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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 08:22

Légitimité et royalisme, par Guy Augé

LA LÉGITIMITÉ, OU L’OBÉISSANCE LIBRE (1977)

S’il est une constante dans nos sociétés modernes, c’est bien le mépris du citoyen envers les représentants du pouvoir démocratique ; pouvoir auquel ils sont pourtant contraints d’obéir servilement au nom d’un légalisme justifié par le nombre ou l’opinion. Par contraste avec l’obéissance libre traditionnelle, un Tocqueville déplore : « Quelque soumis que fussent les hommes de l’ancien régime aux volontés du roi, il y avait une sorte d’obéissance qui leur était inconnue : ils ne savaient pas ce que c’était que se plier sous un pouvoir illégitime ou contesté, qu’on honore peu, que souvent on méprise, mais qu’on subit volontiers parce qu’il sert ou peut nuire. Cette forme dégradante de la servitude leur fut toujours étrangère [...] Pour eux, le plus grand mal de l’obéissance était la contrainte ; pour nous, c’est le moindre. Le pire est dans le sentiment servile qui fait obéir.(1) ». Seule la légitimité permet l’unité de peuples différents dans l’honneur et le respect de leurs libertés.

Table des matières

(1) Alexis de Tocquevillle, L’Ancien régime et la Révolution, Livre 2, Chap. IX.

(2) L’article suivant, ici publié par VLR, est de Guy Augé, « Légitimité et royalisme », La légitimité, No13, Décembre 1977.

La légitimité, ou la transcendance en politique, ou l’autorité obéie librement

L’idée de légitimité répond au double souci de justifier le droit au commandement des gouvernants, et le devoir d’obéissance des gouvernés. D’une certaine manière, comme le pensait Ferrero [1], elle est une exorcisation de la peur réciproque des dirigeants et des dirigés, une sorte de purification du pouvoir qui, une fois légitimé, se distingue de la force nue. Consacrant le titre au commandement du chef, la légitimité exprime pareillement, dans un mouvement réciproque, la subordination de ce chef au principe supérieur qui l’investit.

Ce n’est pas le consentement du peuple qui fonde la légitimité du pouvoir, contrairement à ce qu’affirment les démocrates ; c’est parce qu’il existe un pouvoir légitime que ce consentement lui est acquis, et qu’il peut exercer paisiblement ses prérogatives, en obligeant les consciences.

De même, et contrairement à ce que pensent les tenants d’une « théocratie royale », ce n’est pas le sacre qui fonde la légitimité : c’est parce qu’il préexiste un roi légitime que l’onction le consacre et le déclare à la face du monde dans sa relation de déférence envers la source divine de l’autorité. En France en effet, dans la doctrine de la monarchie « statutaire », telle qu’on la dégage à partir des XIVe-XVe siècles sous les Valois, le sacre n’était pas constitutif de la royauté.

Le légitimisme est l’expression historique la plus ancienne de la recherche d’un pouvoir monarchique justifié, enté sur la légitimité. Originairement, le concept de légitimité fut lié à l’essence même de la tradition monarchique chrétienne.

Survol historique de la légitimité

L’Antiquité païenne, s’il lui était arrivé, parfois, de pressentir l’importance du problème, n’avait jamais eu vraiment les moyens de le résoudre. L’État antique ne reconnaissait au-dessus de lui aucune autorité capable de le retenir sur la pente de la tyrannie : le pouvoir s’y confondait avec la force de l’homme chargé de l’exercer, et, s’il était indigne, se trouvait profané avec lui. [Cependant, la problématique entre autorité, pouvoir etobéissance était déjà posée, comme en témoigne l’Antigone de Sophocle au Ve siècle avant J.C (Note de VLR)]

L’Église chrétienne sut, la première, dissiper cette confusion ; dans sa doctrine médiévale du « ministère royal », elle distingua entre la « fonction » et l’« homme » qui s’en trouvait revêtu, ce qui revenait à « institutionnaliser » la monarchie (ou la Couronne).
Un célèbre canon du huitième concile de Tolède, au milieu du VIIe siècle affirmait
:

Autrement dit, l’obéissance ne va pas à un individu ou à un régime, mais au bien commun qu’ils ont pour mission de poursuivre, c’est-à-dire, finalement, à Dieu en qui ce bien s’enracine puisque tout pouvoir vient de Dieu. Et c’est Dieu qui oblige en conscience.

Mais, d’emblée, quelques remarques s’imposent.

