L’entretien vidéo avec Christian Vaneste que nous avons publié sur notre site a fait le tour de la media sphère. Il a fait plus de buzz sur internet que l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy !

Dans le même temps, nous avons reçu des centaines de commentaires ou plus exactement d’injures, évidement anonymes, pour avoir publié cette vidéo.

Bien entendu nous n’avons mis en ligne aucun de ces commentaires. Ils n’entrent pas dans nos règles de modération du site que chacun peut lire.

L’ampleur de cet événement médiatique dont nous sommes indirectement la cause nous a valu de nombreuses questions. Ayant fermé nos commentaires, je réponds aux questions légitimes.

Pourquoi avons-nous diffusé cette vidéo ?

Nous ne sommes pas naïfs au point de croire que les déclarations de Christian Vanneste ne susciteraient pas de réactions.  Mais nous n’avons rien prémédité. Cette vidéo a été mise en ligne le 10 février. BFM nous a demandé de la retransmettre en partie le 14. Cette vidéo étant publiquement diffusée sur notre site nous n’avions pas de raison de refuser une diffusion plus large. Mais il n’y a eu aucune concertation sur la date.

Nous traitons semaine après semaine un certain nombre de dossiers de fond sur les enjeux et les débats de la campagne présidentielle. C’était le tour cette semaine du dossier famille. L’entretien avec Christian Vanneste était prévu de longue date dans le cadre de ce dossier. Christian Vanneste est en effet président de l’association Famille et Liberté. C’est à ce titre que nous l’avons contacté.

Pourquoi avoir ouvert ce débat avec lui ?

La question du mariage homosexuel fait partie des débats de la campagne. Christian Vanneste est agrégé de Philosophie, il est connu pour ses positions. Dans le contexte ambiant, elles sont provocatrices, mais elles sont argumentées. Faut-il pour cette raison l’interdire de micro ?   

Fallait-il le censurer, le protéger contre lui-même ?

De quel droit devrions-nous censurer Christian Vanneste ? Nous sommes libres, lui aussi. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Antoine Besson a fait son travail de journaliste. Il lui a posé une question  sur le mariage homosexuel. Nous l’avons reproduite intégralement, sans censurer ses propos.

Etes-vous d’accord avec lui ?

A la même question, nous n’aurions pas répondu comme Christian Vanneste. Nous estimons que même si l’homosexualité est le signe d’un certain narcissisme il peut y avoir une certaine forme d’altérité et d’amour de l’autre même s’il n’est pas ouvert à la fécondité dans  de nombreux couples homosexuels ; d’où leur frustration au regard du désir d’enfant. Comme le dit d’ailleurs Christian Vanneste, le narcissisme est un signe des temps. Beaucoup de couples hétérosexuels sont eux aussi très narcissiques. Dans sa réponse, en effet, Christian Vanneste  évoque la question du narcissisme : l’attirance pour le même et l’amour de soi-même, le refus de l’altérité.  L’homosexualité est pour lui caractérisée par le refus de l’altérité sexuelle. On pourrait évidemment dire la chose de manière plus positive : c’est un désir du même sexe. Mais reconnaissons que M de Lapalice ne l’aurait pas démenti. Cela relève du principe d’identité : A est A. Puis il cite Oscar Wilde et le portrait de Dorian Gray pour dire que ce narcissisme est un trait de notre époque. « On est tous narcissique», dit-il. Même les politiques et les hommes des médias en sont atteints, constate-t-il. En quoi cela stigmatise les homosexuels ? Pourquoi les homosexuels seraient-ils les seuls à ne pas être narcissiques ?

Puis, ajoute-t-il, comme nous sommes dans une société médiacratique où les médias sont au pouvoir, « il y a un renversement du poids de l’homosexualité dans la société…Elle est au cœur du pouvoir, a un rôle qui n’a rien avoir avec celui qu’elle joue dans la population ».  Où est l’insulte ? Est-ce le fait de parler de l’homosexualité quand on ne l’est pas qui est une insulte ?

Jusqu’ici il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Mais cela se corse un peu après. Christian Vanneste reproche aux lobbies  d’être maîtres dans la « déformation systématique des faits » et de « faire prendre des vessies pour des lanternes ».

