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La vérité sur l'arrestation de Laurent Gbagbo!

Pour abattre Gbagbo, l'argent a été plus efficace que la canonnière

C'est en substance ce que l'on peut retenir de l'arrestation de Laurent Gbagbo par les soldats français cet après-midi.

Arrêté par les forces spéciales françaises, et remis aux Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI)- bien que des diplomates français font savoir que ce ne sont par les forces françaises qui ont procédé à l’opération-, l'arrestation de Gbagbo marque la fin du conflit politique, il n’est pas sûr, pour autant, que cette reddition marque la fin des combats.

Dès le 7 avril, La lettre du continent racontait « comment le soldat Gbagbo avait perdu sa guerre ». Outre les nombreuses défections subies par le clan Gbagbo, la perte de ses derniers soutiens politiques, notamment l’Angola, les offensives menées par l’Onuci, et l’appui décisif de la force « Licorne », c'est d’abord une « guerre du cash » que Gbagbo a perdu. Car c'est en grande partie l'économie qui a été l'arbitre du bras de fer qui opposait Gbagbo à Ouattara.

Dès le début du mois de décembre 2010, le FMI fait savoir qu'il ne collaborerait pas avec un pouvoir non reconnu par l'ONU. Si Gbagbo parvient encore à retirer encore 664 milliards de Francs CFA (1000 francs CFA=1,52 euro) de la BCEAO (Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest) entre le 22 et le 27 décembre 2010, « son régime était financièrement exsangue » explique La lettre du continent. Des rentrées fiscales divisées par huit, et des rentrées non fiscales divisées par trois. Soit un manque à gagner qui s’élève à 4444 milliards de francs CFA. Rapidement les comptes de la Côte d'Ivoire à la BCEAO seront soumis à l'approbation de Guillaume Soro.

Recettes des douanes, des impôts, payement des salaires de la fonction publique et de l’armée, fonctionnement des ports, c’est toute l’activité économique de la Côte d’Ivoire qui est plongée dans l’incertitude dès le début de l'année 2011. _ « Les sanctions financières prises contre Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire sont en train de porter leurs fruits », assurait dès la mi-mars Alain Juppé. « Nous avons pris toute une série de mesures qui, peu à peu, donnent des effets. Les sanctions financières, ça ne marche pas à quinze jours, ça marche à plusieurs mois. On voit bien aujourd'hui que Laurent Gbagbo est progressivement asphyxié. Nous ferons tout pour que la légalité l'emporte et que Ouattara, qui est le président légalement élu, exerce réellement le pouvoir et c'est ce qui est en train, petit à petit, je pense, de se passer en Côte d'Ivoire ».

Gbagbo réduit à mendier de l'argent à ses derniers soutiens

Une stratégie payante, en effet. Car après la crise financière, viendra la débâcle militaire. Déjà en décembre 2010, Philippe Mangou, le chef d’état major des armées confiait « n’avoir pas assez de munitions pour se battre pendant trois jours ». Il tiendra, malgré tout, trois mois.

Gbagbo perdra beaucoup d’argent dans des tentatives avortées d’achats d’armes et d’équipements en Biélorussie ou en Bulgarie, payant ses factures rubis sur ongle, sans jamais recevoir ses armes. D’où la perte de dizaine de millions de dollars, allant jusqu'à mendier de l'argent en Guinée-équatoriale et en Angola. Le président ivoirien aurait sollicité des millions d’euros en compensation de puits de pétrole et de contrats d’exploitation et de gestion de sociétés étatiques.

C'est alors la décision de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) de fermer le robinet de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest qui affaiblit le clan Gbagbo. Acculé, Gbagbo ne parvient plus à payer ses mercenaires, miliciens, avocats, mais aussi les salaires des fonctionnaires. La mesure de suspension des exportations de café et de cacao prorogée jusqu'au 31 mars sera un autre coup dur.

Enfin, c’est l’Angola qui précipitera la chute de Gbagbo en décidant de rappeler ses 130 soldats logés au Palias présidentiel. « Malgré sa dette morale vis à vis de Gbagbo, en remerciement de sa lutte contre l’Unita de Jonas Savimbi en Côte d'Ivoire, l'Angola a dû se raviser sous la pression américaine » relate encore La lettre du Continent.

Dans le même temps, les forces françaises et américaines et françaises apportaient leur soutien en matière de renseignement aux forces de pro-Ouattara qui infiltrent les Forces de Défense et de sécurité de Gbagbo, parvenant à obtenir le ralliement de nombreux de ses fidèles. Au titre de président élu, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest débloque alors 467,27 milliards de Francs CFA. Avec l'intervention de la force Licorne, c'est le coup de grâce. L’argent est le nerf de la guerre…

Régis Soubrouillard 
Marianne
11 Avril 2011

Voir aussi :

Mon opinion : Libye et Côte d'Ivoire, dans quoi nous sommes-nous vraiment engagés ? 

Libye : les rebelles sont-ils nuls - Les combattants de la liberté décevants ; l’Otan aussi 

 

France 24 : Premières images de Gbagbo à l’hôtel du Golf

 

Addendum : Selon une source diplomatique française, les forces spéciales françaises n’ont pas arrêté Laurent Gbagbo, contrairement à ce qu’a affirmé un conseiller du président sortant.

L’ambassade de France en Côte d’Ivoir affirme que ce sont les forces d’Alassane Ouattara qui ont arrêté Laurent Gbagbo. « Laurent Gbagbo a été arrêté par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, pro-Ouattara) et conduit à l’Hôtel du Golf par les FRCI », a déclaré Jean-Marc Simon. Le Figaro

 

Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo a été arrêté lundi par les forces spéciales françaises et a été remis à des chefs de la rébellion, a déclaré à Reuters son représentant pour l’Europe, Toussaint Alain.

« Le président Gbagbo a été arrêté par les forces spéciales françaises et remis à des chefs de la rébellion », a-t-il dit de Paris alors que des chars français venaient de pénétrer dans la résidence du président ivoirien sortant.

Reuters

 

Point sur la Côte d’Ivoire, par Bernard Lugan

Sarkozy : « Ouattara est musulman », le soutenir « est un signe d’ouverture de notre part »

 

Le Canard Enchaîné, le 13 avril 2011

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