  • D’une part, l’apport chrétien à la théorie de la légitimité s’est manifesté selon des théologies et des philosophies variées — il y a loin de l’augustinisme politique au très abouti thomisme — et dans une civilisation plus unanimement cimentée que la nôtre par la foi religieuse.
  • D’autre part, la chute de la royauté capétienne, les nouveaux régimes qui se sont succédés, les divisions intestines des monarchistes qui en furent la conséquence, l’apparition d’un « parti légitimiste », l’éclatement de la chrétienté, la résurgence sociologique d’un concept de « légitimité politique relativisé », ont quelque peu obscurci les choses et nécessiteraient de nouvelles réflexions sur le sujet.
Deux conceptions opposées de la souveraineté

La force admirable de la légitimité royale chrétienne telle que l’avaient conçue, somme toute, les doctrinaires de l’augustinisme politique, reposait

  • non seulement sur une vision cléricale de l’univers, où le temporel se subordonnait au spirituel, où la raison blessée s’en remettait entièrement à la Révélation, où la grâce soumettait la nature comme la Cité de Dieu intégrait la cité des hommes,
  • mais encore sur la communauté de foi entre gouvernants et gouvernés, sur cette manière de « communication de l’intérieur » qui rendait possible la loyauté confiante des sujets autant que le sens des responsabilités chez le Prince, comptable sur son salut éternel du destin de ses peuples.

Cette communauté de foi entre le monarque et ses sujets a longtemps survécu aux premiers essais de théocratie et de sacerdotalisme ; elle a permis l’extraordinaire prestige du Roi, ainsi que le capital de confiance dont il était entouré.

Plus tard, la perte de la communauté religieuse, les progrès du scepticisme, ont fait substituer aux freins moraux internes de naguère des mécanismes et des automatismes externes de type constitutionnel.

Seulement, entre temps s’était développée, puis épanouie à l’époque moderne une théorie de la souveraineté (mal connue ou totalement ignorée du Moyen-âge). Celle-ci fut portée à son paroxysme à la faveur de la Révolution française. Alors que la souveraineté royale, même aux plus beaux jours de l’absolutisme bourbonien, restait un moyen au service du bien commun, et n’avait jamais prétendu trouver en elle-même sa propre justification, la souveraineté nationale nouvelle, posée comme expression d’une « volonté générale » de type plus ou moins rousseauiste, faisait triompher le positivisme juridique. Le peuple devenait un souverain qui n’avait nul besoin d’avoir raison pour valider ses actes, et dont la volonté seule créait la loi.

On s’ingénia, certes, à limiter, à borner (au moins dans un premier moment) les prérogatives de l’exécutif à travers le dogme de la séparation des pouvoirs ; mais on laissait sans aucun contrepoids de principe la puissance législative souveraine. Et cela, quoiqu’on ait pu dire, constituait bien davantage qu’un simple changement sur le titulaire de la souveraineté : c’était une mutation fondamentale du concept lui-même, la porte ouverte au totalitarisme. Car le tyran de naguère pouvait bien s’arroger en fait la toute-puissance : il trouvait toujours en face de lui quelque Antigone pour lui rappeler l’existence de principes supérieurs ; au contraire, le souverain du nouveau régime issu de laRévolution émet cette prétention formidable d’être non point canal ou interprète du droit, mais source de tout droit, de toute justice, de toute légitimité. Selon la forte formule de Jean Madiran :

Peu importe qu’ensuite le totalitarisme ait varié, s’incarnant tantôt dans une assemblée collective, tantôt dans un chef charismatique plébiscité, ou que la nature des choses et la force des traditions lui aient opposé quelques obstacles : la prétention révolutionnaire subversive demeurait.

Pour faciliter les choses, il s’est trouvé qu’on a lié, assez arbitrairement du reste, la technique de représentation électorale et de votation majoritaire à la nouvelle souveraineté populaire. Ces rapprochements n’avaient rien de nécessaires.

  • Ils eussent certainement choqué les Athéniens contemporains de Périclès pour lesquels seul le tirage au sort exprimait l’égalitarisme démocratique, tandis que l’élection ressortissait à l’aristocratie !
  • Quant au vote majoritaire il avait été redécouvert par les clercs du Moyen-âge à titre de simple expédient, pour échapper aux inconvénients graves de l’indécision et à la nostalgie unanimiste. On ne prétendait pas, ce faisant, que l’addition des voix désignât raisonnablement le meilleur ; le procédé n’avait rien de parfait ; on le savait empirique et grossier, et l’on entendait volontiers la maior parscomme devant être la sanior pars, une majorité plus qualitative que quantitative [3].
  • De même, l’idée ancienne de représentation politique et sociale (qui a beaucoup évolué à travers l’histoire de notre Occident), n’était pas liée à un rite électoral [4]. Le Roi héréditaire, le curé ou le seigneur du lieu pouvaient aussi bien représenter le populus que le député élu du bailliage.

Le lien contemporain entre élection et représentation n’a pas de fondement rationnel ; quant à la sacralisation du principe majoritaire conférant à la moitié plus un des suffrages exprimés une valeur d’oracle, ce n’est pas du mysticisme, c’est de la mystification (René Gillouin). Et alors, de deux choses l’une :

  • ou bien l’on prend au sérieux cette mystification et elle mène en droite ligne à la plus abominable des tyrannies, celle qui contraint les âmes et que l’époque contemporaine a eu le privilège de tester ;
  • ou bien on retombe sur un expédient arithmétique dérisoire chaque fois qu’il s’agit de prendre une décision fondamentale.

La prétendue solution démocratique, dont se gargarisent à l’envie nos actuels politiciens, ne sait qu’osciller entre cette difformité et cette infirmité.

