Après la Tunisie, l’Égypte s’est donc embrasée [2]. Oubliant le « je ne blâme ni ne loue, je raconte », cette règle d’or de
leur profession, les journalistes se sont une nouvelle fois faits les porte-voix des manifestants. Se pâmant littéralement devant leurs actions, ils n’eurent pas assez de superlatifs pour
décrire le « Peuple » égyptien unanimement dressé contre le « dictateur » Moubarak.Tout a basculé dans leur petit univers borné de certitudes et d’approximations quand des partisans de ce
dernier sont à leur tour descendus dans la rue ; et en masse. Il y avait donc deux peuples !!! Cette constatation avait de quoi perturber des esprits formatés. Durant un temps l’explication
leur fut facile : les contre-manifestants étaient des policiers et des nervis payés[3] ; puis, horreur, ils découvrirent qu’il s’agissait d’habitants venus des « quartiers les
plus pauvres ». Ainsi donc, des miséreux osaient venir gâcher la grande célébration démocratique dont ils étaient devenus les porte-voix. Plus encore, ces gueux osaient, crime des
crimes, s’en prendre aux journalistes, ignorant qu’en France, cette intouchable caste constitue un État dans l’État devant lequel rampent et se prosternent les plus puissants. Ils auront du
moins retenu de leur séjour au Caire que sur les rives du Nil les références ne sont pas celles des bords de Seine et que les voyages sont plus formateurs que les écoles de journalisme. Ces
ignorants n’ont pas vu que la vie politique égyptienne est organisée autour de trois grandes forces. La première, celle qui manifeste en demandant le départ du président Moubarak et pour
laquelle ils ont les yeux si doux, est, comme en Tunisie, composée de gens qui mangent à leur faim ; il s’agit en quelque sorte de « privilégiés » pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la
démocratie. La seconde est celle des Frères musulmans ; pourchassée depuis des décennies et aujourd’hui abritée derrière les idiots utiles, cette organisation tente de se réintroduire dans
l’échiquier politique pour imposer sa loi. La troisième force dont aucun « envoyé spécial » n’a jamais entendu parler est celle qui vit dans les quartiers défavorisés, loin donc de l’hôtel
Hilton, ce spartiate quartier général des journalistes « baroudeurs », ou dans les misérables villages de la vallée du Nil, loin des yeux des touristes. C’est celle des fellahs besogneux, de
ce petit peuple nassérien au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Égypte au
Xème siècle. Ce sont ces hommes qui ont volé au secours du Rais Moubarak en qui ils voient, à tort ou à raison, là n’est pas la question, un successeur, même lointain, du colonel
Nasser. Dernière remarque : pendant que la classe politique française sommait le président Moubarak de quitter le pouvoir, le président russe Medvedev avait un long entretien téléphonique
avec lui, l’assurant qu’il s’élevait contre les ingérences étrangères. D’un côté des chiens de Pavlov levant la patte face à l’air du temps et de l’autre, un homme d’État familier des
subtilités de l’ « orient mystérieux » … BERNARD LUGAN
prix:22,00 euros
Quatrième de couverture
L'histoire de l'Égypte débute bien avant les pharaons, quand, il y a près de huit mille ans, des pasteurs proto-berbères fuyant un Sahara en phase d'assèchement trouvèrent refuge dans la vallée
du Nil où ils se sédentarisèrent, se mêlant aux anciens habitants. Trois millénaires plus tard, l'Égypte pharaonique naquit de l'union des premiers proto-États. Durant près de trois mille ans,
plus de trente dynasties vont se succéder au gré d'une histoire tantôt glorieuse, qui verra l'Égypte maîtresse d'une partie du Proche-Orient, tantôt décadente, durant laquelle l'Égypte sera
envahie.
À partir de 332 avant J.-C., l'Égypte passe sous le contrôle de la dynastie grecque des Ptolémées, puis elle devient une colonie romaine. En 632, conquise par les Arabes, l'Égypte constitue le
cœur de l'Empire fatimide. Première puissance du monde musulman durant le sultanat mamelouk à partir de 1260, l'Égypte est englobée dans l'Empire ottoman en 1517. Bonaparte marque ensuite le
pays de sa puissante empreinte et l'ouvre à l'Occident. Au XIXe siècle, sous Méhémet Ali qui la dirigea de 1805 à 1848, l'Égypte entreprend un vaste mouvement d'expansion en Afrique noire, en
Arabie, en Syrie et jusqu'en Turquie.
Devenue un enjeu stratégique primordial avec l'inauguration du canal de Suez en 1869, l'Égypte passe en 1882 sous le contrôle de la Grande-Bretagne. En 1922, sous la pression d'un puissant
courant nationaliste, son indépendance lui est rendue. En 1952, la monarchie est abolie et en 1954 le colonel Nasser prend le pouvoir. Sous sa direction, l'Égypte devient le phare du
nationalisme arabe, avant de faire la paix, après maints conflits, avec l'État hébreu.
C'est cette histoire pluri-millénaire que Bernard Lugan, spécialiste du continent africain, raconte ici dans un livre sans équivalent, qui fait la synthèse des connaissances se rapportant à
l'Égypte.