01/05/2011 – 19h45
LAMPEDUSA (NOVOPress) – Lampedusa avait connu une semaine d’accalmie dans l’invasion, au point que le maire, Dino De Rubeis, avait réclamé mardi dernier le départ des militaires de
l’île : «L’urgence migratoire est désormais terminée. Il n’y a plus à présent que 27 migrants. Mais, pour faire décoller le tourisme, il est nécessaire de démilitariser l’île». La
ministre du tourisme, Michela Brambilla, avait de son côté, conformément à une promesse de Silvio Berlusconi, lancé une campagne publicitaire à la télévision pour inciter les Italiens à passer
leurs vacances à Lampedusa. Les débarquements de clandestins, avait dit la ministre «sont un chapitre clos : nous pouvons assurer que Lampedusa est une destination d’excellence, pour ses
beautés naturelles, artistiques et culturelles». Les spots télévisés « Lampedusa, une île à découvrir, un monde d’émotions » ont commencé à être diffusés vendredi, vidéo
ci-dessous :
L’invasion a repris juste à ce moment. On se perd dans les chiffres, tant les arrivées se succèdent sans arrêt. Vendredi matin, on en était à quatre débarquements en 24 heures, pour un total de
1200 clandestins, dont 612 au milieu de la nuit de jeudi à vendredi. En dehors de 77 Tunisiens, débarqués dans la soirée de jeudi, tous ces clandestins venaient d’Afrique subsharienne. 288 sont
arrivés à l’aube du vendredi. 500 autres ont été secourus de leur côté au large de Lampedusa et transférés directement sur le navire « Flaminia », qui est en rade afin de pouvoir transférer les
immigrés sur le continent. On comptait, comme de juste, plusieurs femmes enceintes, dont l’une au huitième mois de grossesse, qui ont été transportées en hélicoptère à l’hôpital Cervello de
Palerme.
Deux nouveaux bateaux sont arrivés dans la nuit de vendredi à samedi, tous deux en provenance de Libye. L’un, avec 360 clandestins, a débarqué sur la plage, l’autre, qui en transportait 715, a
été secouru en mer à une dizaine de milles de l’île, et ses passagers ont été directement transférés sur la « Flaminia ».
Dans les premières heures de dimanche est arrivé encore un bateau parti de Libye, qui avait lancé un SOS la veille, alors qu’il se trouvait dans les eaux territoriales maltaises. Les immigrés
avaient appelé avec un téléphone satellitaire en expliquant que leur bateau prenait l’eau. Le autorités maltaises avaient fait savoir qu’elles ne pouvaient intervenir, la mer étant trop
mauvaise, et ce sont trois vedettes de la Garde côtière italienne qui se sont chargées de secourir le bateau. Il contenait 461 passagers, dont 44 femmes et six enfants. Traité d’assassin par la
gauche pour n’avoir pu empêcher un bateau de clandestins de faire naufrage, le 6 avril dernier, le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni fait tous ses efforts pour que les
clandestins arrivent désormais à bon port.
La situation à Lampedusa est redevenue très difficile. Plus de 1200 immigrés se trouvent actuellement sur l’île, et beaucoup ont dû passer la nuit à l’air libre, dans la cour du Centre
d’accueil. La partie résidentielle de celui-ci, en effet, abrite environ 90 Tunisiens en attente d’être rapatriés, et les forces de l’ordre préfèrent ne pas mélanger ceux-ci aux réfugiés, pour
prévenir des désordres ainsi que le risque d’évasions. Cette décision a suscité les protestations du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés qui, par l’intermédiaire de son porte-parole,
Laura Boldrini, a exigé qu’une solution soit trouvée au plus vite, pour assurer le confort de tous.
Aux dernières nouvelles, 298 immigrés viennent encore d’arriver, et 300 autres, à la dérive à une quinzaine de milles de l’île, sont en train d’être secourus.
« En un jour, a déclaré Maroni, ce sont 3000 réfugiés qui sont arrivés de Libye. Si cela continue ainsi, ma prévision de 50 mille arrivées se réalisera ». Le ministre a tenu à
souligner qu’il s’agissait désormais de réfugiés fuyant une guerre lesquels « ne peuvent être renvoyés tant qu’il y a la guerre en Libye, et la règle européenne est que, si les réfugiés
arrivent dans un pays, ils doivent rester là ».
Dans une déclaration précédente, vendredi, Maroni avait fait le lien avec la décision de Berlusconi, à laquelle s’oppose la Ligue du Nord, de participer aux bombardements de l’OTAN sur la
Libye. « Hier les bombardements italiens ont commencé, aujourd’hui 800 réfugiés sont arrivés de Libye. Bombes égalent clandestins. »
Le spot télévisé du gouvernement italien déclare : « Lampedusa : découvre ton Italie magique ! »
« Lampedusa : découvre le monde réel ! », voilà ce qu’il faudrait plutôt dire à tous les Européens.