Impossible, par conséquent, de ne pas ressentir l’échec, l’incomplétude, la vanité — et aussi le perpétuel danger — de la nouvelle « légitimité » populaire : chaque campagne électorale, si besoin en était, nous le rappellerait par d’instructives leçons de choses.

Le retour en grâce de la légitimité

Or, assez curieusement, le souci de légitimité est revenu à l’honneur.

  • Le droit constitutionnel de nos successives républiques l’avait pourtant soigneusement banni de son vocabulaire : n’était-il pas contaminé de royalisme (et de la pire espèce !) depuis Talleyrand, depuis 1830, depuis le Comte de Chambord ? Le mot ne faisait-il pas horreur aux démocrates précisément parce qu’il évoquait une zone de vérités qui aurait pu s’imposer même au peuple, défini par hypothèse comme l’oracle souverain de la vérité ?
  • Les royalistes eux-mêmes, gagnés qu’ils étaient à la cause des princes d’Orléans, ne tenaient pas tellement à s’y risquer, sentant bien que ce terrain serait branlant.

Mais une sorte de besoin existentiel, si l’on ose dire, a remis à jour cette vieille et complexe notion. Ce furent d’abord les sociologues allemands de l’entre-deux guerres (Max Weber) qui s’y intéressèrent, puis des historiens (Guglielmo Ferrero) et enfin, en France, à travers le double drame de Vichy et de l’Algérie, De Gaulle et ses fidèles. Comme toujours (spécialement à droite), on commença par ironiser. Puis on se mit à y réfléchir. Le sujet reste largement en friche. Il concerne au premier chef les politologues et les royalistes. Ceux-ci semblent y revenir, Pierre Boutang fut un précurseur dès l’époque de la Nation française, avec le sociologue Jules Monnerot ; puis, un Gérard Leclerc à la NAF se montre sensible à certains aspects de la question. Elle vaudrait certainement qu’on la creuse davantage que ne l’a fait Philippe de Saint-Robert. Où en sont donc, à cet égard, de façon plus générale, les royalistes, et comment se situer par rapport à eux ?

Légitimité et royalisme

Le devant de la scène reste occupé par les orléanistes, bien que cette étiquette, un rien polémique et vieillie, ne soit que partiellement adéquate et ne traduise pas assez le renouvellement des idées qu’elle connote.

L’orléanisme a des origines lointaines. Les renonciations imposées par l’Angleterre au traité d’Utrecht de 1713 préparaient ouvertement les revendications dynastiques de la branche cadette aux dépens de la postérité du petit-fils de Louis XIV devenu Philippe V d’Espagne [5]. Il est bon à cet égard de rappeler les termes d’une réponse de Lord Bolingbroke, négociateur anglais, au marquis de Torcy, l’envoyé de Louis XIV, qui objectait l’indisponibilité de la Couronne et la pérennité des Lois fondamentales françaises [6] :

Mais ce qui aurait pu ne rester qu’une médiocre intrigue dynastique stimulée par des influences étrangères, a revêtu l’allure d’un grand schisme en rencontrant cette ligne de faille de l’histoire de France qu’est la Révolution. Désormais, les querelles personnelles ou les ambitions de cadets allaient s’hypostasier en un différend doctrinal pour ou contre « les principes de 89 », pour ou contre la légitimité nouvelle.

À l’instar du bonapartisme, encore que de façon, très différente,l’orléanisme c’est la Révolution [8]. Révolution orléaniste libérale, arrêtée en sa première phase peut-être, « quasi-légitimité » armoriée d’une couronne, cautionnée par des princes réputés « bleus » ou même « rouges » ? — Révolution néanmoins, spécialement au regard de la tradition monarchique puisque poussée jusqu’au régicide assumé, jusqu’à l’usurpation glorifiée, jusqu’aux « principes de 89 chéris », jusqu’à la banalisation bourgeoise de l’institution royale.

Le légitimisme, au contraire, a toujours incarné la loyauté traditionnelle, celle qui refuse de saluer la Révolution comme l’aube radieuse d’un irréversible progrès de notre Histoire. La filiation est nette : les légitimistes procèdent de l’ultracisme, de l’école catholique contre-révolutionnaire, de l’« intransigeance » du Comte de Chambord. Nul n’ignore la thèse répandue à leurs dépens par la majorité des royalistes contemporains (et reprise sans beaucoup d’esprit critique par des historiens du XIXe siècle) :

  • À cause de leur aveuglement réactionnaire, les légitimistes auraient bloqué les possibilités de restauration entre 1848 et 1873.
  • En tant que mouvement politique distinct, ils se trouvèrent ensevelis sous les plis de leur drapeau blanc à la mort d’Henri V en 1883, et il serait malhonnête, contraire à l’intérêt royaliste, de prétendre exhumer de ses cendres une querelle dépassée.
  • D’ailleurs, fait-on valoir, le légitimisme en mourant a triomphé d’une certaine manière en étendant le bienfait de son principe (reconnu post mortem, mieux vaut tard que jamais !) aux princes d’Orléans désormais seuls dépositaires des droits de la « Maison de France ».
  • On ajoute que l’« orléanisme » aussi a disparu dans l’opération, et quela « fusion » a confondu l’ensemble des royalistes de l’une et l’autre obédience dans une touchante unanimité autour du premier Comte de Paris, devenu en signe de gratitude non point « Louis-Philippe II », mais « Philippe VII » in partibus.
  • Par la suite, le « fusionnisme » [9] — expression plus objective que celle d’orléanisme — s’est encore métamorphosé doctrinalement grâce au génie de Charles Maurras qui a opéré la synthèse contemporaine des divers courants contre-révolutionnaires sur la base du « nationalisme intégral » et de l’« empirisme organisateur », derrière le principe dynastique représenté par la « Maison de France » (i.e. la branche d’Orléans).

