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Entré comme cadet à 12 ans dans l’armée prussienne, Carl von Clausewitz est soldat jusqu’à la fin de sa vie. Sa carrière militaire coïncide avec les guerres de la Révolution et de l’Empire de 1793 à 1815. Il la juge toutefois décevante, n’ayant jamais occupé un commandement de premier plan. Après 1818, Clausewitz se consacre à l’écriture de son grand livre, De la guerre, dont l’ambition est de provoquer une véritable « révolution dans la théorie » militaire. Pour le stratège prussien, l’art de la guerre repose avant tout sur l’identification du type de guerre auquel on a affaire : guerre « à but absolu » visant à abattre l’ennemi ou guerre limitée débouchant sur l’« observation armée » ? De l’établissement du bon diagnostic dépendent le choix des armes et la détermination du but politique. Cette recommandation a eu un certain écho après le 11 septembre 2001, lorsque George W. Bush a lancé une « guerre contre le terrorisme ». Il est en effet apparu que l’on ne pouvait pas répondre avec les moyens de la guerre classique à un conflit qui n’avait rien de conventionnel.
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La guerre chez Clausewitz
Clausewitz pose le principe de la subordination, en toutes circonstances, du militaire au politique. Dans cette perspective, la guerre devient un acte rationnel et
parfaitement maîtrisé à condition que le politique remplisse ses responsabilités. Il existe donc, chez Clausewitz, une continuité du temps politique que la guerre n’altère pas.
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La guerre en tant qu’acte social Clausewitz dans son œuvre établit une claire distinction entre ce qui relève des fins et ce qui relève des moyens. Le stratègiste prussien considère que la guerre appartient à la catégorie des moyens dont dispose le politique pour réussir à atteindre ses objectifs. La guerre n’est pas une fin en soi et sa seule existence se justifie par la fin qui lui est assignée. La guerre est un acte politique et social elle n’est pas un simple acte technique, sa finalité lui donne tout son sens. Le penseur prussien s’intéresse avant toute chose aux rapports existant entre les fins de la guerre et la manière dont celle-ci est conduite. Selon Clausewitz : «La guerre n’est en aucun cas un acte autonome et […] ne peut être séparée de la vie politique […]. La politique envahit toute l’action militaire, exerçant sur elle une influence continuelle.» Même s’il ne s’interroge pas sur le fondement moral de la guerre, Clausewitz recherche le lien hiérarchique entre la guerre et la politique et sa conclusion est claire : «La guerre est une branche de l’activité politique […] la guerre est un instrument politique.» Et de conclure : «La guerre est simplement la poursuite de la politique par d’autres moyens.» Conduire la guerre La décision de recourir à la guerre ne peut être que politique. Mais la maîtrise de la guerre est aussi politique car elle ne peut trouver sa légitimité que dans la décision politique. Sauf, comme ce sera le cas avec Ludendorff plus tard, à dénaturer la hiérarchie en aucun cas le politique ne peut être subordonné au militaire. Dans ce cas, le politique serait mis au service du militaire jusqu’à en devenir un simple instrument subordonné à la stratégie militaire. Une vision complètement fausse que les nazis mettront en œuvre de 1933 à 1945. «Subordonner le point de vue politique au point de vue militaire serait absurde puisque c’est la politique qui a créé la guerre. Le politique est le guide raisonnable et la guerre simplement l’instrument, pas l’inverse ; il n’y a pas d’autres possibilités que de subordonner le point de vue militaire au point de vue politique.» La guerre ne dispose donc pas d’une logique qui lui soit propre puisque elle est subordonnée aux objectifs définis par le politique. Son efficacité se juge à l’aune de des résultats obtenus compte tenu des objectifs assignés. Gagner une guerre n’a de sens qu’en fonction des objectifs initiaux. Clausewitz pose un axiome d’une étonnante actualité : «Il ne peut être question d’une évaluation purement militaire d’un problème stratégique, ni d’un plan purement militaire pour le résoudre.» Les devoirs du politique Le politique bénéficie donc du privilège de décider de la guerre mais il a aussi le devoir d’en définir les finalités, le caractère et les moyens car la guerre n’est un instrument rationnel au service de l’Etat que si et seulement si il sert un objectif clairement défini par le politique. A ce titre, la destruction des forces ennemies, l’élimination des capacités stratégiques adverses ou la défaite morale de l’ennemi ne sont pas des objectifs en soi ce sont des moyens au service de la volonté politique. La violence qui accompagne la guerre doit donc être rationnelle car elle est contenue dans les limites que le militaire s’est vu assigner par le politique. Le politique décide aussi du volume des moyens nécessaires à la réalisation des objectifs qu’il s’est assigné. La continuité chez Clausewitz Si le politique fonde la guerre, alors chez Clausewitz il n’existe pas de rupture du processus politique quand une guerre commence. La politique est préexistante à la guerre, elle vit pendant celle-ci et après la fin des hostilités. «La guerre ne suspend pas le déroulement de la démarche politique et ne la change nullement en quelque chose de différent ; elle continue, quels que soient les moyens qu’elle emploie. Les lignes directrices qui dirigent et contraignent le cours des événements militaires sont des lignes politiques qui se poursuivent à travers la guerre jusqu’à la paix qui en est la conséquence.» On a retrouvé un exemplaire annoté de De la Guerre dans la cachette d'al-Qaïda à Tora Bora. Le monde Diplomatique, novembre 2009, « Surprenante souplesse tactique des Talibans en Afghanistan », p. 8-9.
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH
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