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Haïti n'intéresse plus les "médias aux ordres" et pourtant...


Haïti par gros temps… - Les nouvelles s'assombrissent
HAÏTI PAR GROS TEMPS…

Les nouvelles s'assombrissent 


site:metamag
Michel Lhomme 
le 23/07/2012 
De jour en jour, les nouvelles d’Haïti s’assombrissent, entre crise humanitaire prévue avant les cyclones et tensions politiques croissantes même si une certaine reprise économique est à relever.
La première semaine d’avril, le président haïtien Michel Martelly, a été soupçonné de corruption dans un reportage diffusé sur la télévision dominicaine. Le reportage a fait l’effet d’une bombe à Port-au-Prince mais aussi à Saint-Domingue où l’on votait pour les présidentielles, le dimanche 20 mai .Avec de nombreux documents à l’appui, Martelly a expliqué comment le sénateur dominicain Felix Bautista a créé un cartel d’entreprises dans le domaine de la construction et comment il s’en serait servi pour verser de l’argent à divers partis politiques. Le nom de Michel Martelly avait été cité car il aurait perçu des centaines de milliers de dollars, durant sa campagne électorale mais également après son accession à la Présidence. Au total, ce serait plus de 2,5 millions de dollars, versés en chèques ou en liquide que le chef de l’état haïtien aurait reçu de l’homme d’affaires et politicien dominicain. Des accusations jugées fantaisistes et rejetées en force par le président. A Saint-Domingue, l’affaire déclenchée en pleine campagne électorale avait fait l’effet d’un véritable Watergate tropical alors que dans un communiqué écrit, la présidence haïtienne parlait d’une « campagne d’intoxication de l’opinion publique », d’ « attaques en règle » contre le président pour nuire à son intégrité.

Michel Martelly, le président-chanteur
En tout cas, cette affaire n’a pas fait remonter la popularité en berne du président haïtien. Fin février déjà, des tirs et des jets de pierre provenant d’un groupe d’étudiants avaient atteint le cortège présidentiel, à quelques mètres du palais, faisant au moins un blessé parmi les étudiants. Michel Martelly avait aussi été contraint d’accepter la démission de son premier ministre, Garry Conille, pour nommer à son poste le très contesté Laurent Lamothe, trente neuf ans, ex-ministre des Affaires étrangères et potentat local qui a fait carrière dans le secteur privé des Télécommunications. Garry Cornille n’avait occupé le poste de Premier Ministre que quatre mois ! 

Michel Martelly et Garry Conille
Lamothe est une figure clé de l’actuel pouvoir haïtien mais il est détesté des parlementaires et entre temps, ceux-ci ont enquêté sur l’éventuelle double nationalité de Michel Martelly. Au début, ce dernier avait refusé de présenter son passeport pour finalement se résoudre, devant les autorités religieuses, à en présenter huit ! (En Amérique latine, on conserve souvent son passeport lors d’un renouvellement pour garder la preuve des visas obtenus). « Je suis un Haïtien natif. Moi, Michel Martelly, je n’ai jamais menti » a-t-il déclaré, lors de cette rencontre retransmise à la télévision nationale, la constitution haïtienne n’admettant pas la double nationalité.
 