Le malheur est que cette version « officielle » ne résiste pas à l’examen, et que l’unification des royalistes par la synthèse maurrassienne, dont on prétend être une justification pratique (à condition qu’elle ait pleinement existé), a éclaté sous nos yeux de manière spectaculaire [À la fin des années 60, la Nouvelle Action Française – NAF, d’obédience socialiste –, se démarque de la nationaliste Action Française (Note de VLR)].

Que sont devenus, en effet, ces « fusionnistes » qui reconnaissent, avec — plus ou moins d’enthousiasme — les princes d’Orléans comme les dépositaires de notre tradition royale ? La plupart sont maurrassiens, mais pas tous [10], et ils ont en tout cas de Maurras des lectures sensiblement divergentes.

  • Un certain nombre sont proprement des orléanistes de conviction, du côté de la Nouvelle Action Française, dissidente de la vieille AF continuée. Qualifiés de gauchistes, se réclamant de fait avec effusion de mai 68, assez bien introduits dans les mass media, frottés à la culture universitaire dans le vent, intelligents et d’autant plus agaçants pour leurs frères ennemis, les « nafistes » sont littéralement honnis par les maurrassiens de stricte observance, et par toute l’extrême-droite en général. Ils représentent à nos yeux les derniers héritiers conséquents de l’orléanisme doctrinaire, avec ses séductions — que nous reconnaissons volontiers ici, sans sectarisme —, ses impuissances, ses outrances et ses illusions. Mais ils se trompent de sujet, et le flirt poussé qu’ils sont amenés à pratiquer avec la gauche trahit assez l’impasse dans laquelle ils sont fourvoyés. On peut regretter qu’ils y sacrifient parfois de beaux talents intellectuels.
  • D’autres maurrassiens ne se sont ralliés aux Orléans qu’à leur corps défendant, par discipline, par héroïsme ou par ignorance du droit historique, en dépit de leur hostilité à la personne du Comte de Paris, et de leur haine souvent vive de la branche d’Orléans [11]. Tel est le cas pour beaucoup d’adhérents de la Restauration nationale (c’est-à-dire l’AF continuée, avec son hebdomadaire Aspects de la France, qui magnifie le Comte de Paris dans l’abstrait mais n’ose pas souvent reproduire les déclarations politiques de son Prétendant !), ou même de la FURF et des divers groupements intermédiaires, dissidents de la dissidence surgis ces dernières années. Ceux-ci éprouvent le besoin d’un nécessaire renouveau, mais ne savent trop comment y parvenir.
  • On pourrait en outre trouver, spécialement dans les milieux qualifiés d’intégristes catholiques, des anti-orléanistes résolus, sorte de royalistes sans prince par désespoir dynastique — ils accusent le Comte de Paris de « trahison » — et souvent à la recherche d’un roi plus ou moins « mystique ».

Forcera-t-on la note en diagnostiquant qu’il s’agit moins de pluralisme que de désordre des esprits dans l’univers, pourtant réduit en nombre, des royalistes français ?

Dans la dérive générale, la division ne règne pas seulement sur la personne ou les idées du Prétendant ; elle s’étend, l’actualité électoraliste l’atteste, sur des choix importants : la tolérance à apporter au régime établi, au gaullisme, au chiraquisme, au giscardisme ; l’acceptation ou le refus de l’Europe supranationale, les rapports avec les États-Unis, Israël, le Tiers-Monde, la défense nationale, la philosophie, la religion, le Pape…, d’autres thèmes encore, sans aucun doute.

Devant cette cacophonie, quelques esprits soucieux d’union s’efforcent au syncrétisme — d’aucuns parlent de « sociabilisme » [synthèse à laquelle aboutissent le socialiste Gaston Deferre et le catholique traditionaliste Jean Ousset, l’auteur célèbre de Pour qu’il règne (note de VLR)]. Ils estompent les oppositions, soulignent avidement les concordances, mais réussissent surtout à braquer contre eux les appareils et les fanatiques. Il est étonnant de constater, parfois, à travers le courrier reçu, à quel point des royalistes restent sectaires et intolérants pour tout ce qui ne relève pas strictement de leur chapelle. Quoiqu’il en soit, il manque une clef pour rendre compte d’un œcuménisme royaliste réel, ou pour le promouvoir.

Que peut, de son côté, offrir en propre le courant légitimiste ?

