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La Guadeloupe plaque tournante du trafic de drogue.

lu sur metamag:

De la poudre blanche à l’or jaune et noir - La Guadeloupe plaque tournante entre Amérique latine et Europe ?
De la poudre blanche à l’or jaune et noir


La Guadeloupe plaque tournante entre Amérique latine et Europe ?

Posté par: Michel Lhomme le: 17/12/2011
 
 
 

Au moment où paraissait notre papier « Les Caraïbes ne sont pas que des paradis fiscaux », les douaniers du Havre et de la Guadeloupe saisissaient, dans une opération conjointe, menée de chaque côté de l’Atlantique, plus de 503 kg de cocaïne et 385 000€. La valeur de la drogue saisie est estimée à plus de 30M€ sur le marché illicite.

La saisie, réalisée avec l’aide de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières a commencé, le 18 novembre, par l’examen radioscopique au Havre d’un container provenant de la Guadeloupe et déclaré pour déménagement. Les douaniers décident alors de fouiller un fourgon et ils découvrent, dissimulés dans le véhicule, 200 pains de cocaïne pour un poids total de 231 kilos. Le lundi 21 novembre, quatre personnes, venues chercher le fourgon et sa cargaison, sont interpellées par les agents de la direction des opérations douanières de Paris.

Dans le même temps, la visite réalisée au sein de l’entreprise de déménagement en Guadeloupe conduit à la découverte de 228 kilos de cocaïne supplémentaire dans un second véhicule et de 44 kilos de cocaïne dissimulés dans une cantine. 10 personnes sont interpellées. De plus, 285 000€ en petites coupures sont découverts dans deux fauteuils, prêts à être transférés.

On peut donc parler d’un véritable réseau de trafiquants de stupéfiants, composé surtout de jeunes bien organisés entre la Guadeloupe et la région parisienne, Gennevilliers plus précisément. La drogue était planquée dans des voitures, enfermées dans des conteneurs, prêtes à être officiellement « expédiées ». Elle était conditionnée dans des sachets de 1kg dissimulée, ensuite, dans les voitures ou les caisses de déménagement. Nonobstant, cette prise record ne laisse pas de soulever certaines interrogations.


Saisie de drogue au port du Havre


Le trafic paraît en effet, cette fois, très bien organisée et pas du tout une œuvre d’amateur. Il y a eu utilisation d’une société écran, une société de déménagement située dans la zone artisanale de Beau Soleil à Baie-Mahault, Gedem International, tenue par une dénommée Marie-Josèphe Evrard, trente huit ans, qui cherche, d’ailleurs,, à minimiser son rôle dans le trafic. Elle affirme qu’elle n’a participé qu’à la constitution de la société écran, la société de déménagement, qui fonctionnait, il est vrai, aussi normalement puisque de vrais déménagements avaient été effectués.


Les trafiquants ne sont pas des brêles

Cependant, la drogue est forcément entrée en Guadeloupe par voie maritime, preuve flagrante du manque de dispositif de surveillance de l’archipel : pas de radar côtier pourtant promis par Sarkozy, pas de vedette rapide de la police nationale. Au printemps dernier, l’opération Mangouste, opération anti-drogue, conjointe de la police nationale, de la gendarmerie et des militaires, avait été un échec et un fiasco. Dans la nuit du 15 au 16 avril, seul un "go-fast"avait été repéré se dirigeant vers le secteur des Saintes, avant de faire demi-tour, dissuadé par le dispositif mis en place.  Le go-fast ("aller vite") est une vedette ultra-rapide et une technique utilisée par les trafiquants pour importer des produits stupéfiants ou de contrebande. Il s’agit d’ embarcations très puissantes et rapides, appelées plus exactement "go-fast boats" aux États-Unis, souvent équipées de plusieurs moteurs et qui acheminent, vite et discrètement, la cocaïne d'Amérique du Sud vers les États-Unis, dans la mer des Caraïbes.

