Informations et rèinformations.Des conseils de lecture.
"[...] J'ai toujours condamné fermement et absolument ce que font ces individus au nom de ma religion. [...] Tous les processus de mise en avant des condamnations, des clarifications, sont bons à prendre. Tout dépend ensuite du message que l'on fait passer lors de ces mobilisations. C'est bien beau de descendre dans la rue, mais encore faut-il ensuite livrer une analyse claire et constructive. [...] Lorsqu'on prend position sur le plan éthique, moral, il faut faire très attention à ne pas prêter le flanc à un positionnement politique flou. Lorsqu'on condamne de tels actes de barbarie, on se doit de chercher les responsabilités. Je n'ai pas à cautionner l'attitude d'États qui instrumentalisent cette affaire tout en disant travailler pour la liberté des peuples. La politique américaine dans la région, et même la politique européenne, n'a jamais été très soucieuse ni très respectueuse de la liberté des peuples. La France ne peut pas crier qu'elle se bat pour la liberté aussitôt que l'un de ses concitoyens est tué, alors que toute sa politique au Moyen-Orient ne s'est jamais préoccupée de la liberté des peuples. Tout à coup, ça devient notre affaire en Occident, d'aller faire justice là-bas... À aucun moment, ma condamnation ne voudra signifier la justification d'une telle politique d'instrumentalisation. Les États-Unis ont leur part de responsabilité dans le délitement de la société irakienne. Le manque d'intervention des Américains comme des Européens, des Russes comme des Chinois lors des débuts de la résistance syrienne a aussi provoqué ce que l'on est en train de voir maintenant. Prendre position contre Daesh en Syrie et en Irak, contre al-Qaida partout dans le monde, je suis d'accord, mais à condition de reconnaître que les innocents qui en sont victimes ne sont pas seulement les otages occidentaux, mais aussi toutes les victimes du monde arabe.
Vous parlez d'un travail urgent de clarification à effectuer. Et notamment autour de la notion de djihad...
Cet appel au djihad, tel qu'on le voit aujourd'hui - il est important de le répéter -, ne correspond strictement à rien dans le Coran.Aujourd'hui, le meilleur djihad pour un Français de confession musulmane, c'est d'être un citoyen dans son pays, de se battre pour faire régner la justice et de demander au gouvernement de respecter les individus à la lumière de ce que ses propres valeurs lui disent. On ne fera aucune distinction de genre, de sexe, de couleur, de religion. Je crois qu'il y a un vrai djihad de la citoyenneté active à mener : être la voix des sans-voix au coeur de l'Occident. Mais de façon noble, digne, solidaire. [...]"
Comme le demande Bernard Antony, Tariq Ramadan est-il prêt à reconnaître le droit à la liberté religieuse, dans les pays arabes comme en France, c'est-à-dire, au-delà du droit des chrétiens à vivre leur foi dans un pays majoritairement musulman, le droit pour un musulman de se convertir au catholicisme.