L’irrésistible tradition légitimiste

Récusons, pour commencer, une désobligeante idée reçue : pourquoi les légitimistes, sous prétexte de leur traditionalisme, seraient-ils a priori les seuls partisans imbéciles et bornés d’une monarchie anachronique, ceux qui n’auraient « rien appris ni rien oublié » ?

Cette description tendancieuse dans laquelle on les caricature parfois pour refuser d’entrer dans le fond du débat, ne rehausse guère le niveau des discussions entre royalistes. Elle est, du reste, absurde, car même en la supposant vraie pour une génération de « chambordistes », il ne subsiste plus, de nos jours, en France, de royalistes de la mémoire, de témoins oculaires des institutions monarchiques. En sorte que la plupart sont arrivés au royalisme quel qu’il soit, non par routine paresseuse (ainsi qu’on devient spontanément républicain ou démocrate), mais au prix d’une conversion de l’intelligence et du sentiment.

Si les légitimistes s’efforcent de ne pas trop perdre le goût de l’histoire, qui constitue l’expérience politique des nations, ils n’en sont pas moins que d’autres adeptes d’une tradition critique, et soucieux d’une saine ouverture au monde réel. On ne doit pas refuser une capacité d’enrichissement et d’adaptation au modèle monarchiste, souplement ajusté par l’hérédité aux générations successives. Mais, autant il serait vain de dédaigner l’enregistrement de faits déplaisants qui modifient les données du réel — 1789, 1917, une république française devenue séculaire, avec sa contre-tradition, l’éclatement des empires coloniaux de l’Occident… —, autant il est dangereux de les canoniser en tant que tels, et de se vautrer devant un prétendu sens progressiste de l’Histoire majusculaire.

À force de vouloir épouser leur siècle, certains royalistes bardés de bonnes intentions, avides d’aggiornamento et désireux d’échapper aughetto, se laissent piéger aux mirages du modernisme. Les légitimistes refuseront de sacrifier aux idoles de la mode ; s’ils ne dédaignent pas systématiquement l’étude des idées contemporaines (qui apportent une part de vérité), ils restent résolument à contre-courant, sachant bien qu’on ne triomphe pas de l’erreur en s’y abandonnant.

Cette précaution exprimée, on reconnaîtra volontiers que les légitimistes peuvent assumer un certain nombre de convictions soutenues par des royalistes formés à d’autres écoles :

  • la répugnance pour le régime démocratique,
  • la conviction que la monarchie héréditaire, comme le dit Jean Dutourd [12], reste le mode de gouvernement le plus raisonnable et le plus commode qu’aient jamais inventé les hommes,
  • l’intérêt du cœur et de la raison porté aux phénomènes dynastiques, ils partagent cela avec beaucoup d’autres.

De nombreux légitimistes ont reçu une formation maurrassienne, et tous ne répudient pas le vieux Maître du néo-royalisme, même s’ils n’épousent pas — ou plus — l’ensemble de ses conclusions et de ses partis pris. À l’hostilité réciproque manifestée avec quelque virulence dans le passé, il est bien évident qu’il faut préférer la complémentarité du dialogue.

On doit simplement faire observer que Maurras n’est pas un système, et qu’il n’est pas seul dans ce qui serait un désert intellectuel de l’Occident. N’engageons pas sur sa pensée, aux facettes d’ailleurs multiples, une querelle hors de saison. On peut venir au légitimisme avec Maurras, malgré lui ou sans lui. On puisera toujours avec profit dans ses critiques impitoyables et tonifiantes de la démocratie ; mais sa sensibilité, plus monarchique que royaliste, marquée par le positivisme et le nationalisme de la fin du XIXe siècle, n’est pas exactement celle de la tradition légitimiste, qu’il n’a que partiellement intégrée [13], et assez profondément édulcorée.

Qu’est ce que le légitimisme ?

Le légitimisme se distingue en premier lieu par sa référence au prince légitime.

Les royalistes doivent savoir, au-delà de toute polémique, que le Comte de Paris, qui les déçoit souvent si cruellement, n’est pas le successeur désigné par nos lois fondamentales au trône de la troisième race. Il n’est que le rejeton de l’usurpation louis-philipparde de 1830, le roi de la Révolution. Fidèle, par conséquent, à lui-même, à sa famille, à sa propre tradition libérale ou « tricolore » quand il condamne Maurras, qu’il vomit l’extrême-droite, qu’il vante la démocratie et se compromet avec les successives républiques du désordre établi. Il ne « trahit » pas, il incarne autre chose que la monarchie traditionnelle.

En s’appuyant sur le droit royal historique français (qui, servant de fondement à une revendication dynastique enracinée dans notre passé, ne peut qu’être rigide), les légitimistes montrent :

  • que le Roi, suivant la dévolution établie sous l’Ancien Régime, est nécessairement l’aîné [14],
  • que les renonciations, contraires au principe de l’indisponibilité de la Couronne, ont toujours été considérées comme nulles,
  • que la prétendue « règle de nationalité » (évident anachronisme) est en réalité une loi de sanguinité capétienne,
  • qu’enfin le Comte de Chambord, en dépit de la légende et des faux, n’a jamais reconnu les Orléans pour ses successeurs de droit.

