que nous formulons, pour leur montrer qu’ils ne sont pas en face d’une vérité scientifique, mais simplement d’une théorie. Je considère même que la présence dans les manuels de cette théorie du gender, présentée sans aucun avertissement, nous offre la possibilité légitime de la discuter en tant que théorie, éventuellement dans le cadre d’un dialogue inter-disciplinaire avec les professeurs de lettres ou de philosophie.
Il nous faut être vigilants : présente dans un court paragraphe des ouvrages de 1ère L et ES cette théorie fait ainsi partie d’un corpus de « connaissances » exigibles lors du baccalauréat. D'où un dilemme : si nous l'enseignons, nous contribuons à faire de cette théorie une « vérité officielle ». Si, au motif d'une "objection de conscience", nous ne l'enseignons pas, ce sont nos élèves qui peuvent en subir les conséquences. Pour sortir de ce dilemme, il faut considérer que l’absence de données scientifiques associées à cette théorie donne à l’enseignant la latitude et la légitimité de la discuter. Elle nous donne la possibilité de montrer en quoi le gender ne peut avoir que le statut de théorie, au titre de la sociologie, et non celui de connaissance, au titre des sciences de la vie et de la terre. Et de faire un utile rappel sur ce que sont les exigences de la démarche scientifique : nous serons là en plein dans la cible de nos cours de SVT ! |
Dans Valeurs actuelles, Elisabeth Montfort dénonce la théorie du gender. Extraits :
"Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. [...] Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.
[...] L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : «Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme.» Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : «le droit à être moi». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. [...]
On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction."
REACTION DE JEAN SEVILLA:
Écrivain et rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine, Jean Sévillia a bien voulu réagir à l’actualité pour Nouvelles de France. Il annonce la sortie pour octobre d’un nouvel essai contre l’historiquement correct.
Jean Sévillia, que vous inspire l’arrivée de la théorie du gender dans les programmes de classes de 1ère à partir de la rentrée 2011 ?
C’est une demi-surprise car c’est malheureusement dans la logique du Système et de l’évolution culturelle des élites de ce pays. La France, comme les autres sociétés occidentales, a vécu une succession de révolutions depuis les années 60-70, très souvent imposées à l’opinion par une minorité. C’est toujours le même processus : on le voit avec l’avortement, l’homosexualité, la destruction du mariage classique. La banalisation de la théorie du gender va dans le même sens. Il s’agit d’une manœuvre, pas au sens complotiste mais d’une manœuvre quand même, qui vise à bouleverser les normes anthropologiques dans notre société.
Et pourtant, la théorie du gender nous vient droit des Etats-Unis. Comment expliquer l’absence de méfiance de nos élites qui ne ratent pas une occasion de rappeler l’exception culturelle française ?
Vous savez, je crois que nos élites sont très américanisées. Il y a bien longtemps qu’on a changé de paradigmes. Aujourd’hui, tous les bobos vont en week-end à New York. Il y a une grande connivence entre les milieux culturels français et une certaine Amérique, car il y a plusieurs Amérique. La gauche française se reconnaît très bien dans le modèle libéral américain, ceux qu’on appelle les Liberals, en opposition aux conservateurs, c’est-à-dire la gauche des mœurs.
Le combat est-il perdu d’avance ou cela vaut-il le coup de se battre ?
La situation est très difficile mais le combat doit être mené. On peut même s’attendre à des victoires de temps en temps. Je ne nie pas que le Système est très fort avec sa puissance médiatique, sa domination de l’opinion et le politiquement correct. Mais il y a aussi toutes ces personnes qui travaillent, qui montent des entreprises, qui fondent une famille, qui vivent contre et malgré cette chape de plomb qu’on leur impose. Oui, le Système tient, mais jusqu’à quand ? Il y a une nature humaine qui n’est aujourd’hui pas respectée : même Le Nouvel Obs se pose des questions sur le drame des enfants de divorcés. Arrive un moment où on ne peut pas masquer le réel ni mentir. Qu’ils se posent des questions sur les conséquences du modèle qu’ils ont mis en place montre qu’on assiste à un retour du réel. Un Système qui bouleverse toutes les normes n’est pas viable dans la durée. Mais vous verrez, nous finirons par revenir à des normes anthropologiques normales, à savoir qu’un homme est un homme, une femme une femme et que pour la perpétuation de l’espèce, il faut l’union d’un homme et d’une femme. On ne reviendra jamais durablement sur des données si fondamentales même si elles ont pu prendre des formes un peu différentes selon les époques et les sociétés.
Pour se maintenir, cette idéologie a besoin de gros moyens financiers. Est-ce que le Salut ne va pas venir du manque d’argent public ?
C’est un des moyens pour en venir à bout. Il ne faut pas le dire mais l’Etat est en faillite. Il n’y a plus d’argent public et bientôt, l’Etat ne pourra plus payer…
Est-ce qu’une alliance n’est pas possible entre libéraux (sur le plan économique) et conservateurs car sans argent public, les organisations de gauche perdront leur avantage sur celles de droite…
Si, car la situation va devenir financièrement intenable… jusqu’en terme de société. Consultez les dépêches des agences ou les blogs, il n’y a pas un jour où un gamin n’est pas poignardé par un camarade ou un professeur attaqué par un élève. C’est un problème de non-éducation lié au fait que la cellule familiale est brisée. Je sais que dire ça, c’est passer pour un vieux con « réac’ », mais que constater d’autre alors que la société se décompose devant nos yeux ?
Le Parlement votait mardi sur la question du « mariage » homosexuel. Il n’a pas été instauré cette fois-ci mais on sent que l’opinion s’acclimate à cette revendication du fait du matraquage médiatique en sa faveur. Pardonnez-moi la brutalité de ma question mais… est-ce que c’est plié ?
Plié, je ne sais pas… La chance en 2007, c’est d’avoir eu comme Président de la République Nicolas Sarkozy. Personne ne doute qu’il sera candidat en 2012 et je ne pense pas qu’il cédera là-dessus. S’il est élu, on gagne encore cinq ans. Dans l’hypothèse où la gauche passe en 2012, permettez-moi d’être pessimiste pour la suite…
Est-ce que le fait que le « mariage » homosexuel puisse ouvrir la porte à la polygamie n’est pas un argument que la gauche française peut entendre ?
Peut-être. Le féminisme de gauche est assez fort en France et ses représentantes sont très hostiles à la polygamie. Si ça peut aider à bloquer le « mariage » homosexuel, tant mieux ! Car je ne vois pas l’opinion prête à légaliser la polygamie…
Vous êtes l’auteur, entre autres, d’Historiquement correct : Pour en finir avec le passé unique
, du Terrorisme intellectuel : De 1945 à nos jours
et de Moralement correct
. Avez-vous des nouveaux projets de livres ?
Je mets la dernière main à un livre qui sortira au mois d’octobre et qui ira contre l’historiquement correct…