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Posté par: Marc Rousset ( économiste, écrivain) le: 17/12/2011 sur le site metamag.
La destruction des classes moyennes En Europe, avec, en parallèle, leur montée dans les pays émergents. Voilà où nous conduisent le libre échange mondialiste, les sociétés multinationales qui à
l’exemple de Renault délocalisent, ainsi que les stock-options de dirigeants embarqués dans un capitalisme au service exclusif des actionnaires, n’en déplaise à Laurence Parisot, présidente du
Medef. Seul, le retour au capitalisme rhénan et à la préférence communautaire, avec des droits de douane sonnants et trébuchants, peut endiguer la catastrophe économique et sociale en
cours !
Un symbole éloquent est fourni par l’entreprise américaine Apple. Ses produits sont conçus en Californie et assemblés en Chine par Foxconn. Apple, la deuxième plus grosse capitalisation
mondiale après Exxon, que tous les bien pensants portent aux nues, fait travailler à peine une cinquantaine de milliers de salariés, chercheurs et cadres. Foxconn, que personne connaît, fait
travailler un million de salariés en Chine dans des emplois industriels !
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Le Prix Nobel d’économie, Michael Spence, constate que, de 1990 à 2008, 98% des 27 millions d’emplois créés aux Etats-Unis l’ont été pour des secteurs travaillant exclusivement pour le marché
intérieur américain, dont dix millions pour les agences gouvernementales et la santé. En revanche, les industries dont les produits sont exportables, n’ont pas accru leurs emplois, sauf dans
les métiers très hautement qualifiés. Le grand perdant est donc la classe moyenne employée dans l’industrie. Quant au professeur Alan Blinder, ancien numéro deux de la Fed, il estime que 25% de
tous les emplois aux Etats-Unis sont potentiellement « délocalisables »( Le Figaro 26 septembre p29).
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Michael Spence recevant son prix Nobel
Il est cocasse de constater pendant le même temps, et dans le même quotidien, l’émerveillement du brillantissime footballeur Edson Arantes do Nascimento elé. L’ambassadeur du Brésil
pour la Coupe du monde de 2014 s’émerveille, au contraire, de l’apparition et de la montée des classes moyennes dans son pays : « Notre économie, actuellement la
7ème du monde, est diversifiée, innovante et elle allie croissance, stabilité, durabilité et inclusion sociale. Ces dix dernières années, plus de 40 millions de personnes ont
rejoint la classe moyenne, enfin majoritaire dans le pays. »( « Coupe du Monde :une Chance pour le Brésil « Le Figaro du 26 septembre)
La préférence dé-nationale pour les emplois sous qualifiés
Avec l’expansion des échanges et la diffusion rapide des technologies vers les pays en développement, les employés européens sont confrontés à une concurrence croissante par-delà les
frontières. La Chine, l’Inde et les pays émergents, dans une économie mondiale libéralisée et déréglementée, provoquent plus qu’un doublement de l’offre de travail globale et un excès
structurel de main-d’œuvre permettant de faire porter sur les salariés l’ajustement aux nouvelles conditions de concurrence. Le fossé se creuse entre ceux qui sont à l’aise dans la
mondialisation et le reste de la population, qui craint la précarité, la vulnérabilité, le déclassement social et se recroqueville sur ses avantages acquis.
Les classes moyennes tremblent en France pour leurs enfants, dont beaucoup obtiennent au mieux, des fonctions inférieures à des diplômes, il est vrai, de plus en plus dévalorisés et inadaptés,
et n’auront d’autre ressource que de brûler le patrimoine reçu en héritage (Louis Chauvel « Les Classes moyennes à la dérive », Seuil 2006, p 112). 80% des emplois nouveaux
créés en France relèvent de l’intérim, de CDD (sept embauches sur dix), de stage, de travail à temps partiel. Il arrive, sur certains sites de l’industrie automobile, que les effectifs soient,
à plus de 50%, intérimaires. La moitié des salariés - dont 52% des cadres et 73% des plus de 50 ans- estiment qu’il leur serait « difficile de retrouver un emploi au moins
équivalent » en cas de perte de celui qu’ils occupent actuellement (Observatoire du travail BVA L’Express, septembre 2007). La fameuse « France d’en
bas » est la conséquence directe de l’absence de véritables frontières douanières européennes.