Celui que désigne la vieille coutume est donc aujourd’hui Mgr le Duc d’Anjou et de Cadix, aîné des Capétiens, petit-fils d’Alphonse XIII, désormais écarté du trône ibérique et pleinement disponible pour la France lorsque celle-ci songera à ses traditions dynastiques [15]. À la limite, on pourrait considérer que la revendication légitimiste s’arrête là, et que tout le reste est affaire d’options libres. Mais nous croyons possible d’aller plus loin, et de préciser davantage ne serait-ce qu’une tonalité.

C’est qu’en effet la notion de légitimité ne se réduit point, nous y avons insisté, à une dispute de juristes. Elle confère un certain contenu au concept même de royauté. Aussi le légitimiste n’a-t-il pas dit son dernier mot en identifiant l’« héritier » présomptif du trône de France.

Déjà, durant l’Ancien Régime, les lois fondamentales étendaient leur ressort à divers domaines ; la primogéniture masculine s’accompagnait de la catholicité, de l’inaliénabilité du domaine, et d’aucuns allaient jusqu’à soutenir que certaines structures de la « nation organisée » en relevaient. En tout cas, la catholicité, à elle seule, postulait l’adhésion non seulement à une religion d’État professée comme signe de l’unanimité nationale — cette communauté de foi, hélas ! n’existe plus —, mais, nous le rappelions en commençant, à une théorie des sources et des finalités du pouvoir politique. Cette théorie fut diversement conçue selon les époques et les écoles.

À l’augustinisme politique, ce cléricalisme du Haut Moyen-âge dont on ne niera pas la grandeur, il est permis de préférer la doctrine thomiste du droit naturel classique [16], lequel ne se confond ni avec le droit surnaturel, ni avec l’individualisme rationaliste et laïciste du contrat social moderne.

L’authentique droit naturel des penseurs réalistes s’adapte à une civilisation pluraliste et mouvante, où la politique, tout en observant une nature créée par le Tout-Puissant, reste l’objet d’une recherche humaine. Mais les hommes y font révérence au Créateur, à la loi morale naturelle, aperçoivent le mystère de l’autorité [17] et ne répugnent point à solenniser dans l’onction du sacre cette subordination du Prince à Dieu. Il reste que ce n’est pas le moindre mérite du thomisme — ou plutôt du génie personnel de l’Aquinate [18], médiocrement compris de ses continuateurs — que d’avoir décléricalisé la politique et le droit. Au XXe siècle autant qu’au XIIIe, on en peut mesurer le prix !

L’idée légitimiste de la Royauté doit se nourrir de ces principes féconds pour dégager un modèle politique lié à la continuité d’une tradition en même temps qu’harmonisé aux conditions des nouveaux âges. On dira simplement, pour esquisser d’un mot, qu’il ne suffit pas d’être royaliste, fût-ce avec la branche aînée (laquelle est un moyen, non une fin) ; pour mériter son attribut de légitime, la Royauté ne peut être n’importe quelle monarchie.

À cet égard encore, la scolastique thomiste nous propose une méthode d’approche des phénomènes naturels particulièrement souple : c’est la fameuse recherche « dialectique » (au sens médiéval et non hegeliano-marxiste du terme !) ; elle repose sur le dialogue, sur la confrontation la plus large d’opinions solides, qui sont autant de points de vue ouverts sur l’observation du réel. C’est le contraire d’un recueil de solutions toutes faites et paresseuses, la négation d’un conservatisme frileux et routinier. L’ordre naturel n’est pas donné, il est à rechercher dans une nature toujours mouvante, à l’inépuisable complexité.

Contenu doctrinal de la royauté légitime

La Royauté légitime ne s’offre pas en panacée ; elle est une institution éprouvée par l’histoire, dotée d’un statut, d’une finalité, d’une méthode. C’est peu ? Mais c’est considérable. S’il fallait condenser en quelques propositions une sorte de contenu doctrinal essentiel, on pourrait citer, à titre d’exemples :

  • la reconnaissance de l’origine divine du pouvoir ;
  • le respect de la morale naturelle ;
  • le souci de l’ordre et de la justice (dans ses deux espèces, distributive et corrective) ;
  • l’observation réaliste de la nature sociale et le sens du dialogue qui s’y rattache ;
  • la distinction du spirituel et du temporel, et l’ordination de la politique à sa finalité naturelle du bien commun ;
  • la défense de la nation française dans son intégrité territoriale, comme cadre contemporain nécessaire à une revendication dynastique ;
  • l’application du principe de subsidiarité, riche d’effets pratiques ;
  • le rejet de la république (entendue comme non-royauté) ;
  • le refus de la démocratie (qu’elle apparaisse sous sa forme classique et technique d’antithèse de la monarchie, ou sous sa forme moderne virulente de prétention totalitaire à incarner le seul principe de légitimité admissible).

