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Introduction par A.A.Upinsky, professeur d’épistémologie.
La stratigraphie, base de datation géologique, a été fondée au XVII siècle sur les trois fameux principes posés par Sténon : superposition, continuité, horizontalité originelle. Ces trois principes étant eux-même tirés d’un postulat de sédimentologie : « les couches du sous-sol sont des strates d’anciens sédiments successifs« .
La stratigraphie est donc, par construction, tributaire des acquis de la sédimentologie. Autrement dit une remise en question des fondements de la sédimentologie constitue nécessairement une remise en question de la stratigraphie et par voie de conséquence, la datation géologique. Aujourd’hui, c’est ce processus de remise en question qu’on enclenché les observations et les travaux de sédimentologie réalisés en laboratoire par le sédimentologue et polytechnicien Guy Berthault.
D’observations en observations, d’expériences en expériences, Guy Berthault a constaté puis vérifié que le modèle stratigraphique de Stenon ne répondait pas aux données de l’expérience car il avait « oublié » la variable majeure de la sédimentologie : le courant avec ses effets chronologiques. Le processus sédimentologique se décompose, en effet, en trois phases – l’érosion, le transport et dépôt de sédiments – le courant liquide étant le vecteur du transport. La stratigraphie de Sténon ne prend en compte que la troisième phase de sédimentologie – le dépôt – en supposant implicitement la vitesse de courant nulle. Guy Berthault, réétudiant analytiquement, en laboratoire, les observations macroscopiques faites sur la Baie de Naples par J. Walther à la fin du XIX siècle, a repris la genèse des sédiments à zéro. Il a procédé en environnement liquide dynamique et non-statique. Il a simulé la constitution de couches de sédiments générés à vitesses variables à partir de différentes granulométries différenciées. Le modèle dynamique auquel il est parvenu, a généralisé le constat établit par J. Walther sur la Baie de Naples. Il réduit la stratigraphie de Sténon au cas particulier de la vitesse de transport nulle dans un milieu dans lequel il n’y a ni courant ni provenance de sédiments explicable, puisqu’il faut bien un courant minimum pour justifier le transport des particules du lieu d’érosion au lieu de sédimentation. Guy Berthault réintègre la chronologie des courants dans le champ des investigations scientifiques indispensables pour modéliser l’ensemble des enchaînements solidaires de la sédimentologie, de la stratigraphie et de la datation géologique. Intégrant les deux termes de la chaine il fonde ainsi la paléohydraulique comme nouvelle approche de la datation géologique.
En complément, constatant que la datation ne saurait faire l’économie d’une approche globale interdisciplinaire, l’auteur fait référence, d’une part, à des mesures de datation radiométriques la datation des mesures de roches éruptives reconnues aberrantes par rapport aux dates d’éruption. Il en donne la raison. D’autre part, à une récente publication dans le Bulletin du Muséum d’histoire naturelle de Paris sous le titre « Une cause probable dees grands déplacements des pôles terrestres » engendré par la surrection de l’Himalaya. Si cette hypothèse est vérifiée, elle conduira à un modèle explicatif de grandes transgressions et régressions des océans.
Après les publications et notes de Guy Berthault aux comptes-rendus de l’Académie des sciences, le débat est ouvert. Il encore difficile de savoir jusqu’où nous conduiront les répercussions, en stratigraphie et en datation géologique, de ses nouvelles découvertes et celles des chercheurs qu’il convie à s’engager dans cette voie prometteuse. Mais un point est acquis, au regard des nouvelles découvertes de la sédimentologie expérimentale de Guy Berthault, le postulat et les principes postulés par Sténon au XIIème siècle n’apparaissent déjà plus que comme des interprétations, à repasser systématiquement au crible des données de l’observation et des résultats de laboratoire.
À l’invitation de Jean Piveteau, président de l’Académie des sciences et Georges Millot, président de la Société géologique de France, c’est à une véritable refondation scientifique de la sédimentologie, de la stratigraphie et de la datation géologique que Guy Berthault convie aujourd’hui la communauté scientifique.
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