Dans cette dernière affaire guadeloupéenne, les trafiquants paraissent jeunes, issus des quartiers populaires, mais pas du tout incultes comme on aime le prétendre souvent. Ils ont, au contraire, parfaitement planifié leurs structures. La cocaïne retrouvée est une cocaïne quasiment pure. Ce qui signifie peu d’intermédiaires et donc des contacts directs avec les producteurs colombiens et vénézuéliens. Les salariés de l’entreprise ont été relâchés, aucune charge ne pesant contre eux. Cela suppose des complicités extérieures, des hommes de main chargés, par exemple, de conditionner les envois.

Localiser les complices de ce trafic, déterminer son ampleur, le nombre d’envois déjà effectués, la fréquence et le mode d’acheminement des voitures, essayer d’identifier les fournisseurs... On sent bien que l’enquête, transmise aux stups de Paris et de Fort de France, s’avère d’ores et déjà difficile. Elle pose une question lancinante : la Guadeloupe serait-elle devenue une plaque tournante de l’acheminement de la drogue entre l’Amérique latine et l’Europe ?

Mais alors, pourquoi laisser la police nationale guadeloupéenne en état de clochardisation ? Il n’y a plus de rondes de nuit à Pointe à Pitre, faute de véhicules disponibles. La police court après les bons d’essence pour pouvoir poursuivre ses filatures. Depuis des mois, tous les syndicats de police réclament le statut de zone prioritaire sur l’île. Ce que le gouvernement se refuse de décréter pour ne pas avoir à payer des salaires plus élevés, alors que les policiers réclament surtout des moyens supplémentaires. Des calculs économiques qui, au final, risquent de se payer très cher, car l’on sait très bien que plus un trafic professionnel s’organise, plus il développe une délinquance de terrain, plus violente et dangereuse.

Guyane : guérilla contre l’orpaillage clandestin


La situation n’est guère plus brillante en Guyane. La coopération contre l’orpaillage clandestin y paraît au point mort entre la France et ses voisins sud-américains, alors que le cours de l’or s’envole.

L’accord de coopération dans la lutte contre l’activité aurifère illicite, signé entre la France et le Brésil, fin 2008, ratifié dans l’Hexagone en avril, paraît être en stand-by côté brésilien. « Il doit encore être à la commission qui examine la constitutionnalité du texte » a déclaré le Consul du Brésil en Guyane. En septembre, la Ministre de l’Outre-mer avait soufflé que, dans la lutte contre l’orpaillage clandestin, la coopération avec le Brésil « était compliquée » et celle avec le Surinam « encore plus compliquée » au cours d’une présentation, à Cayenne, du dispositif Harpie de lutte contre cette activité illégale.


L'orpaillage calndestin détruit la biodiversité

L’extraction illicite de l’or primaire, nécessitant moins de carburant que la production alluvionnaire s’accroît : 172 puits ont été démantelés les huit premiers mois de 2011, contre 67 en 2010. Le Surinam n’a pas ouvert le poste de contrôle sur le haut Maroni, promis il y a plus d’un an, après un mouvement de colère d’Amérindiens de la rive française qui avaient arraisonné des pirogues d’orpailleurs clandestins.

Le Président de la région française, Rodolphe Alexandre (DVG) a fustigé la « désinvolture des autorités brésiliennes »  dans la lutte commune contre l’exploitation illégale de l’or. Il s’est dit indigné des nombreux bastions « brésiliens » de l’orpaillage clandestin érigés dans plusieurs régions de la forêt guyanaise.

Pendant ce temps, à Paris, le Sénat de Gauche a rejeté le budget de l’Outre-mer et a repoussé un amendement de la majorité qui visait à percevoir une taxe régionale sur l’extraction pétrolière de Guyane, destinée au financement du développement durable de ce vaste territoire français qui prend de plus en plus une allure de Far West et de ruée vers l’or, jaune ou noir. 

Photo d'illustration : l'orpaillage en Guyane 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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