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Dans Présent, Rémi Fontaine évoque l'essai de François de Lacoste Lareymondie Je refuse! Extraits :
Michel Janva (salon beige)« Incontestablement, il faut que la société moderne ait atteint un degré de désordre moral extrême pour que l’Eglise en arrive à s’exprimer dans ces termes ! (…) Quel paradoxe que de se battre sur cette ligne de défense ! N’est-ce pas reconnaître que la première ligne, celle du bien pour lui-même et de sa promotion comme objectif naturel de l’agir humain, a déjà été enfoncée ? »
Il y a dans ce paradoxe à la fois une force et une faiblesse, autrement dit une équivoque qu’il faut dissiper, au risque de tomber dans une dialectique idéologique et un piège qui n’ont pas échappé à Mgr Jean Laffite pertinemment cité : « L’acte de refuser en conscience d’obéir à une loi injuste se réalise aujourd’hui dans un contexte de tolérance idéologique qui, par nature, n’est pas disposé à le supporter… La société idéologiquement tolérante ne peut tolérer l’objection de conscience, car elle échappe par quelque manière à son emprise. »
Comme la tolérance, la liberté (de contrainte en matière) religieuse, la dignité de la personne, la saine laïcité de l’Etat (distinction du temporel et du spirituel)…, l’objection de conscience est en réalité un concept sinon « inventé », du moins théorisé et pratiqué par le christianisme. En témoigne la cohorte innombrable et glorieuse des saints martyrs depuis les premiers siècles de notre ère. Mais, selon le mot de Chesterton, ces inspirations chrétiennes sont devenues des vertus folles avec le sécularisme du monde moderne.
En les « récupérant » ou les reprenant à son avantage, sous forme d’une argumentation ad hominem et avec un son contemporain (comme Jean-Paul II a voulu le faire pour les droits de l’homme), l’Eglise peut effectivement ouvrir une brèche dans un monde (du mensonge) clos sur lui-même, restituer en quelque sorte à ces valeurs leur véritable acception par leur (re)connexion à la loi naturelle et à sa transcendance. Elle peut ainsi offrir une réelle « pierre d’achoppement pour les autres ». [...]"
Dans Monde & vie, le docteur Dickès évoque le problème de la liberté de conscience des médecins :
Michel Janva
"La question de l’objection de conscience s’est cependant posée pour les médecins catholiques dès 1967, donc avant la légalisation de l’avortement en 1974, avec l’autorisation de la contraception orale (la pilule), à laquelle l’Eglise s’oppose. Les praticiens ont d’abord résisté, mais ils ont dû céder pour conserver leur clientèle. Les gynécologues catholiques se trouvèrent piégés les premiers et durent se résigner à prescrire la pilule, contre leur conscience. [...]
La loi Aubry a réduit la liberté de conscience des généralistes opposés à l’avortement, en les obligeant à communiquer aux patientes qui veulent avorter les noms de praticiens avorteurs ou à les diriger vers le planning familial, ce qui les conduit à participer malgré eux à cette démarche mortifère. En revanche, la même loi Aubry interdit au médecin de tenter de dissuader sa cliente d’avorter, alors qu’il est par ailleurs tenu de lui expliquer les conséquences de cet acte… C’est la quadrature du cercle, car l’avortement provoque, chez une femme, une dépression ou de graves souffrances psychologiques, et l’en avertir revient déjà à la dissuader. Le cas de conscience est poussé encore plus loin avec le diagnostic prénatal. Le médecin qui décèle une éventuelle pathologie de la grossesse chez une patiente, ce qui est possible en mesurant simplement la hauteur de l’utérus, prescrira un examen radiologique et échographique. Si l’obstétricien confirme l’existence d’une pathologie, des prises de sang et une ponction du liquide amniotique seront effectuées. A défaut, les tribunaux pourront reprocher au praticien, comme dans l’arrêt Perruche, de n’avoir pas fait son travail et le condamner lourdement. Mais en prescrivant ces prises de sang et cette ponction, il a le sentiment de porter un arrêt de mort à la pointe de son stylo, puisque l’on sait que 96 % des trisomies dépistées, par exemple, aboutissent à un avortement tardif, qualifié naguère de « thérapeutique », aujourd’hui de « médical », autorisé par la loi Veil jusqu’à la veille de l’accouchement. Il existe d’autres cas où la liberté de conscience des médecins est mise à mal : ainsi, le renouvel lement des lois de bioéthique voté en troisième lecture par l’Assemblée nationale, le 21 juin 2011, reconnaît l’objection de conscience concernant les recherches sur les cellules souche embryonnaires et sur les cellules souche. Mais un certain nombre de vaccins, comme ceux contre la rubéole, l’hépatite A et la rage, sont développés sur des cellules souche embryonnaires, qui permettent de vérifier plus commodément s’ils sont dangereux pour l’homme. Le praticien qui s’oppose aux recherches sur l’embryon humain, autrement dit à sa destruction, prend le risque s’il refuse par exemple de vacciner une femme contre la rubéole, qu’en sortant de son cabinet elle ne contracte cette maladie et qu’elle mette au monde un enfant atteint d’une malformation cardiaque. Il en sera tenu pour responsable."