"Dans la nuit de dimanche à lundi, un Collectif des Lampédusiens à Paris (comme on vous le dit!) a investi une annexe technique d’un service d’architecture de la mairie de Paris. Objectif: obtenir des papiers «pour être libres»
(travailler). Ils ignorent manifestement que le salariat est un esclavage. L’occupation faisait suite au placement en centre de rétention de plusieurs centaines de Tunisiens qui s’étaient
installés square de Pantin la semaine dernière. Sur place lundi matin, un représentant de la mairie informait les curieux qu’il y avait 114 hommes à l’intérieur du bâtiment
«alors que nous en attendions 140». Quasiment une bonne nouvelle! «Nous en attendions 140?» Il semble que le
maire de Paris ait été informé de cette opération menée dans ses locaux malgré la compassion sonnante et trébuchante qu’il leur a
manifestée… ou à cause d’elle.
Dans un bouleversant communiqué publié le 26 avril, Delanoë avait annoncé que le contribuable parisien allait verser 100000 euros pour des « mesures d’urgence » en faveur de ces pauvres hères et que la Ville de Paris avait «missionné» France Terre d’asile «pour mettre en place
des dispositifs de soutien et d’accompagnement, social et sanitaire, mais aussi d’accès à des hébergements hôteliers». Tant d’égard a manifestement blessé l’amour-propre des réfugiés,
puisque la grande banderole déployée lundi matin sur la façade de l’immeuble parisien clamait: «Ni police ni charité!» Et ils réclamaient «un lieu pour s’organiser».
[...]
Dans le bâtiment, 114 personnes donc, sans compter les militants «anarchistes et associatifs» qui dictent aux malheureux – dont beaucoup ne parlent pas
français – leurs slogans et leurs revendications. Une vraie manipulation du malheur avec comme mot d’ordre de s’en prendre particulièrement à la police à coups d’insultes claires et répétées.
Entre deux chants, les slogans fusent des fenêtres, type « La police digage! » [dégage]. A l’extérieur, une poignée de quinquagénaires-sympas-et-engagés est fin prête à dégainer caméras et
appareils photo s’il venait à la police l’idée suspecte de faire respecter la loi. Cette occupation dans Paris en dit long sur la schizophrénie actuelle: celle d’un pouvoir politique
qui tergiverse en fonction des médias, celle des élus qui prennent le parti des hors-la-loi et celle des médias qui livrent des infos tronquées allant jusqu’à parler de rafle, alors que les
«raflés» plastronnent au coeur de la capitale. Et pendant ce temps, la police ne sait plus à quel clandestin se vouer. Jusqu’à quand?"

C'est
signe que l'exode, interrompu depuis quinze jours à partir de la Tunisie, a repris à large échelle, en provenance de Libye cette fois. Crédits photo : FILIPPO
MONTEFORTE/AFP
En deux jours, trois mille immigrés partis de Libye sont arrivés à Lampedusa. Le ministre italien des Affaires étrangères redoute que leur nombre s'élève à 60.000.
À quatre heures du matin dimanche, la barque de pêche déglinguée partie de Libye est entrée dans le port de Lampedusa, étroitement encadrée par trois vedettes des gardes-côtes italiens. Au
large de Malte, elle avait lancé un SOS par téléphone cellulaire car elle prenait l'eau dans une mer démontée. À bord se trouvaient 461 réfugiés, dont 44 femmes et six enfants,
africains pour la plupart mais aussi asiatiques. La veille à minuit, une autre embarcation transportant 612 réfugiés était arrivée à Lampedusa. En l'espace de deux jours, trois mille
immigrés partis de Libye ont mis pied sur cet îlot rocheux à mi-distance de la Sicile et de l'Afrique du Nord.
C'est signe que l'exode, interrompu depuis quinze jours à partir de la Tunisie, a
repris à large échelle, en provenance de Libye cette fois. Ces migrants pourraient constituer l'avant-garde des réfugiés que Mouammar Kadhafi menace d'expulser dans les prochaines semaines en
représailles des bombardements contre ses positions. Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, redoute que leur nombre s'élève à 60.000.
Silvio Berlusconi, une histoire de «trahison»
«Avec l'Italie, c'est désormais guerre ouverte», a déclaré samedi le colonel Kadhafi, accusant son ancien ami Silvio Berlusconi de «trahison». La Ligue du Nord, qui est au gouvernement,
critique âprement la participation de l'Italie aux frappes aériennes. Elle est furieuse de n'avoir pas été consultée par le président du Conseil alors qu'elle est son allié le plus fidèle.
