Le scandale des 500 signatures de Cheminade
Quelque chose d'encore plus pourri au royaume des parrainages
Le candidat ayant réalisé le plus petit score de l'élection présidentielle de 1995 en France, Jacques Cheminade, a déposé ses parrainages au Conseil constitutionnel. Cela lui permettra de
se représenter. Il reste, cependant, totalement inconnu , malgré un environnement sulfureux.
Economiste atypique de 70 ans, classé par certains à l'Extrême-Droite, mais ayant appelé en 2007 à voter pour Ségolène Royal, Jacques Cheminade avait obtenu 0,28% des voix en 1995 et avait vu
ses comptes de campagne rejetés par le Conseil constitutionnel. Jeudi, il a symboliquement déposé six nouveaux parrainages, dépassant confortablement le seuil des 500 signatures d'élus. Pas
de soucis de signatures de maires et d’élus pour lui.
"Je me sens dans l'esprit de juin 1940 et de ceux qui sont partis à Londres", a-t-il expliqué, sans que l'on comprenne très bien ce que cela veut dire, puisque Londres est l'une de
ses bêtes noires financières et dominait déjà les Bourses en 1940. Contrairement à François Hollande qui, d'après lui, "attaque à moitié" la finance, il pense que "la City
(de Londres) a à craindre de (lui) et qu'elle le sait." Son principal objectif est de "faire sauter le verrou financier". Il se présente d'ailleurs comme celui qui
"annonçait, en 1995, que dans 10 à 12 ans une crise financière et monétaire très grave allait se produire".
Ses biens ayant été saisis par la justice, après le rejet de ses comptes de campagne en 1995, il mène toujours un combat pour les récupérer. Ce qui ne l'empêche pas de recommencer de dépenser
avant. Il dit financer sa campagne par un prêt à la consommation, comme le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, dont il se sent proche, sauf sur sa volonté de maintenir le
nucléaire. Drôle d'extrémiste de droite tout de même.
De drôles de parrains pour un étrange filleul
Jacques Cheminade traîne, derrière lui, une réputation de "gourou de secte" ou de politicien d'Extrême-Droite. En cause, son amitié avec un milliardaire américain excentrique, Lyndon
LaRouche. Ancien trotskiste, LaRouche était, lors de sa rencontre avec Cheminade en 1974, président de l’U.S Labor Party. Un parti au discours assez incohérent, militant pour la fin de "la
domination britannique", une réorganisation du système financier international et dénonçant, pêle-mêle, le pouvoir du FMI, des banquiers juifs de la City (la place financière de Londres) ou
l’implication de la reine d’Angleterre dans le trafic de drogue international.

Souvent décrié aux États-Unis pour son discours extrémiste et l’aspect paranoïaque de sa personnalité, Lyndon La Rouche s’est récemment fait remarqué pour avoir insinué que les attentats du
11 septembre 2001 avaient été organisés par le gouvernement britannique et l’Arabie Saoudite et pour avoir comparé Barack Obama à Hitler; idée d'ailleurs reprise à son compte par Jacques
Cheminade, le 9 mars dernier.
Certains commentateurs américains voient en lui le chef d’un "culte", un "théoricien du complot». Le fonctionnement interne de Solidarité et Progrès, notamment sa méthode de recherche de
nouveaux militants, a été pointé du doigt, à diverses reprises, par l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI); elle y voit un
comportement sectaire.
Apparemment, tout cela n'a pas gêné les élus si vigilants sur le républicanisme démocratique, si délicats vis-à-vis d'autres candidats. Sont-ils allés, avant de signer, sur le site de
Solidarité et Progrès?
Le seuil des 500 signatures est régulièrement invoqué comme moyen d'éliminer les candidatures fantaisistes. Et voila le résultat, un dangereux illuminé les obtient, tandis que d'autres,
incontestablement plus légitimes comme Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Dominique de Villepin, Nathalie Artaud ou Corinne Lepage, rament. Il y a bien quelque chose de pourri au
royaume des parrainages.