Ce qui est vrai pour la France et les Etats-Unis se vérifie aussi en Allemagne où, selon une étude de Joachim Frick et Markus Grabka, chercheurs à l’Institut pour la recherche en économie (DIW)
de Berlin, la classe moyenne, le « milieu », voit son importance décroître. En 2000, elle représentait encore plus de 62% de la population allemande ; en 2006, cette catégorie,
autrement dit les Allemands qui gagnent entre 70% et 150% du revenu médian, était tombée à 54%. Aujourd’hui, en haut de l’échelle en Allemagne, les richesses issues du capital ne cessent
d’augmenter.
Selon Joachim Frick, « la répartition des revenus est plus inégale et plus polarisée qu’avant » ; la confiance et l’optimisme des classes moyennes s’érodent en raison de
la précarisation du travail; il est de plus en plus rare de disposer d’un emploi à temps plein et les salaires ne suffisent plus. Selon un quotidien économique en 2008, « l’Allemagne
se découvre 22% de travailleurs pauvres ». Albrecht von Kalnein, directeur de la fondation Herbert Quandt, explique ces changements par l’ouverture de la Chine, la
mondialisation et la délocalisation des services et des emplois industriels. L’offre mondialisée exerce « une pression sur les salaires en Allemagne » explique Albrecht von
Kalnein.
Les emplois délocalisés sont en général des emplois ouvriers stables, porteurs de technologie, d’investissements, favorisant d’autres emplois et services grâce au pouvoir d’achat initialement
créé par les salaires de l’industrie, ce qui est la base même d’une économie saine. La qualité des emplois se dégrade et les Européens s’abrutissent de plus en plus à des tâches instables, peu
gratifiantes et routinières. Au-delà du problème du chômage stricto sensu, se pose le problème de la dégradation continuelle et structurelle de la qualité de l’emploi.
Les emplois créés pour pousser les vieillards dans leurs petites chaises roulantes, pour faire les courses des personnes malades, pour faire le ménage ou pour jardiner sont un exemple d’emploi
de services bas de gamme d’intérêt limité, sans avenir ni contenu technologique, des quasi transferts de revenu qui portent en fait le nom d’emplois pour des pays décadents en voie de
désindustrialisation rapide. Dans les statistiques officielles, ces emplois strictement alimentaires contribuent à la croissance d’un PIB qui est, en fait, de plus en plus désindustrialisé
ainsi qu’à la poudre aux yeux médiatique de la lutte victorieuse des gouvernements contre le chômage. Ce qui caractérisait les pays sous développés et les économies de l’Ancien Régime, c’est le
nombre incalculable de domestiques que faisaient vivre les nobles dans leurs châteaux et les classes privilégiés dans leurs belles demeures !
Les sottises du gourou Greenspan
Bien que sa politique ait conduit les Etats-Unis et le monde à une situation économique catastrophique, Alan Greenspan prétend (« Les Conseils d’Alan Greenspan à la France » Le
Figaro du 24 septembre 2007) que « l’industrie manufacturière, c’est la technologie du XIXe siècle ! (…) L’industrie manufacturière, ce n’est pas un secteur d’avenir.
L’avenir est dans les idées qui servent à concevoir les produits. (…). Il n’y a rien de sacro-saint qui justifie la préservation de l’industrie manufacturière au sens traditionnel du terme. Un
pays qui défend son industrie manufacturière d’antan se condamne à voir son niveau de vie stagner ».
Nous aimerions savoir comment l’ancien gouverneur de la Réserve Fédérale américaine entend trouver du travail à 300 millions d’Américains passant leur temps à concevoir des produits ! Dans
les années 1950, l’industrie manufacturière représentait 27% de l’économie et 30% des emplois aux Etats-Unis. Aujourd’hui elle ne représente plus que 12% du PIB et un emploi sur dix. Le
développement foudroyant de la Chine (70% de son PIB dans l’industrie) est là pour montrer que ce qu’affirme Alan Greenspan est complètement inexact !
Il est vital, pour l’Europe, de ne pas rester à l’écart du monde industriel moderne, de concevoir un développement industriel fort, créateur d’emplois pour la prochaine génération, d’assurer un renouvellement de son tissu manufacturier. Il importe de reconquérir, avec des droits de douane et la préférence communautaire, les 3 millions d’emplois industriels perdus en France pendant 30 ans par la classe moyenne, au profit de celle de la Chine et des pays émergents.