Ce niveau de généralités abstraites peut décevoir. Il n’est pourtant pas sans portée, et reste celui où doivent s’exprimer les principes de la légitimité en tant que tels. Car ils visent l’être et le permanent des choses, non l’accident et l’éphémère. Le reste est à chercher dans le dialogue des compétences. C’est le vaste champ de nos préférences subjectives (que chacun reste libre de défendre par ailleurs). La diversité, à condition qu’elle soit vécue dans la charité et l’humilité, enrichit davantage qu’elle ne freine la recherche patiente de la vérité politique. Car il existe une vérité, n’en déplaise aux relativistes absolus ; mais nous ne saurions l’enchaîner à notre drapeau une fois pour toutes malgré ce qu’imaginent les dogmatiques.

On peut être légitimiste sans partager tous les articles d’un programme politique (fût-ce le nôtre), ou d’une foi religieuse (fût-ce la nôtre). N’amalgamons pas dangereusement la nécessaire doctrine et les passions de nos options libres : sachons distinguer les plans pour mieux unir (selon l’heureux titre d’un livre discutable).

Que cela plaise ou non, il est de fait qu’historiquement la Royauté française fut catholique ; qu’elle connut même une phase de cléricalisme augustiniste, à une époque où l’Église, remplissant sa mission de suppléance, sauvegardait ce qu’il restait de civilisation en Occident. Dans l’ordre de la foi, il existe des perspectives assez grandioses sur une mission divine de la France chrétienne, souvent rappelée depuis le baptême de Clovis, — Gesta Dei per Francos.

Mais s’il appartient sans doute spécialement aux légitimistes, admirateurs des rois très-chrétiens, de le souligner, s’il n’est pas question de renier ce passé, encore moins d’en rougir comme nos clercs en mal de modernisme, il serait naïf et finalement maladroit de mêler les plans, et de vouloir imposer politiquement à un peuple qui n’y comprend plus rien, des notions et un type de rapport avec le spirituel imaginés pour les besoins de la chrétienté médiévale disparue. Le risque en serait, aujourd’hui, d’exposer à un néo-cléricalisme gauchard, qui est une menace non négligeable.

Aussi paraît-il beaucoup plus souhaitable — encore une fois sans rien renier des fins dernières, de nos préférences intimes ou des actions proprement religieuses que l’on peut mener — d’accentuer l’autre plan, celui de la société politique naturelle, accessible comme telle à tous, et néanmoins ordonnée par le droit naturel.

La légitimité permet la communion politique de peuples différents

La politique s’occupe de la Cité des hommes. La commune adhésion au principe de la légitimité (signe de transcendance mais non de fanatisme) permet précisément aux hommes de la Cité une communion politique à défaut d’une communion religieuse. Il va de soi que la légitimité n’est pas un parti, même si l’obscurcissement des principes l’y métamorphosa pour son malheur au siècle dernier. Par suite, deux tâches principales semblent devoir nous solliciter en tant que légitimistes :

La première est de rappeler en historiens et en juristes nos raisons pour la branche aînée contre les Orléans. Cette démonstration peut avoir l’énorme avantage de débloquer la situation du royalisme français, englué depuis la disparition du Comte de Chambord dans un orléanisme qui est une double impasse dynastique et doctrinale.

  • Dynastique puisque le Comte de Paris est en rupture avec la plupart des royalistes, en intelligence avec le régime installé, et que sa branche brise la tradition monarchique française.
  • Doctrinale, puisqu’il est entaché d’équivoque révolutionnaire, et que la « quasi-légitimité » qu’il a eu, un instant, vocation historique de représenter, est aujourd’hui dépassée.

La seconde tâche est de contribuer, avec nos moyens, au rappel, à l’actualisation et à la diffusion de la doctrine royaliste. Nous avons à sauvegarder et à cultiver un patrimoine traditionaliste, pré-maurrassien si l’on veut, trop oublié des autres royalistes ! à regarder en deçà, mais aussi au-delà, en évitant de nous enfermer dans une chapelle d’initiés, de snobs, de fanatiques ou d’aigris. Et s’il est souhaitable d’enfoncer quelques clous, de faire œuvre pédagogique, d’enquêter, de discuter, d’échanger, il n’est pas pour cela nécessaire de ressasser des querelles vieilles d’un siècle ou deux, sauf à en montrer l’impact. Car un danger passéiste menace les traditionalistes : même s’ils n’ont pas de prise sur l’actualité, et peu de moyens d’en rendre compte, il leur appartient d’informer et de réfléchir sur le présent à la lumière de ce qui le transcende.

Bref, le légitimisme nous apparaît comme l’approfondissement d’une certaine idée de la Royauté, chrétienne et sacrale mais non cléricale, moderne mais non moderniste, ferme sur les principes, mais accueillante et souple dans ses approches et son sens du dialogue. Un juste équilibre à chercher, qu’il faudrait ne pas rester seul à vouloir.

La légitimité dont nous nous réclamons (avec d’autres) ne nous appartient pas privativement. Nous ne caporalisons pas. Nous ne sommes point des jacobins épris de « centralisme monarchique ». Nous n’avons ni mandat, ni vocation pour régenter un parti. Mais nous plaçons l’accent sur une clef du royalisme dont les diverses tendances pourraient tirer quelque jour profit, à condition d’accepter d’y réfléchir en toute bonne foi.

