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Dans son éditorial, le magazine Monde et Vie à paraître le 5 mai avance quelques raisons pour lesquelles il est envisageable de voter en faveur de Nicolas Sarkozy sans pour autant lui faire confiance.
L’atmosphère de ces élections est étrange et la rencontre attendue entre les deux candidats en lice pour le deuxième tour, mercredi dernier, l’illustrait bien. L’étrangeté résulte, me
semble-t-il, de l’écart entre la médiocrité du débat au regard des enjeux et de la tempête économique que le futur président devra probablement affronter, barreur sans gouvernail, dans
quelques mois ou quelques semaines.
L’un avait de l’Allemagne plein la bouche, et l’autre de l’Espagne.
La France d’abord. C’est à ses intérêts qu’il faut songer, au-delà des calculs partisans. Pas plus qu’au premier tour Monde et Vie ne donnera de « consigne de vote », ce n’est pas notre rôle – mais qu’il me soit permis d’exposer ici une analyse de la situation qui correspond, je crois, à l’esprit de notre journal, catholique et national.
Des deux programmes qui nous sont présentés, celui de François Hollande est évidemment le plus éloigné de cet esprit. Ses positions sont aux antipodes des trois points non négociables définis par Benoît XVI. Quant au respect de la vie humaine, il veut faciliter l’accès à l’avortement, le rembourser intégralement, et par ailleurs légaliser l’euthanasie. Quant à l’éducation et à la responsabilité des parents, il veut avancer à deux ans l’âge de la scolarisation, ce qui place les enfants plus tôt sous la coupe de l’Education nationale. Quant à la réalité du couple composé d’un homme et d’une femme, il veut légaliser le « mariage » et l’adoption par les couples homosexuels. Concernant la famille, il projette de placer le quotient familial sous conditions de ressources, réduisant ainsi la politique familiale à une forme d’aide sociale.
Son programme en matière de souveraineté et d’identité nationale n’est pas mieux inspiré : maintien d’un flot de 180 000 nouveaux immigrés légaux chaque année, droit de vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales, allégeance à l’Europe supranationale...
Concernant Nicolas Sarkozy, la question de pose en d’autres termes : son nouveau discours contredit presque sur tous les points les choix qui ont été les siens pendant cinq ans. Dès lors, peut-on lui faire confiance ?
Celle que je lui accorde est non seulement au-dessous de zéro, mais plonge dans des profondeurs aussi abyssales que la dette publique. Néanmoins, je pense qu’il ne légalisera pas l’euthanasie. Quant au « mariage » homosexuel et à l’adoption, il a déclaré au magazine « spécialisé » Têtu, que la société n’y était pas prête – ce qui signifie au moins qu’il ne légifèrera pas avant quelque temps. Idem pour le vote des immigrés : je ne suis pas sûr que Sarkozy restera ferme sur ses positions actuelles ; mais je suis sûr, en revanche, que Hollande fera ce qu’il a dit.
Il le fera même d’autant plus rapidement que les caisses de l’Etat sont vides et que si la crise économique s’aggrave aussi considérablement qu’on peut le redouter, ces mesures lui fourniront le moyen de faire patienter sa gauche. Or il s’agit de gagner du temps : on a déjà vu l’opinion publique résister, ou même se retourner sur des questions de société –la pédophilie, par exemple, qui était à la mode dans les années 70, à l’époque où Daniel Cohn-Bendit brillait sur les plateaux de télévision. En revanche, une fois ces mesures inscrites dans la loi, il deviendra plus difficile (mais pas impossible) de revenir dessus.
Ces raisons pourraient me pousser à voter contre Hollande, en attendant la suite. Car la République a plus d’un deuxième tour dans son sac et avant même que les présidentielles soient terminées, les législatives se profilent à l’horizon politique.