Dans l’opposition, on note régulièrement des manifestations pro-Aristide qui rassemblent plusieurs milliers d’Haïtiens, huit ans après la chute de l’ancien président  revenu l’année dernière, après sept ans d’exil et une enquête pour soustraction de deniers publics. Ancien prêtre catholique, Aristide avait été élu président en 1991 mais avait passé l’essentiel de son premier mandat de cinq ans en exil en raison d’un putsch militaire. Il avait ensuite été réélu président en 2000. Avec un second mandat entaché par une instabilité économique chronique, il avait été finalement renversé en 2004 par un soulèvement armé ourdi par d’anciens soldats. De son côté, la justice a rappelé à Baby Doc qu’il est toujours assigné à résidence en lui interdisant de quitter Port-au-Prince. Cette assignation contre l’ancien dictateur junior avait été ordonnée en mars 2011 mais ces dernières semaines, l’ancien président à vie – ainsi, se déclare-t-il ! – a multiplié les déplacements à travers le pays où , en province, il continue de drainer des partisans soucieux d’ordre. Il a même été choisi par des étudiants en droit comme parrain de promotion, au grand dam d’anciennes victimes de son régime. Le juge Carvès, chargé d’enquêter sur les plaintes de crimes contre l’humanité déposées contre Duvalier fils (Baby Doc) devrait rendre sous peu son ordonnance sur d’éventuelles poursuites de l’ex-dictateur. Là aussi, après vingt-cinq d’exil au sud de la France, Jean-Claude Duvalier était retourné en Haïti en janvier 2011, la justice haïtienne le poursuivant pourtant pour corruption et détournement de fonds.
Une situation sécuritaire inquiétante
Mais, si certains haïtiens envisagent aujourd’hui le retour d’une dictature, c’est que sur le plan sécuritaire, la situation devient de plus en plus inquiétante. Le nombre de crimes commis dans les grandes villes d’Haïti a considérablement augmenté au cours des six derniers mois, contribuant à miner la confiance de la population envers les forces de l’ordre. 
Une situation inquiétante
Un rapport récent des forces de sécurité a fait écho de ces inquiétudes sécuritaires. Le taux d’homicides semble avoir fait un bond important dans les quartiers densément peuplés des villes haïtiennes entre août 2011 et février 2012. La plupart des meurtres se produisent dans des endroits populeux très touchés par la marginalisation sociale et la pauvreté comme Cap-Haitien, Les Cayes et Gonaïves. La capitale haïtienne aurait atteint en février dernier les 60,9 meurtres pour 100 000 habitants, le taux le plus élevé depuis 2006. Le district de Bel Air a vu le nombre de meurtres passer de 19 pour 100 000 habitants en 2010 à 50 pour 100 000 habitants à la fin de 2011. En comparaison, le nombre d’homicides à New York était de moins de 7 par 100 000 résidents en 2011, alors que celui de la ville d’Oakland, en Californie était de 23 pour 100 000 habitants. Délinquance de droit commun, règlements de compte financiers et politiques, l’atmosphère reste délétère à Port-au-Prince. 
Haïti, un an après le seisme
Après le terrible tremblement de terre de janvier 2010, 500 000 sinistrés demeurent toujours sous les tentes, près de 95 000 personnes déplacées logent dans 162 camps, soit 19% du nombre total de sinistrés, selon l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations). Depuis juillet 2010, le nombre total de camps sous menace d’expulsion (car terrains privés) a atteint 396. Cinq autres sites menacés aussi d’expulsion ont été récemment identifiés et recevront une assistance. De janvier à février 2012, la population des camps est passée de 515 960 à 490 545 soit une diminution de 5% d’après les estimations de l’OIM qui confirment une tendance à la baisse du rythme de sortie des camps. Selon les prévisions, plus de 310 000 personnes pourraient encore être dans les camps à la fin de 2012 si aucune solution de logement ne leur est offerte. Or, la saison des pluies a débuté en avance en Haïti en faisant déjà ses premières victimes. L’ONU a alerté la communauté internationale sur le manque d’argent disponible pour gérer la situation humanitaire à l’approche de la saison cyclonique.
La police contre les bandes armées et les pillards
 
Enfin, la police haïtienne et les casques bleus de l’ONU ont commencé à sévir contre les groupes d’hommes armés qui militent pour le rétablissement de l’armée en Haïti. C’est ce qu’a annoncé mercredi 9 mai un porte-parole des Nations-Unies. Les casques bleus de l’ONU et les agents de la police nationale ont établi des points de contrôle dans la capitale haïtienne et dans d’autres régions du pays. Les efforts des autorités visent à dissuader les groupes illégaux d’hommes armés de circuler dans le pays en tenue militaire comme s’ils effectuaient des patrouilles. Les aspirants soldats ont été vus, ces derniers jours, en train de diriger la circulation et de balayer les rues. Malgré les ordres répétés du gouvernement, les aspirants soldats attendent que Martelly honore sa promesse de campagne de rétablir les forces armées, abolies en 1995, à cause de leurs abus contre les droits de la personne. Ils veulent aussi diriger une force intérimaire jusqu’à ce que le président rétablisse officiellement l’armée. Des diplomates en poste à Port-au-Prince se sont opposés au rétablissement de cette armée, estimant que l’argent serait mieux investi s’il était consacré à la police nationale et à la reconstruction post-séisme. Les haïtiens en treillis sont devenus une source d’embarras pour le gouvernement haïtien et pour les Nations Unies. Leur présence rappelle aux Haïtiens de douloureux souvenirs de milices privées au service de certains gouvernements précédents, les célèbres et sinistres « tontons macoutes ».
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