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A lire: la biographie de Jean Anouilh de Anca Visdei.

                                               

Extrait
Au commencement...

Le premier Anouilh dont j'ai trouvé trace s'appelait Pierre. Il était né le 10 octobre 1799 à Cérizols dans l'Ariège. Cultivateur, marié à une cultivatrice, il eut pour héritier Julien Anouilh, marchand-tailleur établi à Bordeaux, grand-père paternel de Jean Anouilh. Son fils Gaston, tailleur-coupeur bordelais, né le 30 octobre 1874, père du dramaturge, épouse le 19 janvier 1899 Marie-Magdeleine Soulue, née le 21 juin 1879. Le père de celle-ci, originaire de Peyrehorade, était «tailleur d'habits». Sa mère, Marie-Blanche Naud, était née à Bordeaux le 14 juillet 1859.
Une grand-mère maternelle née le 14 juillet ! Et une grand-mère qu'Anouilh aura bien connue car il avait déjà seize ans lors de son décès, voilà ce qui a dû amuser Jean Anouilh qui choisira, pour première scène de ses deux scénarios de Caroline chérie, précisément ce 14 juillet, l'anniversaire du personnage de Cécil Saint-Laurent. Plus tard également, une de ses pièces, largement autobiographique, Les Poissons rouges, se déroulera le jour de la fête nationale.
Une ascendance de tailleurs sur deux générations. Anouilh revendiquera toute sa vie son appartenance au monde des artisans.

Photo de la tribu Anouilh à l'orée d'un siècle. Extérieur, jour. Un bocage, dix adultes debout, quatre enfants assis et un bébé dans les bras de sa mère. Le nouveau-né, c'est Jean Anouilh. La belle saison de 1910 : des femmes en robes blanches, les hommes caparaçonnés dans leurs cols durs et leurs vestes foncées, moustaches. Les plus âgés portent des panamas clairs et des barbes. Julien et Gaston Anouilh, tailleurs à Bordeaux. Un spécimen de facture confirme en en-tête : G. Anouilh Fils Marchand tailleur-Draperie Haute nouveauté, 31 Cours Portai, Bordeaux.
Sur la vieille photo, la grand-mère Anouilh, la mère, les tantes, toutes coiffées de chignons 1900 : amples et romantiques. La tante Odette, la plus belle, celle qui amenait le petit Jean à la mer et subissait ses caprices de «veux voir la mer» à «plus voir la mer», avec son profil de camée qu'elle offre fièrement au photographe, tient élégamment un maillet de cricket.
Derrière la mère, joliment bien en chair, le père d'Anouilh, très mince, s'effaçant volontairement devant l'épouse souriante, enrobée, qui porte un joli paquet de tissus blancs, robe et petit chapeau, emmaillotant le bébé. Les enfants plus âgés, assis par terre devant les adultes, sont protégés du soleil par des chapeaux de paille entourés de rubans. L'uniforme dont plus tard l'auteur Anouilh affublera tous les Toto et autres Marie-Christine, les enfants de ses pièces.
Assise en tailleur, on remarque la soeur d'Anouilh, Geneviève, de huit ans son aînée, premier enfant du couple Anouilh. Jean et Geneviève auront une grande affection l'un pour l'autre et ceci jusqu'à la mort de la soeur d'une embolie, dans les années cinquante.
Des gens élégants sans ostentation, très soignés, un peu figés dans la pose, un jour de soleil et de fête. Un instant, en raison de la mise à quatre épingles des protagonistes et de l'âge du bébé, un nourrisson, j'avais penché pour une photo de baptême, mais un document découvert ultérieurement, le certificat de première communion daté de 1921, situe le baptême de Jean Anouilh le 11 décembre 1910 sans en donner pour autant le lieu.
La légende familiale des Anouilh, confirmée par le livre de souvenirs écrit par l'une de ses filles, raconte qu'il aurait été dédié à la Vierge et que, enfant, il était souvent habillé de bleu et de blanc. D'ailleurs son deuxième prénom était Marie.
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