[1] G. Ferrero, Pouvoir, les génies invisibles de la Cité, Paris, 1945, p. 22.

[2] Jean Madiran, On ne se moque pas de Dieu, Paris, 1957, p. 61.

[3] On peut consulter sur ce sujet divers articles très instructifs de l’historien belge Léo Moulin, et, par ex., « Les origines religieuses des techniques électorales… » ,Revue intern. d’hist. po. et constit., 1953.

[4] Beaucoup de recherches d’historiens et de sociologues à ce propos. Bornons-nous à signaler la communication de René Gillouin, « Gouvernement et représentation » dans la Revue des Travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 4e série, 1958, 2e semestre.

[5] Voir Paul Watrin, La tradition monarchique, De la nullité des renonciations à la couronne, de Philippe V duc d’Anjou, lors du traité d’Utrecht, Paris, 1916.

[6] Voir le cours du professeur Franck Bouscau de l’Université de Rennes I : Les lois fondamentales du Royaume de France ; ou la publication des professeurs JeanBarbey, Stéphane Rials et Frédéric Bluche : La constitution de la France monarchique.

[7] cf. Bolingbroke, Lettres, I, 1808, p. 155.

[8] L’orléanisme est assurément moins « sympathique » aux légitimistes que le bonapartisme dans la mesure où il représente une brisure dans la Maison royale, une défection dans le camp royaliste. Le bonapartisme, lui, n’a jamais utilisé de semblables équivoques pour capter des partisans. Du reste, les « impérialistes » (que n’ont-ils sauvé ce mot, abandonné aujourd’hui à la logomachie marxiste !) se sont souvent montrés plus généreux socialement, et plus traditionalistes politiquement, que le libéralisme orléaniste des notables. L’attitude de l’actuel Prince Napoléon, comparée à celle du Comte de Paris, confirme ce sentiment.

[9] Guy Augé, Succession de France et règle de nationalité, Ed. La Légitimité, Diffusion DUC, Paris, 1979, p.5-8.

[10] Tel candidat « nafiste » de l’Ouest se démarque agressivement de Maurras.

[11] Pendant longtemps, l’éminent historien qu’est M. Bernard Faÿ a écrit dansAspects de la France d’excellentes chroniques vouées à l’exécration de l’orléanisme qu’il abhorre au moins autant que nous. Il ne paraît pas que les lecteurs aient protesté de leur indignation…

[12] Dans une lettre adressée au dernier banquet des amis d’Aspects de la France et citée par cet hebdomadaire, no 1526 du 22 décembre 1977, p. 9. L’intéressant rapprochement que Jean Dutourd effectue à l’égard des idées monarchistes ne date d’ailleurs pas d’hier. Il émane d’un esprit non conformiste.

[13] Il est juste, toutefois, de rappeler que Maurras a toujours respecté, et, au moins jusqu’à un certain point, compris l’attitude du Comte de Chambord, contrairement aux orléanistes de tripe qui n’ont jamais eu que sarcasmes pour « le Roi du grand Refus ».

[14] L’aîné certain s’entend — ce qui écarte, pour émouvante qu’elle puisse paraître, la cause de la Survivance. Nous avons toujours tenu à souligner ici que nous ressentions comme authentiquement légitimiste la préoccupation de ceux qui cherchent à savoir si la postérité de Louis XVI a survécu (le titre de notre bulletin ne fut-il pas porté naguère par un journal naundorffiste !). Mais le zèle des naundorffistes a parfois porté plus de tort que de profit à la thèse qu’ils cherchaient à soutenir. Cette cause reste ouverte pour l’histoire (que l’on appelle à tort « petite ») ; en revanche, sur le plan du droit politique, le bénéfice du doute joue à l’encontre d’une éventuelle identification Naundorff-Louis XVII, car « le sang de France ne se suppose pas ».

[15] D’aucuns font grief au Prince de ne pas résider en France. Mais, que l’on sache, ni ces légitimistes sourcilleux, ni la République ne versent de liste civile au chef de la Maison de Bourbon ! Et les contingences évidentes qui le retiennent présentement en Espagne n’enlèvent rien à son rang dynastique ni à sa disponibilité, ses fréquents séjours en France le prouvent. Le Prince n’a jamais renié la légitimité qu’il incarne et qu’il est parfaitement conscient d’incarner. Certes, nous parlons librement et sans le compromettre en rien. Mais les orléanistes devront se faire une raison : le temps n’est plus où l’on croyait pouvoir en appeler des « Blancs d’Espagne » aux Bourbons d’Espagne !

[16] Guy Augé, La Lettre aux amis de la Légitimité, « Saint Thomas d’Aquin ou la foi et la raison », N°14, Juillet 1974.

[17] La philosophe Hannah Arendt le remarque aussi :

Par ailleurs :

[18] L’Aquinate est le surnom donné à saint Thomas d’Aquin (note de VLR)

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