Elle estime aussi que l'Italie en a déjà «assez fait» en ouvrant sept bases militaires à l'Otan et en participant au blocus naval. Pour l'un de ses dirigeants, le ministre de l'Intérieur
Roberto Maroni, ces nouvelles arrivées sont la «conséquence directe» des bombardements.
Pour prix du maintien de son alliance, la Ligue veut connaître la date précise de la fin des opérations militaires et réclame une réduction des effectifs militaires italiens au Liban et en
Afghanistan. Un débat se déroulera demain à la Chambre des députés. Silvio Berlusconi a cherché à l'éviter en affirmant que les frappes faisaient partie du dispositif prévu par la résolution
1973 du Conseil de sécurité. Il lui faut maintenant manœuvrer serré pour éviter la censure.
LIRE AUSSI :
» Jusqu'à 70 migrants par jour dans la région de
Nice
» Lampedusa : une circulaire contre les flux
migratoires
»
Rome offre la France aux immigrés tunisiens
Addendum 2/05/11 : Un article publié le 29 avril par La Marseillaise confirme cette pratique de « délestage » qui ne
semble pas émouvoir plus que cela la presse et les associations féministes ou de défense des droits de l’homme (et de la femme)…
Hamed a vu « un zodiac virer 17 femmes par-dessus bord pour délester l’embarcation. »
La
Marseillaise
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Les femmes et les enfants d’abord ?
6/04/11 – Dans un article du Figaro consacré aujourd’hui à Vintimille, « un Sangatte entre France et Italie », nous apprenons que de jeunes clandestines tunisiennes
seraient en priorité jetées par dessus bord par les hommes pour éviter de chavirer au large de Lampedusa… Cette pratique pourrait en partie expliquer l’absence quasi totale de femmes
parmi les jeunes Tunisiens débarquant chaque jour à Lampedusa.
[...] Tous, exclusivement des hommes jeunes, plutôt pauvres et rarement francophones, racontent la même histoire. Comme Tarek, 20 ans, parti il y a vingt jours de Kairouan.
«Nous étions entassés à 150 dans un bateau prévu pour 60, explique le garçon. Au cours du trajet pour Lampedusa, douze filles ont été jetées à la mer. Puis j’ai été transféré en
Sicile, je me suis échappé et j’ai pris le train. Mais maintenant je n’ai plus d’argent alors, ce soir, je pars moi aussi par la plage.»
Leur unique obsession: passer la frontière. «La plupart veulent aller en France, en Belgique, aux Pays-Bas ou en Scandinavie, confirme Gaetano Scullino, le maire de la ville venu
superviser les opérations. [...]
Le Figaro
Montreuil (93) : Une marche contre l’exclusion des mère
voilées lors des sorties scolaires
Réaction du rappeur Abd al Malik en fin de reportage
Toutefois, nous avons débloqué 100 places d’hôtel depuis 5 jours. Nous en trouverons 20 à 30 de plus dès la nuit du 2 au 3 mai et parallèlement nous cherchons un endroit susceptible de
permettre à 80 d’entre eux de trouver refuge. »
Pascale Boistard, adjointe PS au maire de Paris en charge de l’intégration.
Le Monde
Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a affirmé dimanche 1er mai sur Europe 1 que la France et l’Europe devaient accueillir «au moins provisoirement»
les migrants tunisiens, ajoutant que ce n’était pas «une invasion».
Cessons de parler de la France dépassée par cette immigration-là, nous n’en sommes pas là.
François Chérèque a estimé que «dans un premier temps, le problème n’est pas de se demander si on a les moyens de leur donner du travail, mais d’être solidaires et de les
accueillir».
«Nous nous devons de les accueillir, ne serait-ce que provisoirement, et quand je dis nous c’est la France et l’Europe», a répondu le leader de la CFDT, ajoutant:
«quitte à débattre, à négocier pour le retour de ces personnes lorsqu’ils (les Tunisiens) auront choisi cet été un gouvernement élu démocratiquement».
Pour le responsable CFDT, «on ne doit pas agir tel qu’on le fait actuellement (…), ce n’est pas une invasion». François Chérèque estime aussi que «la France et
l’Europe n’aident pas assez la Tunisie économiquement». […] «La France est un des pays d’Europe où il y a le moins d’immigration, les immigrations du travail sont des
immigrations régulées et qui sont face à des emplois réels et pourvus», a-t-il poursuivi.
Nouvel Obs