Il cite quelques exemples : la déformation des chiffres du nombre des familles homoparentales.  Certains lobbies l’évaluent à 300 000. L’INED n’en compte que 20 000. Il pointe aussi ce qu’il considère comme une légende : celle de la déportation des homosexuels. Christian Vanneste rappelle qu’Himmler avait un compte à régler avec les homosexuels. Tout le monde le sait. Eric Zeimour dans sa chronique sur RTL évoque « les Damnés », le  film de Visconti, où les SS assassinent les SA à la fin d’une nuit d’orgie restée célèbre dans l’histoire sous le nom de « Nuit des Longs Couteaux ».

Le député du Nord  reconnaît en outre la déportation d’homosexuels en Allemagne. Persécutions qui n’ont pas existé en France. S’agit-il de négationnisme ?  Serge Karlsfeld lui-même affirme que « non » et vient au secours de Christian  Vanneste comme le rapporte Nouvelle de France : «  En Allemagne oui, mais pas en France. Les lois allemandes n’ont pas été étendues à d’autres pays. Il n’a jamais été question de déporter des homosexuels français. Je n’ai jamais entendu dire que l’on arrêtait des gens parce qu’ils étaient homosexuels. »

Mais Christian Vanneste touche à un grand tabou : l’homosexualité de beaucoup d’intellectuels « collabos » pendant la guerre et, crime des crimes, il évoque l’homosexualité d’Abbel Bonnard, Ministre de l’Education et de la jeunesse du Maréchal ! Fallait-il le dire ? Mais si c’est dit, en quoi est-ce faux ? En quoi cela touche-t-il à la dignité des homosexuels ? Est-ce parce cela met certains d’entre eux du côté des bourreaux ? Personne ne leur demande de faire repentance comme l’a fait l’Eglise.

 « Tout cela demande à être repensé avec beaucoup plus de réalisme et de respect des personnes. » ajoute Christian Vanneste. Et au nom de quoi le député n’a-t-il pas le droit de poser la question : « quel est le type de comportement et l’intérêt de la société ? » « Ce rapport est faible » dit-il.  Suit un développement sur l’intérêt de l’enfant. Une question que l’on doit, en effet, se poser ?

Enfin, sur le mode philosophique, il déclare « le mariage homosexuel, non l’homosexualité, est une aberration anthropologique » car, ajoute-t-il,  elle va à l’encontre de la clef même de l’humanité qui est le choix de l’autre… l’échange ». Celui de l’autre sexe, celui de l’enfant. On peut ne pas être d’accord avec cette affirmation. Mais alors il faut argumenter et il ne suffit pas de crier sa haine.

Que ces propos déplaisent à certains. Qu’ils ne soient pas d’accord, soit. Mais pourquoi ne leur répondre qu’avec des mots d’insultes, sans autre argument que l’injure, la menace, la négation des évidences, des mots de haine. Où est la tolérance, l’humanisme, la culture, le respect de l’autre ?

Quelles conclusions tirer de ce déferlement de haine ?

a) L’impression comme le dit François Martin ici même et Ivan Roufiol dans sa chronique du Figaro du 17 février dont nous reproduisons ici même un passage en revue de presse que les préoccupations de la France d’en haut ne sont pas celles de la France d’en bas.

b) Que le malaise de ceux qui réagissent aux propos de Christian Vanneste avec une telle violence est inquiétant. La violence est toujours le signe d’un conflit intérieur. Le narcissisme est la caractéristique de notre époque dit Christian Vanneste. A l’évidence, le mal être d’un trop grand nombre aussi.

c) Enfin la classe politique est dans cette affaire largement à l’image de ce que dit le député du Nord.  Incapable de prendre de la hauteur, dominée par des réflexes conditionnés, éruptives comme les médias et finalement aussi narcissique que le dit Christian Vanneste.

d) Quant à nous, cela nous convainc de l’importance d’ouvrir des débats de société, de libérer la parole. La souffrance d’une minorité d’homosexuels ne peut être ignorée. Les problèmes des Français non plus. Car si  « nous sommes tous narcissiques » comme le prétend Christian Vanneste, il n’y a pas non plus que les homosexuels qui souffrent. Des millions de Français, de familles, d’enfants, souffrent en silence sans avoir accès aux médias et cela est encore bien plus inquiétant que la colère de ceux qui crachent leur haine au visage de Christian Vanneste et de ceux qui ne pensent pas comme eux.  Leur cri ne nous est pas indifférent. Mais il y aussi les autres.

e) La clef de l’humanité est bien l’ouverture à l’autre…comme le dit Christian Vanneste.