Recension
La Nef n°173
Falk van Gaver
Qui se souvient des Cristeros ? En 1917, les révolutionnaires mexicains instaurent une
Constitution comparable à la Révolution bolchevique de la même année. Les dictateurs, militaires et franc-maçons affichés, entreprennent de « défanatiser » le peuple, c’est-à-dire de le
déchristianiser. En 1926, un an après la proclamation du Christ « Roi des Nations » par Pie XI, le général-président Calles décrète une série de lois antireligieuses visant à interdire l’Église
et éradiquer le catholicisme. Après avoir épuisé tous les moyens légaux et pacifiques de négociation et d’opposition, dont le boycott économique et la désobéissance civile façon Gandhi, les
catholiques mexicains, soutenus seulement par quelques évêques héroïques et le pape, mais entourés de la plus grande partie de leur clergé, sont acculés à la résistance armée. L’épopée cristera
commence, pleine de fiorettis sanglants… Les Fédéraux, armés par les États-Unis, mènent aux cris de « Viva el Demonio ! » une guerre de terreur contre les populations civiles qui soutiennent
l’insurrection catholique, dans l’indifférence générale du monde. Moisson de martyrs qui tombent en clamant : « Viva Cristo Rey y Santa Maria de Guadalupe ! » Trahie par des clercs en 1929, la
guérilla exemplaire aura été invaincue trois ans : par obéissance, les combattants déposent les armes et s’exposent à un long égorgement qui s’étendra jusqu’aux années quarante, tandis que le
sinistre Parti révolutionnaire institutionnel étendra sur le Mexique catholique sa chape de plomb athée jusqu’à l’an 2000.
Comme Pie XI, on ne peut lire le récit des exploits cristeros sans pleurer. Aujourd’hui c’est près d’une trentaine de leurs martyrs qui ont été béatifiés ou canonisés par Jean-Paul II et Benoît
XVI, prêtres mais aussi militants catholiques laïcs témoignant jusqu’à la mort de la remarquable fécondité de l’action temporelle autonome du laïcat chrétien lorsque ce dernier l’assume jusqu’à
la sainteté.
LIBRAIRIE-PRESSE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH